pelloche

pelloche

jeudi 24 septembre 2015

Miss Hokusai: biopictural



Sans trop de conviction, presque après avoir ploufé (le plouf est une méthode de sélection qui en vaut bien une autre), je suis allée voir Miss Hokusai, de Keiichi Hara. Pas convaincue car, si j'aime beaucoup les mangas, et en particulier les mangas historiques, comme je vous l'ai dit auparavant, j'ai un peu de mal ces derniers temps avec les biopics, que je trouvais souvent longs et terriblement plats.

Bien m'en a pris, car j'ai enfin trouvé, au milieu du fatras des biopics annuels, celui que j'attendais, celui qui déroge à tous les faux pas qui l'entrainent vers le bof, celui qui m'a fait revenir sur tous mes vilains préjugés, et ce pour mon plus grand plaisir. Ceci est donc un article sous forme de mea culpa, je reviens sur mes mauvais points distribués précédemment, et je change mon fusil d'épaule.

D'abord, petite précision sur Miss Hokusai. Ce film est un manga de Keiichi Hara. Il se passe en 1814, au Japon, qui est encore un régime shogunal, avec samourais. Le Sensei Hokusai est un peintre très renommé (on connait tous la fameuse Grande Vague de Kangawaga). Il vit cependant dans un certain désoeuvrement avec son apprenti et sa fille, O-Ei, peintre elle aussi. Ce film se concentre sur cette jeune femme à une période de sa vie et de son apprentissage artistique et humain. On nous fait le portrait d'une jeune femme talentueuse, réfléchie, profondément humaine et farouchement indépendante.



1. Un biopic qui ne cherche pas à être exhaustif
Comme je l'avais dit pour The Imitation Game ou A dangerous method, les biopics pêchent souvent en voulant tout raconter. Du coup, on passe en vitesse sur toute la vie d'une personne, et on ne peut s'attarder sur rien, rien observer en profondeur, et la planche en surface, c'est très souvent ennuyeux pour le spectateur.
Ici, pas question de raconter la vie de O-Ei de sa naissance à sa mort. Le film se focalise sur une période de sa vie, sa sortie de l'adolescence et son entrée dans l'âge adulte et choisit un angle (ô bonheur). On est bien là dans le film de coming-out-of-age, un film initiatique d'une jeune femme qui apprend à devenir une artiste, une femme, une sœur et une fille. On assiste donc à l'évolution progressive de ce personnage, à ses états d'âme, à ses déceptions, à ses désirs, ses échecs et ses rebonds, depuis la jeune fille austère en colère contre son père à une jeune femme sûre d'elle et apaisée. On choisit donc une période de sa vie aux enjeux très importants, lors d'une période historique fascinante et on touche juste et fort. En cela, le film est très efficace, il sait ce qu'il veut raconter à travers son personnage, et s'y tient. Et bon sang, ça fait plaisir!


2. Un biopic qui ose s'écarter du réalisme
Dans la biographie ou l'adaptation, c'est souvent en trahissant son sujet qu'on est y est le plus fidèle. Les biopics deviennent bien souvent planplan à force de respecter à la lettre la vie de leur personnage et le réalisme d'une époque, et ni les scénaristes ni les réalisateurs ne parviennent à se les approprier.
Récemment, Tim Burton, qui avait pourtant réussi magnifiquement Ed Wood en le faisant complètement sien, a failli faire quelque chose d'intéressant avec Big Eyes en amorçant une incursion dans le fantastique. Mais il s'est vite rassagit et est donc, de mon point de vue, est complètement passé à côté de son sujet par excès de respect.
Dans Miss Hokusai, pas de ça, on ose tout, et c'est ce qui rend le film aussi beau. On entre notamment de plein pied dans le fantastique, et le film y gagne en émotion, en poésie. Le monde de miss Hokusai est un monde peuplé de fantômes, de démons et de phénomènes étranges. Les légendes japonaises font intrusion dans ce réel en plein changement vers le modernisme et créent une véritable bascule. Cet imaginaire, loin de nous éloigner d'une époque, nous en rapproche, nous permet de mieux la comprendre.
Mais là où le fantastique est le plus fort, là où Burton s'est fourvoyé et où Hara réussit brillamment, c'est dans son rapport avec la peinture. Ei-O, en tant que peintre, est rattaché au monde imaginaire, au monde des légendes, il est vivant en elle. Et sous son pinceau et celui de son père, ce monde prend vie dans le réel, parfois avec des conséquences dramatiques. C'est là que l'on comprend toute l'importance du rôle du peintre, et les enjeux de son travail. Ce qu'on perd en réalisme, on le gagne en réalité, et de la plus belle manière possible. Les plus belles pièces d'Hokusai père et fille entrent en mouvement, en souffle sous nos yeux, d'autant plus que ce film est d'une beauté picturale époustouflante.



3. Un biopic audacieux
S'il y a une chose qu'on ne peut pas reprocher à ce film, c'est de ne pas avoir de parti-pris. En dehors des deux points évoqués ci-avant, tout en fait une œuvre unique, loin du biopic-à-la-papa. Le rythme est très particulier, il est assez lent, mais assez hypnotique, on s'y laisse prendre doucement, comme devant l'observation d'un tableau.
Le film dégage une émotion incroyable grâce à une attention poussée à des détails, notamment grâce à la personnage de la petite sœur de Ei-O, aveugle. Avec elle, le film devient une véritable expérience sensorielle. Il y a notamment une scène sur un pont pendant laquelle on réussit un tour de force incroyable. Ei-O est là, avec sa petite sœur et rencontre un homme, qui est visiblement amoureux d'elle. On parvient à nous faire vivre cette scène du point de vue de la sœur, on a l'impression de sentir le souffle du vent, le frôlement des étoffes, et l'on entend tout ce que contiennent les voix et les mots. J'en ai eu la gorge serrée d'émotion.
Comme son héroïne qui ose l'indépendance et la singularité, ce film a sa propre voix, et suit son propre chemin. On peut ne pas le suivre sur tous ses choix (j'avoue que le choix du rock sur certains passage m'a un peu gêné), mais force est de constater qu'il délaisse la tiédeur et trace, d'une main de maître, une œuvre originale et très émouvante.








lundi 7 septembre 2015

Cavalcade



Aujourd'hui, on va parler de Mustang, de Deniz Gamze Erguven. J'ai vu ce très beau film il y a quelques temps, mais  il m'a fallu une longue période de gestation après celui-ci. Je ne sais pas pourquoi, j'ai essayé de le retourner par tous les bouts, mais je n'arrivais pas à trouver un angle pour en parler. Peut-être parce que ce film m'a particulièrement émue, il m'a été très difficile de prendre du recul sur lui, de l'intellectualiser et d'en rendre quelque chose d'assez construit, comme j'essaie de le faire d'habitude. Donc, voilà, je m'excuse d'avance pour ce billet un peu bordélique, jeté en vrac, trop tard et à l'envers, mais devant l'émotion, mon cerveau s'est fait la malle et s'est retrouvé lancé au galop sur mon cœur épris de liberté, libéré de ses ornières et de ses rennes. Je vous invite donc à la cavalcade: on laisse pour cette fois le parcours d'obstacle. On va s'ébrouer, on va ruer et montrer les dents, et on va galoper, aussi vite et aussi loin qu'on pourra.




C'est la fin de l'année scolaire, dans la tristesse de quitter les professeurs et l'ivresse de la liberté. 5 frangines rentrent chez elles avec des amis. Ils s'arrêtent ensemble sur la plage et vont s'amuser, comme plein de gamins de leur âge, dans les vagues. Sauf qu'on est en Turquie, sauf que les gamines sont des orphelines élevées par leur grand-mère et leur oncle, sauf qu'une voisine médisante les a vus et en a profité pour jouer les saintes nitouches, sauf que ce simple moment de jeux va changer à jamais leurs vies.

Peu à peu, les filles voient les règles se rigidifier, les couleurs s'affadir, leurs mouvements s'entraver, leur monde se rétrécir, et les murs autour d'elles s'élever. Pour sauver leur réputation, on tente de les marier au plus tôt et de leur apprendre à devenir de parfaites femmes d'intérieur. Elles vont peu à peu être séparées, par des mariages plus ou moins heureux, ou pire, et devoir faire face à des pressions physiques et morales de plus en plus fortes.




Beaucoup ont vu, dans ce film, un clin d'œil au film Virgin Suicide, de Sofia Coppola et effectivement, il y a des similitudes: l'histoire de ces sœurs enfermées par des parents trop rigides y fait penser, ainsi que l'esthétique du film à l'image lumineuse et filtrée et l'obsession pour les longues chevelures en mouvement. L'image est donc splendide, et les cinq jeunes comédiennes le sont tout autant. Chacune est différente, belle à sa manière, rebelle à sa manière et on s'attache à toutes, notamment grâce à l'interprétation impeccable des jeunes filles (la grand mère et l'oncle sont eux aussi extrêmement bien campés).

Mais le film est différent et, pour moi, encore plus appréciable que celui de Sofia Coppola pour plusieurs raisons. D'abord le ton: alors que la mélancolie était celui de Virgin Suicide, Mustang est dominée par une énergie extraordinaire, une véritable bouffée de révolte juvénile et de contestation libertaire. Si une des sœurs se résigne, toutes les autres sont animées d'une saine colère et même dans d'atroces circonstances, elle ne se départent jamais d'un humour provocateur et mordant. Ce qui en fait un film très réjouissant.



L'autre différence avec le Virgin Suicide est que, alors que ce dernier était situé plusieurs décennies auparavant et s'apparentait à une sorte de conte, le film de Deniz Gamze Erguven est éminemment contemporain et politique. L'histoire de ces filles, qui sentent peu à peu la pression religieuse et sociale peser sur elle, qui voient leur horizon se bloquer et cherchent à tout prix à s'en sortir, c'est aussi celle d'un pays. La Turquie vit depuis quelques années un tournant politique et religieux de plus en plus rigide et la situation ne s'est pas améliorée depuis les évènements de la place Taksim, surtout pour les femmes. Si Mustang paraît à la base n'être que l'histoire de jeunes filles, la réalisatrice lie leur destin à l'évolution nationale à plusieurs reprises: on nous parle des débordements masculins dans les stades de foot qui ont poussé les fédérations à organiser des matchs devant un public essentiellement féminin.

Mais il y a surtout une des scènes principales du film (pour les amateurs de théories scénaristiques, elle se situe à peu près au milieu du film). La famille est réunie à table: la grand-mère, l'oncle et 3 sœurs. L'oncle (un gros salopard, par ailleurs), réprimande les filles qui s'amusent des blagues de l'une d'entre elles, qui saisit toutes les occasions possibles pour faire de mauvais gestes à son oncle. On ne voit pas la télé, mais on entend ce qu'elle diffuse à ce moment du film: un discours arguant que les jeunes filles riant dans la rue sont vulgaires et indécentes. Ce discours, ce n'est ni plus ni moins que celui de M. le vice-premier ministre, Bulent Arinc, et ce doigt d'honneur à ce moment là du film, personnellement, m'a émue aux larmes. C'est pour moi une des plus belles réponses que l'on pouvait faire dans un film aux propos admis actuellement au sein de l'Etat turc. Une provocation effrontée, et un fou-rire de gosse. Et s'il est suivi d'une scène tragique, il n'en est pas moins une bouffée de liberté absolue.



Et c'est dans ce souffle épique que le film prend toute sa dimension, et son émotion. C'est dans cet élan lyrique, soutenu par la musique toujours merveilleuse de Nick Cave et la beauté des paysages turcs, c'est dans cette équipée sauvage que le film nous emporte, un espoir fou au cœur, celui de l'avenir des sœurs et au-delà, de celui de toutes les autres filles...


lundi 10 août 2015

Nos futurs, à la recherche du temps perdu



Je n'évoque pas fréquemment Proust. Mais là, le titre me semblait tout à fait adapté. Aussi bien au thème du film (un trentenaire patron de banque, le lendemain arrosé de son anniversaire, décide de renouer avec son ancien meilleur copain et son passé), qu'à mon état en sortant (où sont passées ces 97 minutes que je ne retrouverai jamais?)

Donc voilà, petit résumé en quelques minutes.  Yann Querbec (Pierre Rochefort) semble tout avoir pour être heureux: il est patron d'une banque, est mariée à la superbe Estelle (Mélanie Bernier) et pour son anniversaire, on vient de lui offrir un magnifique fauteuil qui ressemble à une machine à voyager dans le temps (wink wink). Mais en vrai, il est malheureux, il est tout coinços, il a pas de copains, il a pas d'enfant et son sous-fifre fait rien qu'à draguer sa meuf. Alors il décide de rappeler Thomas (Pio Marmai) son poto d'enfance, qui n'a pas décollé depuis les années 90 (ou 2000, ça reste très flou) et est resté bloqué dans sa chambre pourrie d'ado, à fumer des bédos au Darjeeling, en buvant du Clos du Cigalou. Décidé à briser le sort qui retient son unique pote dans le temps de l'amour, le temps des copains et de l'aventure, il se décide à contacter tous les anciens du lycée pour reconstituer la super nouba de ses 18 ans.

Alors voilà, j'ai passé une très très longue séance, et je me suis même fait une petite crise de boulimie après (je suis comme ça, m'ennuyer au cinéma, ça me donne envie de pizza, de beaucoup de pizza pour compenser, et d'un gros film d'action). Ce pour plusieurs raisons.

Je vous ai déjà parlé du syndrome "Arrêtez vos salades, commissaire", très chouette article sur ce qu'il y a de pourri dans le royaume des dialogues français. Et ben là, on est souvent en plein dedans. On prononce tous les "ne pas", et c'est blindés de répliques qui sonnent faux, à quelques exceptions qui peuvent être des perles (j'avoue que la réplique de Camille Cottin sur les couches de vomi m'a réveillée de ma torpeur par un rire tonitruant qui m'a moi-même surprise). Mais c'est encore pire quand c'est Pierre Rochefort qui parle. Ce type est totalement amorphe, il ânonne douloureusement son texte, au point qu'on préférerait parfois être devant un concours de récitation de CM2 parce que les gamins, au moins, sont mignons. Alors oui, il joue un type désenchanté, qui a perdu la capacité d'exprimer ses émotions, tout ça, tout ça. Mais c'est pas une raison pour sous-jouer à ce point. Parce que si en plus d'avoir un personnage principal assez peu aimable (par moi, en tous cas), on a un acteur peu performant, ça part quand même très mal.



C'est d'autant plus dommage qu'il est très bien entouré. Pio Marmai essaie tant bien que mal de tenir le film à bout de bras en campant un ado attardé assez convaincant et Kyan Khojandi, Zabou Breitman et Camille Cottin parviennent à assurer quelques rires, par leur simple personnalité. Mélanie Bernier est ravissante et se débrouille comme elle peut avec des dialogues un peu factices pour apporter de l'émotion. Sans ces comédiens assez formidables, j'aurai quitté la salle très rapidement.

En ce qui concerne le genre du film, cela se veut entre la comédie et le drame. Mais pour moi, cela ne réussit aucun des deux, par la faute de l'écriture maladroite et du personnage principal. Mais je pense également que si l'on avait, par une écriture plus drôle, plus dynamique et plus osée, on aurait pu en contrepartie avoir une émotion plus grande. Mais la frilosité du scénario, qui hésite souvent à y aller à fond dans le registre comique, fait qu'on est souvent situé dans l'entre-deux, le tiède: quand on commence à se sentir prêt à rire avec les personnages, on introduit une scène dramatique qui nous refroidit, et finalement on ne peut vraiment atteindre de vraies émotions, trop occupés que nous sommes à nous recentrer à chaque fois. C'est dommage.

Autre problème, j'ai toujours eu un peu de mal avec les approximations, alors quand je vois des détails qui me semblent invraisemblables (et je les remarque vite quand je m'ennuie) ça peut me déranger... En vrac:
- De la Zubrawska à une fête de gamins de troisième. Sérieux? Quel gamin de troisième revient à une fête avec une bouteille de ce type?  Et ça n'inquiète visiblement pas le père présent à la fête????
- Le mec, non seulement, est patron de banque à 30 ans. Mais son père l'était au même âge... Ca fait quand même beaucoup...
- Un patron de banque invite ses employés à une fiesta chez lui pour son anniversaire...Normal, quoi! Qui n'a jamais été invité par son grand patron, à son domicile, pour lui fêter ses 30 ans?
- On peut faire le tour de la France en scooter en très peu de temps.
- Y'a du vin tellement pas bon qu'on peut trouver des offres 2 bouteilles achetées, 4 offertes.

Bon, là, ceux qui ont vu le film vont dire que je suis de mauvaise foi, et ils auront raison. Mais pour que je vous en dise plus, il va falloir que je spoile un peu le film, donc vous êtes prévenus. Si vous voulez le voir, ne lisez pas plus loin.



Ma plus grosse déception est là. J'ai compris au bout de 20 minutes comment le film allait se terminer (en tous cas ce qu'il advient de Thomas). Et une fois que je l'ai compris, Nos futurs n'a plus eu aucun intérêt pour moi. Je n'ai fait qu'attendre que ce qui devait arriver arrive, et puis c'est tout. On n'a plus qu'à ronger son frein d'ici là, et à toutes les allusions au "truc", on a envie de dire "c'est bon, j'ai compris, avance, viiiiiite!". C'est toujours le problème de ce genre de film à chute. Mais bon, après discussion avec d'autres spectateurs après le film, si comme moi, certains ont deviné rapidement, d'autres sont passé à côté et ont été surpris par la fin. Donc je dirais que si vous avez l'habitude d'essayer de deviner la fin des films en étant attentif aux indices semés plus ou moins discrètement, vous risquez de vite trépigner.

Mais en plus de tout ça, on a osé nous faire ce que je déteste le plus dans l'écriture de scénario, le deus ex machina le plus fainéant possible, qui me donne envie de me lever de mon siège et d'hurler à l'escroquerie, le fameux et très imitable "Mais tout ceci n'était qu'un rêve". Pour moi, c'est le truc rédhibitoire d'un scénario. Mais c'est la seule chose qui, à mon sens, peut justifier les trucs bizarroïdes que j'ai évoqué plus tôt.

Voilà, si vous êtes arrivés jusque là, vous en savez peut être trop pour avoir envie d'aller voir le film et je vous l'ai peut être gâté à l'avance. Mais c'était à vos risques et périls, je vous avais prévenu. Et si vous décidez d'aller voir le film, je dirais que c'est la même chose...


lundi 3 août 2015

Les biopics bof

Au cours de ce premier semestre, j'ai vu quelques biopics, au ciné ou sur petit écran. Je n'en ai pour l'instant rien écrit, tout simplement parce que je n'avais pas assez à dire sur chacun d'eux. Mais je me suis rendue compte qu'au final, ils partageaient pas mal de points communs, en particulier celui d'avoir suscité chez moi cette réaction molle, ou plutôt cette absence de réaction qui se traduit souvent par un "mouaif" ou un "bof". Du coup, mis bout à bout, je me suis dit que j'avais assez pour rédiger quelque chose.

Je ne sais pas si c'est lié au genre, mais c'est bien possible, parce que je suis souvent rendue compte que les biopics avaient tendance à suivre les mêmes schémas (du type ascension, apogée, déclin, rédemption), mais aussi qu'ils s'étalaient souvent sur une période de temps trop longue à mon goût. Autre faille que beaucoup d'entre eux partagent: un manque de choix dans l'angle pour traiter leur sujet, qui rend souvent le film, comment dire.... mou du genou et insipide.

Imitation game, Morten Tyldum


Pourquoi j'ai voulu le voir: La première raison, c'était l'histoire d'Alan Turing, un personnage absolument fascinant, qui réussit à décoder Enigma durant la seconde guerre mondiale. La deuxième raison, c'est Benedict Cumberbatch (say no more...)

Pourquoi j'aurais pu éviter: En 114 minutes, le film veut beaucoup trop en raconter: le défi scientifique du décodage d'Enigma, les histoires d'espionnage/contre-espionnage, le génie de Turing, ses difficultés relationnelles, son homosexualité, sa déchéance finale et l'ingratitude du Royaume Uni à son égard, son amitié avec Joan Clarke, l'intelligence et le soutien de celle-ci, les dilemmes moraux, son amour de jeunesse. Chaque sujet, en soi, était passionnant. Mais comme Morten Tyldum se refuse à choisir un angle précis par lequel attraper son sujet, ils ne sont tous qu'à peine évoqués. C'est dommage, parce qu'on tenait là un sujet en or. Mais ici, les différentes parties de la personnalité de Turing sont si nombreuses qu'elles ne peuvent être qu'effleurées, et on passe en surface de ce qui aurait pu être un grand film. En comparaison, Un homme d'exception était bien plus intéressant.

Pourquoi c'est pas si pire: Les acteurs sont plutôt bons, même Keira Knightley, qui est ici plutôt sobre. Le montage alterné apporte un peu de rythme au film qui serait sinon assez soporifique. Les images sont belles, la reconstitution de l'Angleterre sous le Blitz est très émouvante, la réalisation est certes classique, mais léchée. Ca se laisse regarder.


A dangerous Method, David Cronenberg



Pourquoi j'ai voulu le voir: David Cronenberg

Pourquoi j'aurais pu éviter: En 93 minutes, non pas une mais trois biographies croisées: celle de Freud, celle de Jung et celle de Sabina Spielrein, les rapports médecin/patient, maître/élève puis S/M entre Jung et Spielrein, les rapports père/enfant, maître/disciples entre Freud et Jung, leurs séparations respectives, leurs pulsions, leurs visions de la psychanalyse, la légende en création, l'histoire en marche. Pareil. Un film sur les rapports entre deux personnages par exemple, aurait été largement suffisant. Mais ici, en refusant de choisir un angle d'attaque précis, Cronenberg ne finit par raconter que des platitudes, rendant insipides les conflits intellectuels autant que les drames passionnels qui devraient pourtant nous emporter. Keira Knightley a beau en faire des tonnes et multiplier les ouvertures de bouches, Fassbinder et Mortensen ont beau lustrer leur moustache, les trois ont beau tenter de contrefaire des accents plus ridicules les uns que les autres, on s'ennuie.

Pourquoi c'est pas si pire: C'est une bonne introduction aux pensées de Jung et Freud, l'époque est bien rendue, les costumes sont beaux. La réalisation est décevante pour un Cronenberg, de facture tout à fait honorable si on compare à la production filmique en général. On bâille un peu, mais comme ça n'est pas trop long, ça passe.


Big eyes, Tim Burton



Pourquoi j'ai voulu le voir: Tim Burton, qui pour une fois, ne fait pas dans l'autoparodie, l'histoire intrigante de Margaret Keane, artiste kitschouille auteur de nombreux portraits d'enfants aux grands yeux (perso, moi je trouve qu'ils sont quand même très inspirés de nos Poulbot), qui se sont vendus comme des petits pains sous le nom... de son mari, Walter Keane.

Pourquoi j'aurais pu éviter: En 105 minutes, Burton a voulu nous raconter toute l'histoire de Margaret Keane: ses débuts, son mariage, sa famille, son inspiration, son procès, mais sans rien vraiment nous dire sur elle. Dommage. Parce qu'il y a de très bonnes idées dans ce film, mais qu'elles ne vont pas jusqu'au bout. Burton tente une intrusion fantastique dans la psychée de Keane, nous montrant son obsession des grand yeux. Mais d'où vient-elle, que représente-elle, à quoi sert-elle dans la suite du récit?  A rien, les belles scènes de trips horrifiques n'amènent rien au film, ne déclenchent rien chez le personnage. On sent pourtant que le poids du trauma et de l'horreur est là, dès la première fuite conjugale de Margaret Keane, mais ce n'est qu'effleuré. C'est dommage, il y avait là un angle intéressant mais il n'est absolument pas exploité.

Pourquoi c'est pas si pire: Burton n'est pas dans l'auto-parodie et ça, ça fait du bien. Amy Adams est très bien et même si Christoph Waltz en fait des caisses, c'est parfois réussi, comme dans la scène complètement loufoque du procès, qui est pour moi LA scène burtonienne (au bon sens du terme) du film. Et puis bon, une apparition de Terence Stamp, ça suffit à illuminer ma journée


L'antidote: Walk hard, l'histoire de Dewey Cox, Jake Kasdan

Si vous aussi, vous trouvez que les Biopics se transforment souvent en Bofopics, vous allez adorer vous en moquer grâce à cette parodie, passée totalement inaperçue en France (et pour cause, non distribuée au cinéma).

Ici, Judd Appatow et Jake Kasdan utilisent tous les poncifs du biopics, et en particulier du biopic musical, pour raconter la vie du début à la fin d'une star fictive, Dewey Cox, une sorte d'Elvis/Johnny Cash . Tout y est. Le trauma initiale, la revanche à prendre sur la vie, la vie qui influe l'œuvre, la drogue, les femmes, les 60's, les 70's, l'ascension, la chute et la réhabilitation.

C'est super bien vu, c'est débile et tordant et c'est avec un des meilleurs acteurs comique et dramatique au monde: John C. Reilly. Et surtout, ça montre bien tout ce qu'il ne faut pas faire sur un biopic, et qui est souvent, malheureusement, fait.










mardi 28 juillet 2015

Le ptit match des familles: The Muppets vs Vice-versa

Cette semaine, j'ai vu deux films à tendance "famille". Comprenez "grand public", qu'on peut voir avec des enfants. Pourtant, pas d'enfants à la maison, mais comme ces gens sidérants pour François Aubel, infantilisés à mort, je vais voir voir des bêtes films d'animation sans même avoir d'excuse sous forme de tête blonde. Mais bon, j'ai déjà dit ce que je pensais des idiots qui pestent contre la bêtise des films d'animation sans les voir, et je dois avouer que le Figaro et moi, côté cinéma (et pas que, d'ailleurs), c'est quand même pas l'amour fou (Le titre de leur palmarès 2014, qui reprend les 2 films qui m'ont le plus déçue cette année en est un exemple).

Du coup, je n'ai aucun scrupule à me comporter comme tous ces gens absolument navrants, qui osent voir des films d'animation pour gamins, quand tant de films pour adultes, matures et réfléchis existent ( et dire que je vais rater les Profs 2!), et qui en plus, aiment ça!

Cette semaine donc, un classique instantané vu au cinéma et un gros coup de cœur de fan de Piggy vu sur mon écran perso.

Vice-versa

On va aller vite sur le résumé, parce que si vous n'avez pas entendu parler de ce film ces dernières semaines, c'est que vous étiez coincés au fin fond d'une grotte dans le Vercors (et vu la chaleur, je vous envierais presque). Donc voilà, dans la tête de la jeune Riley, ça gigote pas mal. Et ce, grâce à ses émotions, Joie, Peur, Tristesse, Dégoût et Colère qui tiennent plutôt bien la barre de son moral. Jusqu'à présent, Joie a toujours été un peu le chef de bande et Riley est une petite fille pleine de bonne humeur. Mais voilà, Riley doit déménager et devient une ado. Du coup, ça va pas mal se chambouler là-dedans.

Je vais pas être très longue, parce que vous avez sûrement lu plein de choses dessus.

Alors déjà, on est bien chez Pixar, l'animation est plutôt belle, l'idée très originale, on rit, on pleure, et tout le monde passe un bon moment, et moi aussi!

Je dois cependant dire que j'ai quelques réserves sur le film, qui tient même à cette "idée de génie" du départ qui a pas mal fait pour le succès du film, et je vais un peu détailler ce qui me semble être des points faibles, parce que j'ai surtout lu du très bon dessus.



D'abord, ce n'est que mon point de vue d'adulte, mais ce que nous, nous regardons en nous disant "Ca c'est super bien vu" est-il accessible aux enfants? Par exemple, à quel point les notions de subconscient, de mémoire à long/court terme, de dimensions sont compréhensibles par eux? Alors oui, quand on sait ce que c'est, l'illustration est rigolote, mais suffit-elle à rendre ces concepts pour le moins abstraits facile à appréhender pour des gamins? Sinon, comment fait-on quand son enfant demande "C'est quoi le subconscient"? C'est une question que je pose, à laquelle je n'ai absolument de réponse. Si vous avez vu ce film avec des enfants, ça m'intéresse de savoir ce qu'ils en ont pensé.

Mon autre problème, et c'est le plus important: les personnages. J'ai toujours besoin de personnages auxquels je puisse m'attacher pour vraiment aimer un film. Et là, j'avoue que je suis restée un peu sur ma faim. En gros, on peut considérer que la protagoniste est Joie, une petite bombe d'énergie qui fait toujours sa commandante et est tout bonnement insupportable. Vous savez, comme ces gens qui chantent et dansent le matin quand vous venez de vous réveiller et que vous avez la tête dans le seau, et qui vous demandent comme s'ils parlaient à un enfant de 5 ans pourquoi vous faites cette tête. Oui, ces petits capos du bonheur qu'on a juste envie de bâillonner. Et bien Joie, c'est ça, une affreuse créature au sourire immuable et à la voix enjouée révoltante. Et à la voir s'acharner contre Tristesse, on se rend compte qu'elle est tout simplement odieuse. Bref, si comme moi, vous avez toujours plus été une Daria qu'une Queen, vous allez aussi la détester. Et sa rédemption finale ne guérit pas grand chose.



Et l'autre personnage important, c'est Riley, mais le problème de Riley, c'est qu'elle n'a aucune personnalité. D'abord, la plupart du temps, elle est guidée par ses émotions, ce qui lui donne un peu l'impression d'être une marionnette. Pire, à un moment, comme toute sa personnalité s'est effondrée, elle n'est qu'une coquille vide incapable d'émotion. Comment veux-tu t'identifier à un personnage pareil? Pour moi, c'est impossible.


Mais le film reste très malin dans l'ensemble, en particulier lors d'une scène de repas mémorable ou des émotions essaient de se faire passer pour d'autres (l'animation, à ce moment là, est parfaite) et où l'on a accès à l'intériorité des parents. J'ai juste une petite carence au niveau émotionnel et, de mon côté, je trouve que le film Les Nouveaux Héros traite beaucoup mieux du parcours initiatique et du fait d'apprendre à "adopter' sa tristesse.

Les Muppets, le retour

J'ai une obsession presque maladive pour Les Muppets. Je suis une immense admiratrice de Miss Piggy, j'essaie sans cesse de m'approcher de sa manière sublime de quitter une pièce, le groin en l'air, pleine de dédain. The Muppet Christmas carol, avec Michael Caine est sans doute mon film de Noël préféré (devant L'étrange Noel de M. Jack, devant Miracle sur la 8ème rue et, tenez-vous bien, devant La vie est belle, quand je vous dit que c'est pathologique!)

Du coup, comme ce film Les Muppets, le retour était impossible à voir au cinéma en VO (mais que font les distributeurs, des fois, je me demande...), j'ai dû attendre de retrouver Kermit bien installée sur mon canapé.

Et comme d'habitude avec les Muppets, j'ai passé un moment fabuleux.

L'histoire, c'est celle de deux frères. Walter, qui a tout d'un muppet et Gary, qui a tout de Jason Segel, partent avec Mary (Amy Adams) à Los Angeles pour visiter les studios des Muppets. Mais ils apprennent qu'un complot machiavélique s'ourdit afin de détruire les studios pour chercher du pétrole sur leur terrain. Les 3 compagnons vont devoir aider les Muppets à monter un dernier spectacle pour sauver les studios, mais la télévision est à la mode du cynisme et plus personne ne veut de gentilles peluches à l'écran.



Alors d'abord, si on aime les Muppets, il y a tous les ingrédients habituels. Les marionnettes les plus cool, de Kermit à Miss Piggy, en passant par Risso, Gonso ou Scooter. Ils sont toujours aussi choupinous, aussi drôles, voire peut être même plus. Il y a aussi toujours les invités célèbres et là, c'est le bonheur du name dropper: Jack Black, Whoopi Goldberg, Sarah Silvermann, Jim Parsons, Selena Gomez, Neil Patrick Harris, Emily Blunt ou un caméo fabuleux de Dave Grohl.



Tout le monde s'amuse comme des petits fous et ça fait tellement plaisir à voir. Rajoutez à cela un scénario simple, mais qui fonctionne super bien et un côté comédie musicale très sympa. On y reconnait, pour les chansons, la patte de Brett McKenzie, de l'hilarant duo Flight of conchords.



Un vrai concentré de bonheur, de folie et d'humour, qui aurait bien mérité d'être projeté en salle.

Score:

Les Muppets gagnent. Juste parce que ces personnages là, je les aime vraiment... Entre Miss Piggy la gentille romantique qui se cache derrière une diva au caractère de cochon et Joie, la méchante dictactrice du bonheur qui se cache derrière une jolie petite robe verte, mon choix est arrêté!



mardi 7 juillet 2015

Animatronaz: Zombeavers et Howard the Duck



Bon, c'est l'été, il fait chaud, on est fatigué rien qu'à lever le petit doigt. Il faut se rafraichir! Et ça va aussi pour dans la tête. Parce que franchement, je sais pas vous, mais en ce moment, je me sens pas d'attaque pour un Tarkovski ni même un Woody Allen. J'ai besoin d'un truc qui ne bouscule pas trop mes neurones, qui me fasse rire, voire même qui soit un peu naze. Ouais, c'est ça, un truc à regarder avec des copains autour du pastaga, vautrés dans un canap.

Et bien voilà, moi je vous propose un petit cocktail bien frais avec 2 films. Je vous préviens, c'est pas du chef d'œuvre, c'est même pas bon. Mais c'est comme le rosé pamplemousse: pas du Château Margot, mais ça éclabousse, ça va bien avec les merguez et les potes, tu vas peut être le regretter demain, mais sur le coup, tu vas passer un bon moment.

L'autre point commun entre ces deux films, c'est qu'ils sont sortis cette année en DVD, qu'ils parlent tous les deux d'animaux un peu aquatiques et utilisent une de mes techniques préférées de tous les temps (même si c'est loin d'être parfait): l'animatronic, soit une animation souvent robotique de créatures de toutes sortes (la Méduse de Jason et les argonautes, Falcor de L'histoire sans fin, Chucky ....). C'est donc parti pour 2 films qui font...PLOUF

ZOMBEAVERS

Est-il vraiment besoin d'expliquer le choix d'un tel film. Rien que le jeu de mot du titre vaut à lui seul son pesant de cahouètes! Donc, on traduit: des castors zombies!

Bon ben voilà, tout est dit, non? Si c'est vraiment nécessaire, je vous en dis un peu plus.

L'histoire, c'est celle de 3 copines qui vont passer un week-end entre meufs dans une cabane près d'un lac. Elles sont super contentes de troquer leur mini-short pour un mini bikini, mais le bonheur de leur trip à la simple life va vite tourner au vinaigre: car si l'arrivée de leurs chéris respectifs est dans l'ensemble bien accueilli (sauf pour l'une d'entre elle), celle de castors zombifiés va un peu leur pourrir le séjour.


Dans la lignée de Sharknado ou de Dale et Tucker fightent le mal, le film est volontairement un peu pourrave. Les distributeurs sont d'ailleurs ravis d'offrir dans le dvd des cartes postales reprenant les pires critiques que le film leur ait valu. C'est mal joué, les créatures sont bien moches, les effets spéciaux bien dégueu, c'est grossier et ça utilise (presque) tous les clichés possibles. Mais c'est pour ça que c'est drôle.

Et faire un bon nanar parodique, c'est pas si facile. Il faut que ce soit assez mauvais pour faire rire, mais assez bien rythmé pour ne pas être ennuyeux. Et là, c'est plutôt bien fait: on rit de bon cœur en particulier sur l'aspect ridicule des bébêtes, mais le suspens est tout de même bien maintenu, jusqu'à la fin.




Pour les non-anglophones, sachez également que "beaver" est aussi une appellation du sexe féminin en anglais, ce qui donne lieu à des blagues d'une subtilité formidable.

Bref, c'est débile, c'est moche, mais c'est très drôle et on s'ennuie pas. Le truc parfait à regarder du matelas gonflable de la piscine des voisins en vacances...


Howard the duck



Alors là, c'est une autre paire de palmes! Parce que quand on voit ce film, plusieurs questions émergent assez naturellement: Que fument les scénaristes? Où se fournissent-ils? J'en veux! Comment ont-il réussi à convaincre les producteurs? Qu'a foutu le script sur le tournage? Est-ce que j'ai manqué un truc durant les années 80?

C'est effectivement un des films les plus WTF que j'ai pu voir de ma vie. Pour le coup, c'est beaucoup plus difficile à résumer que zombeavers.



Howard est un canard, qui habite sur la planète des canards. Par un accident scientifique, il débarque sur terre et rencontre une rockeuse, Beverly, chez qui il va crécher. Et puis il va rencontrer un scientifique, Phil (le tout jeune Tim Robbins) et s'engueuler avec la nénette. Et puis il va chercher du travail et va travailler dans un bordel. Et puis il va quitter son job et se battre contre le méchant manager de la rockeuse. Et puis il va se rabibocher avec elle et prendre la place du manager. Et puis il va essayer de recontacter le scientifique pour rentrer chez lui, mais y'a eu explosion au labo. Et puis il va être poursuivi par la police. Et puis le chef du labo va être possédé par un Maître du mal extraterrestre qui veut faire descendre ses petits copains sur terre et qui va enlever Beverly. Et puis, accompagné de Phil, Howard va réparer et piloter un ULM et puis se battre contre le Maître du mal. Et encore là, j'ai résumé autant que je pouvais.

Le film est tiré du comics du même nom et on dirait qu'on a essayé de condenser toute la série en un seul film, ce qui ressemble quand même à un sacré gloubiboulga parfois indigeste. Ne cherchez pas la continuité logique dans ce film, y'en a pas, ni de profondeur psychologique, ni de grand intérêt cinématographique...



Mais c'est kitchouille à mort, mais ça fleure bon les années 80, y'a des costumes de malades, des décors de oufs, des animatronics très rigolotes même si parfois pas super bien gérées, y'a des franges crépées et de la musique au synthé, y'a Lea Thompson (la maman de Marty Mc Fly) qui fait du mauvais lip synch, une bizarre histoire d'amour zoophile.

C'est pas obligatoire, mais si vous êtes prêt à voir un truc bien foutraque et qui vous ramène à ce qu'il y avait de plus taré dans les années 80, allez-y. Mais je vous préviens, contrairement à Tim Robbins, ça n'a pas forcément bien vieilli...





mardi 16 juin 2015

The Duke of Burgundy: des femmes et des papillons (Hallucinations collectives)



The Duke of Burgundy (qui sort demain sur les écrans) était un de ceux que j'attendais le plus cette année et lorsque je l'ai vu au programme des Hallucinations collectives, je trépignais d'impatience (et encore, j'ai de la chance, comme vous, j'aurais pu attendre le mois de juin). La raison de cet enthousiasme: la simple évocation du réalisateur, Peter Strickland.

De Peter Strickland, je n'avais vu qu'un film, mais bon sang, quel film: Berberian Sound Studio, qui m'avait complètement conquise. Un film hommage au Giallo (vous savez, les films de suspens horrifiques italiens, dont Dario Argento est probablement le fer de lance), avec un intérêt profond pour le son au cinéma (sujet ô combien passionnant) et une bande originale du groupe tout simplement génial Broadcast. Une merveille de poésie, d'humour, d'amour du cinéma qui avait scotché mon derrière à mon siège et un sourire persistant à mes lèvres, en mode Joker. Alors quand j'ai su que son nouveau film sortait, j'étais très excitée.



Pourtant, le pitch de départ ne m'attirait pas plus que ça: un amour sado-masochiste lesbien contrarié, ça aurait été n'importe qui d'autre, j'aurai fui en hurlant, parce que ça peut tellement vite tomber dans le porno soft prout prout, au mieux, dans la série Z pouet pouet au pire. Bref, comme sujet casse-gueule, il aurait pas pu trouver mieux.

Mais encore une fois, Strickland réussit un coup de génie. Il arrive à utiliser les codes d'un genre suranné (ici, l'esthétique 70's du film érotique), à les magnifier, et grâce notamment à l'humour, mais aussi à une belle implication auprès de ses personnages et à son talent de réalisateur, à créer un truc complètement inédit, encore une fois poétique, beau et merveilleusement espiègle.


Dans un pays d'Europe indéterminé, à une époque qui l'est tout autant, dans une société mystérieusement peuplée uniquement de femmes qui semblent se passionner pour les bibliothèques et les papillons, une lépidoptériste (une spécialiste des papillons), Cynthia, entretient une relation amoureuse et sado-masochiste avec la jeune Evelyn. C'est plutôt cette dernière, qui entretient un goût prononcé pour l'humiliation, qui pousse sa compagne à suivre, de manière assez répétitive, les scénarios qu'elle imagine à la virgule près. Cynthia commence à se lasser de ces jeux de dominante/dominée auxquels elle ne prend pas plus de plaisir que ça, et souhaiterait avoir une relation plus traditionnelle, et aussi plus confortable (parce que le SM, ma bonne dame, c'est pas de tout repos).



Comme je le disais, on joue beaucoup avec les codes du film érotique italien et français des années 70: une belle image filtrée, deux très belles actrices, des tenues à la fois guindées et affriolantes (la costumière, Andrea Flesh, porte bien son nom), une magnifique bande originale Moriconnesque par Cat's Eyes, des accents européens pas vraiment définissables... L'influence avouée des films de Jess Franco est manifeste. Cependant, Strickland va au-delà du plagiat et délivre un véritable hommage en proposant quelque chose de différend.



Tout d'abord, cela rassurera les plus prudes d'entre nous et décevra les petits coquinous qui voudraient bien se rincer l'œil, le film est assez dépourvu de nudité. Attention, la charge érotique est bien là, dans les paroles, les regards, la tension, les dessous vintage (je vous préviens, je vais me répéter, mais merci Andrea Flesh!). Mais pas de scène frontale, et plus de frou-frous que de fri-fris...


Mais surtout, bien au-delà du sexe, ce que nous raconte formidablement Peter Strickland, c'est une jolie histoire d'amour, une histoire d'amour dans laquelle se reconnaîtront tous les couples qui ont passé la phase passionnelle du début de leur relation. Quels compromis accepter? Comment intégrer le quotidien à la relation amoureuse? L'amour suffit-il? Bref, comment faire pour qu'une relation dure, et qu'il devient difficile, au jour le jour, de continuer à jouer un rôle désirable qu'on ne se sent pas toujours capable d'endosser.

Cynthia est formidablement interprétée par Sidse Babett Knudsen (de la série Borgen). Elle joue parfaitement cette femme très amoureuse, qui accepte de jouer la froide et sévère bourgeoise en talons aiguilles, alors qu'elle ne rêve que d'un pyjama pilou, qui boit avec dégoût verre d'eau sur verre d'eau pour combler les désirs de son amante, qui répète son texte devant son miroir pour ne pas la décevoir. Dépassée par les exigences d'Evelyn, qui sous des dehors de soubrette soumise est en fait une sacrée tortionnaire, on prend un plaisir fou à la voir se libérer de son joug pour une soirée d'anniversaire particulièrement drôle.



De son côté, la sublime Chiara D'Anna, avec ses grands yeux innocents et sa jolie voix réussit à camper de manière très subtile l'autorité capricieuse, sous le masque de la soumission. Voir ses yeux s'écarquiller à l'annonce de mobilier très peu conventionnel est un moment savoureux.



Parce que j'insiste là-dessus, ce film est plein d'humour et c'est très important. Parce que oui, les partis pris formels de Strickland sont très forts: un lieu de conte de fée (ça donne vraiment envie de visiter la Hongrie, où le film a été tourné), des scènes de rêves assez psychédéliques, un hommage à un cinéma réservé souvent à une petite population d'amateurs éclairés, des expériences sonores (Strickland est à la base musicien d'électro-acoustique), un montage qui fait s'interroger sur la narration. Tout cela pourrait rendre le film un peu hermétique, une très belle œuvre, certes, mais réservé à quelques happy few esthètes. Une œuvre finalement assez pompeuse.



Mais c'est justement l'humour et toute l'humanité apporté aux personnages qui met cette histoire et cette cinématographie à la portée de tous. Parce que dès que Strickland s'approche dangereusement du film d'art prout prout et qu'il se regarde un peu trop fabriquer son film, il parvient à nous montrer que finalement, il ne se prend pas vraiment au sérieux. Et cet humour, cette façon de dynamiter la beauté formelle, le jeu de séduction et la solennité du désir (pour les personnages) et de l'art (pour le film) par la banalité du quotidien, c'est ce qui a fait mon bonheur de spectatrice. Parce qu'à aucun moment, je n'ai eu l'impression que Strickland me regardait de haut, que j'avais le conviction qu'il voulait absolument m'embarquer avec lui dans son univers et qu'il le faisait de la meilleure manière qui soit: en me faisant aimer ses personnages (Je voudrais pas en rajouter une couche, mais sur des audaces de réalisation équivalentes, j'aurais aimé qu'Innaritu en fasse autant). Parce qu'avec un pitch pareil, et une telle identité visuelle, je ne m'attendais pas du tout à ce que j'ai finalement vu: une tendre, drôle et authentique histoire d'amour. Parce que si l'on soulève le satin et la dentelle, c'est pour voir battre un cœur...