Hier soir, c'était soirée ciné. A la base, je voulais voir Dans la cour, de Pierre Salvadori, mais je m'étais mal renseignée, et il ne passait pas le mardi soir. Je me suis donc dit "Comédie française pour comédie française, je vais aller voir Pas son genre" et me voilà partie pour voir ce que j'espérais être une petite comédie romantique sans prétention entre un professeur de philosophie de la grande bourgeoisie parisienne et une coiffeuse d'Arras.
Bon, ben autant vous dire que ça n'a pas été mon genre non plus, parce qu'au moment où la jolie Emilie Dequenne a commencé (à environ 20 minutes de film) à expliquer qu'il fallait toujours lire les livres jusqu'au bout pour donner une chance à l'auteur, je me suis dit que c'était le bon moment pour ne pas suivre ses conseils et fuir. Je ne vais pas m'étendre sur les raisons pour lesquelles je n'ai pas pu supporter ce film, d'autant que je ne l'ai pas vu jusqu'au bout, mais disons qu'il m'a semblé que le scénariste avait une vision particulièrement erronée et stéréotypée de ce qu'était une coiffeuse et un professeur de philo (qui se plaint d'avoir une classe turbulente, quand on voit la classe dans le film, y'a bien des profs qui ont dû pouffer). Et j'ai trouvé les dialogues particulièrement indigents. Bref, ça m'a juste donné envie de retourner chez mon coiffeur, qui est aussi philosophe, et qui me parle d'astronomie en me faisant mon shampoing.
Mon coiffeur ne faisant pas de nocturne, je me suis rabattue sur le prochain film qui passait, car ma soif de cinéma n'avait pas été tarie par ses 20 minutes difficiles à vivre (même si je dois reconnaître un beau travail de lumière et de cadre). Et, ô joie! ô bienheureux hasard! ô rédemption absolue!, ce film s'est trouvé être le western en compétition à Cannes actuellement, The Homesman, réalisé par Tommy Lee Jones.
Le film s'ouvre sur un superbe plan large: dans l'Ouest encore sauvage, une femme labourant son champ. Elle peine, la herse se décroche, et elle lutte vaillamment contre sa machine. Cette femme solitaire et courageuse, c'est Mary Lee Cuddy, interprétée par Hilary Swank. Elle a 31 ans, un sacré carafon et son petit lopin de terre, qu'elle travaille sans rechigner. Mais elle souffre profondément de sa solitude et cherche à tout prix à se marier, jusqu'à en faire la proposition à son voisin qui préfère aller se trouver une femme dans l'Est qui sera moins autoritaire qu'elle. Bref, c'est pas la joie.

Comme ça ne branche franchement personne d'assurer le voyage, Mary Lee Cuddy se dévoue, d'autant plus qu'elle a grand besoin de changement. Mais pas évident pour une femme seule d'entreprendre ce voyage à travers des contrées hostiles fréquentées par des Indiens, des brigands, ou tout simplement des gros rustres. Sa rencontre avec Georges Briggs, un vieux filou imbibé à qui elle va sauver la vie, va bien tomber. Il va pouvoir accompagner ce convoi bien particulier...
Que c'est bon de voir un western en salles! D'abord, parce que pour moi, le western, c'est le genre par excellence du cinéma. Franchement, a-t-on jamais trouvé plus adapté au format cinématographique que les paysages de l'Ouest américain? Et là, y'a tout ce qu'on attend d'un western: des personnages bourrus, l'appât du gain, de la baston au couteau, l'odeur de la poudre, un monde en construction, des gentils, des méchants, des dont-on-a-du-mal-à-savoir, des femmes à sauver, des citations aux grands classiques du genre (si l'image que vous voyez tout là-haut, c'est pas un bel hommage à La prisonnière du désert avec Hilary Swank dans le rôle de John Wayne!).



Autant vous dire que voir de tels personnages féminins, pour la gamine qui rêvait de Calamity Jane qui sommeille encore en moi, c'est un véritable délice.
Tommy Lee Jones reste bien évidemment épatant dans son rôle habituel de l'ours mal léché, individualiste, avec des accès de joyeuseté ivrogne à la fois émouvants et un peu effrayants.
Mais surtout, ce film rend compte d'une réalité souvent mise de côté: derrière l'histoire rêvée du far Ouest, de la construction d'un monde meilleur, se cache aussi la désillusion, la famine, la mort et la folie. A la fin du film, on rejoint le Sud Est natif des femmes atteintes de démence et on comprend: ces femmes longtemps choyées, protégées, vivant dans l'opulence et le confort, en épousant un homme qui part chercher fortune dans l'Ouest, se retrouvent soudain face à la faim, la maladie, la brutalité et le désespoir. Et d'un coup, l'Histoire américaine prend une autre forme que la vision lyrique qu'on en a toujours connu. La conquête de L'Ouest s'est faite au prix de grands sacrifices, celui de ces femmes, mais aussi celui des Indiens massacrés dont parle Briggs et des esclaves que l'on croise également une fois arrivé à l'Est.
Nous savions déjà, grâce à d'autres films, que le far-west pouvait avoir une image plus noire, sauvage, violente et ambiguë. Avec Tommy Lee Jones, nous apprenons qu'il peut aussi être bouleversant et empreint d'un immense désespoir. Et si nos illusions d'enfants en prennent un coup, nos coeurs d'adultes en sont profondément bouleversés.