pelloche
lundi 19 octobre 2015
L'emprise des ténèbres, ethnozombisme
Quand j'ai vu que le ciné-club de Potzina (blog très très conseillé) portait ce mois-ci sur le cinéma d'horreur et d'épouvante, mon sang n'a fait qu'un tour: il fallait que je vienne y mettre mon grain de sel. Parce que j'aime les films de genre, parce que j'aime en particulier les films d'horreur, et que Halloween, avant d'être une fête qui nous oblige désormais à acheter des bonbecs qu'on pourra même pas manger, c'est d'abord un film que j'adore, qui mérite bien d'avoir un jour pour lui tout seul (je propose d'ailleurs qu'on inaugure le Kurt Russel day rapidement, une fête qui consiste à porter des bandeaux de pirate et des jeans taille haute avec des débardeurs, et à ne parler qu'en réplique badass, en mangeant des burgers).
Bref, je me suis un peu demandé de quel film j'allais parler: un vieux film de la Hammer? Un classique incontesté (Psychose, Suspiria, Nosferatu, Qu'Est-ce qu'on a fait au bon dieu)? Un petit indé de dessous les fagots (Willard, May)? Et puis finalement, je me suis rendu compte que je n'avais pas rendu les hommages nécessaires au très regretté Wes Craven, et c'est pourquoi j'ai décidé de vous parler de mon film préféré de ce maître de l'horreur, qui n'est peut être pas le plus connu, peut-être pas le plus magistral, sûrement pas le plus fun, mais qui est sans aucun doute celui qui me touche le plus: L'emprise des Ténèbres.
Ce film de 1988 est adapté assez librement du livre de l'ethnologue Wade Davis "The serpent and the rainbow" qui évoque ses recherches à Haiti sur la zombification. Parce que oui, en ces temps où le Zombie est devenu un Z international qui veut dire franchise, il faut se souvenir de l'origine ethnologique et vaudou du mort-vivant cannibale à la lenteur caractéristique. Le zombie, c'est haïtien et il y avait des processions vaudous sur l'île bien avant nos zombie walks.
L'histoire est donc celle de l'ethnologue Denis Allan, interprété par un Bill Pullman en mode BG baroudeur à mèche, qui est envoyé à Haiti par une grosse boîte pharmaceutique pour enquêter sur la zombification. Si une substance permet celle-ci (c'est la thèse de Wade Davis), cela ouvrirait des perspectives anesthésiques plutôt réjouissantes pour le labo. Denis revient juste d'un trip amazonien digne d'un Blueberry kounenien, et s'embarque, ni une, ni deux, pour l'île aux mystères vaudou. Il va y trouver une belle doctoresse (la somptueuse Cathy Tyson), un envoûteur Mozartien, et un sacré paquet d'emmerdes parce qu'un certain Jean-Paul Duvallier y fait régner la terreur.
On dit souvent, et on a raison, que le film de zombie est un film politique, une critique sociale. Romero ne s'en est, par exemple, jamais caché. Ici, cela n'a jamais été aussi vrai. L'horreur parfois profonde que l'on ressent à la vue de L'emprise des ténèbres n'est pas tant due aux éléments fantastiques du récit, qui filent déjà bien des frissons d'angoisse, mais à la cruauté profonde, à la monstruosité de l'âme humaine incarnée dans le personnage de Lucien Céline (terrifiquement joué par Paul Winfield), un des personnages les plus cauchemardesques de l'histoire du cinéma, tout simplement parce que si proche des personnages les plus cauchemardesques de l'Histoire, tout court.
Lucien Céline, dans le film, est le chef des Tontons Macoute, la milice paramilitaire de François (papa doc) Duvallier puis de son fils Jean-Paul, tristement célèbres pour leurs massacres, viols et multiples exactions. Le nom de cette affreuse organisation vient du personnage folklorique, Tonton Macoute, une sorte de croque-mitaine effrayant. La réalité s'inspire de l'horreur, et l'horreur de Wes Craven s'inspire de la réalité. Cette tension s'est d'ailleurs invitée sur les plateaux puisque, pour des raisons de sécurité, le film a dû se terminer en République Dominicaine. Vous comprendrez combien la réalité rattrape finalement le fantastique quand vous verrez qu'une simple chaise est plus éprouvante que tous les morts-vivants, fantômes et autres apparitions creepesques.
Alors oui, certains éléments du film, notamment quelques effets spéciaux ou une scène d'amour pouet pouet, n'ont pas super bien vieilli. Mais dans l'ensemble, le film tient encore très bien ses promesses: on est effrayé, parfois assez fasciné par ce récit aux frontières du réel, Bill Pullman est (comme presque toujours) formidable et Wes Craven marie à merveille l'esprit de comédie de certains passages à l'horreur pure ou au quasi-documentaire. Pour Halloween, je vous invite donc à revenir aux sources du zombie, et à vous perdre dans les ténèbres haïtiennes.
jeudi 8 octobre 2015
Séance de rattrapage: an honest liar
Petit focus aujourd'hui sur un documentaire absolument passionnant, sur un homme absolument passionnant, avec une histoire absolument passionnante: An honest Liar, un film de Tyler Meason et Justin Weinstein, sur James Randi, "The Amazing James Randi", que tous les sceptiques américains connaissent bien, mais qui est moins célèbre par nos contrées.
Ce docu date de 2014, mais je ne l'ai découvert que cette année sur Netflix, et c'est une petite merveille: un sujet en or, une narration au suspens digne d'un film d'Hitchcock et le hasard qui fait bien les choses, le timing parfait pour en faire un grand film, aux formidables enjeux.
Au départ de ce documentaire, la vie et le portrait de James Randi, grand illusionniste devenu le champion du scepticisme aux Etats Unis. Imaginez un descendant spirituel d'Houdini, un escapologiste formidable, qui ligotté et pendu la tête en bas au dessus des chutes du Niagara, parvient en quelques minutes à se libérer. Imaginez un roi de l'illusion, au regard hypnotique et au pouvoir de suggestion formidable, un homme dont le métier est de nous mystifier, qui décide un jour de partir en guerre contre tous les mages, les gourous et les médiums qui utilisent les mêmes "trucs" de magiciens que lui pour des raisons beaucoup moins nobles que le simple divertissement.
Cet homme-là, c'est James Randi, un type capable de mettre à mal un médium tordeur de cuillères (une scène assez fendarde), un télé-évangéliste guérisseur qui communique par télépathie avec son public et avec sa femme par une oreillette (là, on ne rigole plus du tout, en ce qui me concerne, je pleurais presque de dépit), et qui va même jusqu'à offrir un million de dollars à celui ou celle qui saura prouver qu'il ou elle a de véritables dons surnaturels (notez bien que pour le moment, le million attend bien sagement qu'on le réclame). Un génie de la manipulation, qui réussit à mystifier jusqu'à des programmes de recherche du gouvernement américain alors friand d'expériences mystiques, en formant une équipe de deux jeunes prodiges de la prestidigitation, se faisant passer pour de puissants médiums, afin de révéler au grand jour la supercherie.
Un amoureux de la vérité, qui parfois dérange, titille, mais garde une ligne de conduite sévère et droite, scientifique, quitte à décevoir même ses collaborateurs. Un personnage à l'honnêteté que rien ne semble entamer, un chevalier des faits, du réel et du tangible.
Sauf que...
Sauf que James Randi est un personnage passionnant. Sauf que sa vie ne cesse de tester ses propres limites. Sauf qu'il doit s'arranger de ses propres secrets.
Et là, on touche à James Randi l'être humain, partagé entre ses convictions et son cœur, et le dilemme devient bouleversant. On apprend d'abord que c'est à 85 ans qu'il a décidé de s'ouvrir sur sa très belle histoire d'amour avec son compagnon, l'artiste José Alvarez. Mais surtout un évènement se produit au cours de la réalisation du documentaire qui va faire tourner ce film au vrai drame psychologique: que faire lorsqu'on a passé sa vie a vouloir défendre la vérité et que le mensonge est constamment présent au cœur de son intimité?
C'est à cette dernière partie du film que le documentaire devient une réflexion sur l'intégrité, et la difficulté à la garder en toutes circonstances. La réponse donnée par le film est à la fois troublante et terriblement émouvante. Je ne peux pas vous en dire plus, mais vous invite vivement à la découvrir.
jeudi 24 septembre 2015
Miss Hokusai: biopictural
Sans trop de conviction, presque après avoir ploufé (le plouf est une méthode de sélection qui en vaut bien une autre), je suis allée voir Miss Hokusai, de Keiichi Hara. Pas convaincue car, si j'aime beaucoup les mangas, et en particulier les mangas historiques, comme je vous l'ai dit auparavant, j'ai un peu de mal ces derniers temps avec les biopics, que je trouvais souvent longs et terriblement plats.
Bien m'en a pris, car j'ai enfin trouvé, au milieu du fatras des biopics annuels, celui que j'attendais, celui qui déroge à tous les faux pas qui l'entrainent vers le bof, celui qui m'a fait revenir sur tous mes vilains préjugés, et ce pour mon plus grand plaisir. Ceci est donc un article sous forme de mea culpa, je reviens sur mes mauvais points distribués précédemment, et je change mon fusil d'épaule.
D'abord, petite précision sur Miss Hokusai. Ce film est un manga de Keiichi Hara. Il se passe en 1814, au Japon, qui est encore un régime shogunal, avec samourais. Le Sensei Hokusai est un peintre très renommé (on connait tous la fameuse Grande Vague de Kangawaga). Il vit cependant dans un certain désoeuvrement avec son apprenti et sa fille, O-Ei, peintre elle aussi. Ce film se concentre sur cette jeune femme à une période de sa vie et de son apprentissage artistique et humain. On nous fait le portrait d'une jeune femme talentueuse, réfléchie, profondément humaine et farouchement indépendante.
1. Un biopic qui ne cherche pas à être exhaustif
Comme je l'avais dit pour The Imitation Game ou A dangerous method, les biopics pêchent souvent en voulant tout raconter. Du coup, on passe en vitesse sur toute la vie d'une personne, et on ne peut s'attarder sur rien, rien observer en profondeur, et la planche en surface, c'est très souvent ennuyeux pour le spectateur.
Ici, pas question de raconter la vie de O-Ei de sa naissance à sa mort. Le film se focalise sur une période de sa vie, sa sortie de l'adolescence et son entrée dans l'âge adulte et choisit un angle (ô bonheur). On est bien là dans le film de coming-out-of-age, un film initiatique d'une jeune femme qui apprend à devenir une artiste, une femme, une sœur et une fille. On assiste donc à l'évolution progressive de ce personnage, à ses états d'âme, à ses déceptions, à ses désirs, ses échecs et ses rebonds, depuis la jeune fille austère en colère contre son père à une jeune femme sûre d'elle et apaisée. On choisit donc une période de sa vie aux enjeux très importants, lors d'une période historique fascinante et on touche juste et fort. En cela, le film est très efficace, il sait ce qu'il veut raconter à travers son personnage, et s'y tient. Et bon sang, ça fait plaisir!
2. Un biopic qui ose s'écarter du réalisme
Dans la biographie ou l'adaptation, c'est souvent en trahissant son sujet qu'on est y est le plus fidèle. Les biopics deviennent bien souvent planplan à force de respecter à la lettre la vie de leur personnage et le réalisme d'une époque, et ni les scénaristes ni les réalisateurs ne parviennent à se les approprier.
Récemment, Tim Burton, qui avait pourtant réussi magnifiquement Ed Wood en le faisant complètement sien, a failli faire quelque chose d'intéressant avec Big Eyes en amorçant une incursion dans le fantastique. Mais il s'est vite rassagit et est donc, de mon point de vue, est complètement passé à côté de son sujet par excès de respect.
Dans Miss Hokusai, pas de ça, on ose tout, et c'est ce qui rend le film aussi beau. On entre notamment de plein pied dans le fantastique, et le film y gagne en émotion, en poésie. Le monde de miss Hokusai est un monde peuplé de fantômes, de démons et de phénomènes étranges. Les légendes japonaises font intrusion dans ce réel en plein changement vers le modernisme et créent une véritable bascule. Cet imaginaire, loin de nous éloigner d'une époque, nous en rapproche, nous permet de mieux la comprendre.
Mais là où le fantastique est le plus fort, là où Burton s'est fourvoyé et où Hara réussit brillamment, c'est dans son rapport avec la peinture. Ei-O, en tant que peintre, est rattaché au monde imaginaire, au monde des légendes, il est vivant en elle. Et sous son pinceau et celui de son père, ce monde prend vie dans le réel, parfois avec des conséquences dramatiques. C'est là que l'on comprend toute l'importance du rôle du peintre, et les enjeux de son travail. Ce qu'on perd en réalisme, on le gagne en réalité, et de la plus belle manière possible. Les plus belles pièces d'Hokusai père et fille entrent en mouvement, en souffle sous nos yeux, d'autant plus que ce film est d'une beauté picturale époustouflante.
3. Un biopic audacieux
S'il y a une chose qu'on ne peut pas reprocher à ce film, c'est de ne pas avoir de parti-pris. En dehors des deux points évoqués ci-avant, tout en fait une œuvre unique, loin du biopic-à-la-papa. Le rythme est très particulier, il est assez lent, mais assez hypnotique, on s'y laisse prendre doucement, comme devant l'observation d'un tableau.
Le film dégage une émotion incroyable grâce à une attention poussée à des détails, notamment grâce à la personnage de la petite sœur de Ei-O, aveugle. Avec elle, le film devient une véritable expérience sensorielle. Il y a notamment une scène sur un pont pendant laquelle on réussit un tour de force incroyable. Ei-O est là, avec sa petite sœur et rencontre un homme, qui est visiblement amoureux d'elle. On parvient à nous faire vivre cette scène du point de vue de la sœur, on a l'impression de sentir le souffle du vent, le frôlement des étoffes, et l'on entend tout ce que contiennent les voix et les mots. J'en ai eu la gorge serrée d'émotion.
Comme son héroïne qui ose l'indépendance et la singularité, ce film a sa propre voix, et suit son propre chemin. On peut ne pas le suivre sur tous ses choix (j'avoue que le choix du rock sur certains passage m'a un peu gêné), mais force est de constater qu'il délaisse la tiédeur et trace, d'une main de maître, une œuvre originale et très émouvante.
lundi 7 septembre 2015
Cavalcade
Aujourd'hui, on va parler de Mustang, de Deniz Gamze Erguven. J'ai vu ce très beau film il y a quelques temps, mais il m'a fallu une longue période de gestation après celui-ci. Je ne sais pas pourquoi, j'ai essayé de le retourner par tous les bouts, mais je n'arrivais pas à trouver un angle pour en parler. Peut-être parce que ce film m'a particulièrement émue, il m'a été très difficile de prendre du recul sur lui, de l'intellectualiser et d'en rendre quelque chose d'assez construit, comme j'essaie de le faire d'habitude. Donc, voilà, je m'excuse d'avance pour ce billet un peu bordélique, jeté en vrac, trop tard et à l'envers, mais devant l'émotion, mon cerveau s'est fait la malle et s'est retrouvé lancé au galop sur mon cœur épris de liberté, libéré de ses ornières et de ses rennes. Je vous invite donc à la cavalcade: on laisse pour cette fois le parcours d'obstacle. On va s'ébrouer, on va ruer et montrer les dents, et on va galoper, aussi vite et aussi loin qu'on pourra.
C'est la fin de l'année scolaire, dans la tristesse de quitter les professeurs et l'ivresse de la liberté. 5 frangines rentrent chez elles avec des amis. Ils s'arrêtent ensemble sur la plage et vont s'amuser, comme plein de gamins de leur âge, dans les vagues. Sauf qu'on est en Turquie, sauf que les gamines sont des orphelines élevées par leur grand-mère et leur oncle, sauf qu'une voisine médisante les a vus et en a profité pour jouer les saintes nitouches, sauf que ce simple moment de jeux va changer à jamais leurs vies.
Peu à peu, les filles voient les règles se rigidifier, les couleurs s'affadir, leurs mouvements s'entraver, leur monde se rétrécir, et les murs autour d'elles s'élever. Pour sauver leur réputation, on tente de les marier au plus tôt et de leur apprendre à devenir de parfaites femmes d'intérieur. Elles vont peu à peu être séparées, par des mariages plus ou moins heureux, ou pire, et devoir faire face à des pressions physiques et morales de plus en plus fortes.
Beaucoup ont vu, dans ce film, un clin d'œil au film Virgin Suicide, de Sofia Coppola et effectivement, il y a des similitudes: l'histoire de ces sœurs enfermées par des parents trop rigides y fait penser, ainsi que l'esthétique du film à l'image lumineuse et filtrée et l'obsession pour les longues chevelures en mouvement. L'image est donc splendide, et les cinq jeunes comédiennes le sont tout autant. Chacune est différente, belle à sa manière, rebelle à sa manière et on s'attache à toutes, notamment grâce à l'interprétation impeccable des jeunes filles (la grand mère et l'oncle sont eux aussi extrêmement bien campés).
Mais le film est différent et, pour moi, encore plus appréciable que celui de Sofia Coppola pour plusieurs raisons. D'abord le ton: alors que la mélancolie était celui de Virgin Suicide, Mustang est dominée par une énergie extraordinaire, une véritable bouffée de révolte juvénile et de contestation libertaire. Si une des sœurs se résigne, toutes les autres sont animées d'une saine colère et même dans d'atroces circonstances, elle ne se départent jamais d'un humour provocateur et mordant. Ce qui en fait un film très réjouissant.
L'autre différence avec le Virgin Suicide est que, alors que ce dernier était situé plusieurs décennies auparavant et s'apparentait à une sorte de conte, le film de Deniz Gamze Erguven est éminemment contemporain et politique. L'histoire de ces filles, qui sentent peu à peu la pression religieuse et sociale peser sur elle, qui voient leur horizon se bloquer et cherchent à tout prix à s'en sortir, c'est aussi celle d'un pays. La Turquie vit depuis quelques années un tournant politique et religieux de plus en plus rigide et la situation ne s'est pas améliorée depuis les évènements de la place Taksim, surtout pour les femmes. Si Mustang paraît à la base n'être que l'histoire de jeunes filles, la réalisatrice lie leur destin à l'évolution nationale à plusieurs reprises: on nous parle des débordements masculins dans les stades de foot qui ont poussé les fédérations à organiser des matchs devant un public essentiellement féminin.
Mais il y a surtout une des scènes principales du film (pour les amateurs de théories scénaristiques, elle se situe à peu près au milieu du film). La famille est réunie à table: la grand-mère, l'oncle et 3 sœurs. L'oncle (un gros salopard, par ailleurs), réprimande les filles qui s'amusent des blagues de l'une d'entre elles, qui saisit toutes les occasions possibles pour faire de mauvais gestes à son oncle. On ne voit pas la télé, mais on entend ce qu'elle diffuse à ce moment du film: un discours arguant que les jeunes filles riant dans la rue sont vulgaires et indécentes. Ce discours, ce n'est ni plus ni moins que celui de M. le vice-premier ministre, Bulent Arinc, et ce doigt d'honneur à ce moment là du film, personnellement, m'a émue aux larmes. C'est pour moi une des plus belles réponses que l'on pouvait faire dans un film aux propos admis actuellement au sein de l'Etat turc. Une provocation effrontée, et un fou-rire de gosse. Et s'il est suivi d'une scène tragique, il n'en est pas moins une bouffée de liberté absolue.
Et c'est dans ce souffle épique que le film prend toute sa dimension, et son émotion. C'est dans cet élan lyrique, soutenu par la musique toujours merveilleuse de Nick Cave et la beauté des paysages turcs, c'est dans cette équipée sauvage que le film nous emporte, un espoir fou au cœur, celui de l'avenir des sœurs et au-delà, de celui de toutes les autres filles...
lundi 10 août 2015
Nos futurs, à la recherche du temps perdu
Je n'évoque pas fréquemment Proust. Mais là, le titre me semblait tout à fait adapté. Aussi bien au thème du film (un trentenaire patron de banque, le lendemain arrosé de son anniversaire, décide de renouer avec son ancien meilleur copain et son passé), qu'à mon état en sortant (où sont passées ces 97 minutes que je ne retrouverai jamais?)
Donc voilà, petit résumé en quelques minutes. Yann Querbec (Pierre Rochefort) semble tout avoir pour être heureux: il est patron d'une banque, est mariée à la superbe Estelle (Mélanie Bernier) et pour son anniversaire, on vient de lui offrir un magnifique fauteuil qui ressemble à une machine à voyager dans le temps (wink wink). Mais en vrai, il est malheureux, il est tout coinços, il a pas de copains, il a pas d'enfant et son sous-fifre fait rien qu'à draguer sa meuf. Alors il décide de rappeler Thomas (Pio Marmai) son poto d'enfance, qui n'a pas décollé depuis les années 90 (ou 2000, ça reste très flou) et est resté bloqué dans sa chambre pourrie d'ado, à fumer des bédos au Darjeeling, en buvant du Clos du Cigalou. Décidé à briser le sort qui retient son unique pote dans le temps de l'amour, le temps des copains et de l'aventure, il se décide à contacter tous les anciens du lycée pour reconstituer la super nouba de ses 18 ans.
Alors voilà, j'ai passé une très très longue séance, et je me suis même fait une petite crise de boulimie après (je suis comme ça, m'ennuyer au cinéma, ça me donne envie de pizza, de beaucoup de pizza pour compenser, et d'un gros film d'action). Ce pour plusieurs raisons.
Je vous ai déjà parlé du syndrome "Arrêtez vos salades, commissaire", très chouette article sur ce qu'il y a de pourri dans le royaume des dialogues français. Et ben là, on est souvent en plein dedans. On prononce tous les "ne pas", et c'est blindés de répliques qui sonnent faux, à quelques exceptions qui peuvent être des perles (j'avoue que la réplique de Camille Cottin sur les couches de vomi m'a réveillée de ma torpeur par un rire tonitruant qui m'a moi-même surprise). Mais c'est encore pire quand c'est Pierre Rochefort qui parle. Ce type est totalement amorphe, il ânonne douloureusement son texte, au point qu'on préférerait parfois être devant un concours de récitation de CM2 parce que les gamins, au moins, sont mignons. Alors oui, il joue un type désenchanté, qui a perdu la capacité d'exprimer ses émotions, tout ça, tout ça. Mais c'est pas une raison pour sous-jouer à ce point. Parce que si en plus d'avoir un personnage principal assez peu aimable (par moi, en tous cas), on a un acteur peu performant, ça part quand même très mal.
C'est d'autant plus dommage qu'il est très bien entouré. Pio Marmai essaie tant bien que mal de tenir le film à bout de bras en campant un ado attardé assez convaincant et Kyan Khojandi, Zabou Breitman et Camille Cottin parviennent à assurer quelques rires, par leur simple personnalité. Mélanie Bernier est ravissante et se débrouille comme elle peut avec des dialogues un peu factices pour apporter de l'émotion. Sans ces comédiens assez formidables, j'aurai quitté la salle très rapidement.
En ce qui concerne le genre du film, cela se veut entre la comédie et le drame. Mais pour moi, cela ne réussit aucun des deux, par la faute de l'écriture maladroite et du personnage principal. Mais je pense également que si l'on avait, par une écriture plus drôle, plus dynamique et plus osée, on aurait pu en contrepartie avoir une émotion plus grande. Mais la frilosité du scénario, qui hésite souvent à y aller à fond dans le registre comique, fait qu'on est souvent situé dans l'entre-deux, le tiède: quand on commence à se sentir prêt à rire avec les personnages, on introduit une scène dramatique qui nous refroidit, et finalement on ne peut vraiment atteindre de vraies émotions, trop occupés que nous sommes à nous recentrer à chaque fois. C'est dommage.
Autre problème, j'ai toujours eu un peu de mal avec les approximations, alors quand je vois des détails qui me semblent invraisemblables (et je les remarque vite quand je m'ennuie) ça peut me déranger... En vrac:
- De la Zubrawska à une fête de gamins de troisième. Sérieux? Quel gamin de troisième revient à une fête avec une bouteille de ce type? Et ça n'inquiète visiblement pas le père présent à la fête????
- Le mec, non seulement, est patron de banque à 30 ans. Mais son père l'était au même âge... Ca fait quand même beaucoup...
- Un patron de banque invite ses employés à une fiesta chez lui pour son anniversaire...Normal, quoi! Qui n'a jamais été invité par son grand patron, à son domicile, pour lui fêter ses 30 ans?
- On peut faire le tour de la France en scooter en très peu de temps.
- Y'a du vin tellement pas bon qu'on peut trouver des offres 2 bouteilles achetées, 4 offertes.
Bon, là, ceux qui ont vu le film vont dire que je suis de mauvaise foi, et ils auront raison. Mais pour que je vous en dise plus, il va falloir que je spoile un peu le film, donc vous êtes prévenus. Si vous voulez le voir, ne lisez pas plus loin.
Ma plus grosse déception est là. J'ai compris au bout de 20 minutes comment le film allait se terminer (en tous cas ce qu'il advient de Thomas). Et une fois que je l'ai compris, Nos futurs n'a plus eu aucun intérêt pour moi. Je n'ai fait qu'attendre que ce qui devait arriver arrive, et puis c'est tout. On n'a plus qu'à ronger son frein d'ici là, et à toutes les allusions au "truc", on a envie de dire "c'est bon, j'ai compris, avance, viiiiiite!". C'est toujours le problème de ce genre de film à chute. Mais bon, après discussion avec d'autres spectateurs après le film, si comme moi, certains ont deviné rapidement, d'autres sont passé à côté et ont été surpris par la fin. Donc je dirais que si vous avez l'habitude d'essayer de deviner la fin des films en étant attentif aux indices semés plus ou moins discrètement, vous risquez de vite trépigner.
Mais en plus de tout ça, on a osé nous faire ce que je déteste le plus dans l'écriture de scénario, le deus ex machina le plus fainéant possible, qui me donne envie de me lever de mon siège et d'hurler à l'escroquerie, le fameux et très imitable "Mais tout ceci n'était qu'un rêve". Pour moi, c'est le truc rédhibitoire d'un scénario. Mais c'est la seule chose qui, à mon sens, peut justifier les trucs bizarroïdes que j'ai évoqué plus tôt.
Voilà, si vous êtes arrivés jusque là, vous en savez peut être trop pour avoir envie d'aller voir le film et je vous l'ai peut être gâté à l'avance. Mais c'était à vos risques et périls, je vous avais prévenu. Et si vous décidez d'aller voir le film, je dirais que c'est la même chose...
lundi 3 août 2015
Les biopics bof
Au cours de ce premier semestre, j'ai vu quelques biopics, au ciné ou sur petit écran. Je n'en ai pour l'instant rien écrit, tout simplement parce que je n'avais pas assez à dire sur chacun d'eux. Mais je me suis rendue compte qu'au final, ils partageaient pas mal de points communs, en particulier celui d'avoir suscité chez moi cette réaction molle, ou plutôt cette absence de réaction qui se traduit souvent par un "mouaif" ou un "bof". Du coup, mis bout à bout, je me suis dit que j'avais assez pour rédiger quelque chose.
Je ne sais pas si c'est lié au genre, mais c'est bien possible, parce que je suis souvent rendue compte que les biopics avaient tendance à suivre les mêmes schémas (du type ascension, apogée, déclin, rédemption), mais aussi qu'ils s'étalaient souvent sur une période de temps trop longue à mon goût. Autre faille que beaucoup d'entre eux partagent: un manque de choix dans l'angle pour traiter leur sujet, qui rend souvent le film, comment dire.... mou du genou et insipide.
Imitation game, Morten Tyldum
Pourquoi j'ai voulu le voir: La première raison, c'était l'histoire d'Alan Turing, un personnage absolument fascinant, qui réussit à décoder Enigma durant la seconde guerre mondiale. La deuxième raison, c'est Benedict Cumberbatch (say no more...)
Pourquoi j'aurais pu éviter: En 114 minutes, le film veut beaucoup trop en raconter: le défi scientifique du décodage d'Enigma, les histoires d'espionnage/contre-espionnage, le génie de Turing, ses difficultés relationnelles, son homosexualité, sa déchéance finale et l'ingratitude du Royaume Uni à son égard, son amitié avec Joan Clarke, l'intelligence et le soutien de celle-ci, les dilemmes moraux, son amour de jeunesse. Chaque sujet, en soi, était passionnant. Mais comme Morten Tyldum se refuse à choisir un angle précis par lequel attraper son sujet, ils ne sont tous qu'à peine évoqués. C'est dommage, parce qu'on tenait là un sujet en or. Mais ici, les différentes parties de la personnalité de Turing sont si nombreuses qu'elles ne peuvent être qu'effleurées, et on passe en surface de ce qui aurait pu être un grand film. En comparaison, Un homme d'exception était bien plus intéressant.
Pourquoi c'est pas si pire: Les acteurs sont plutôt bons, même Keira Knightley, qui est ici plutôt sobre. Le montage alterné apporte un peu de rythme au film qui serait sinon assez soporifique. Les images sont belles, la reconstitution de l'Angleterre sous le Blitz est très émouvante, la réalisation est certes classique, mais léchée. Ca se laisse regarder.
A dangerous Method, David Cronenberg
Pourquoi j'ai voulu le voir: David Cronenberg
Pourquoi j'aurais pu éviter: En 93 minutes, non pas une mais trois biographies croisées: celle de Freud, celle de Jung et celle de Sabina Spielrein, les rapports médecin/patient, maître/élève puis S/M entre Jung et Spielrein, les rapports père/enfant, maître/disciples entre Freud et Jung, leurs séparations respectives, leurs pulsions, leurs visions de la psychanalyse, la légende en création, l'histoire en marche. Pareil. Un film sur les rapports entre deux personnages par exemple, aurait été largement suffisant. Mais ici, en refusant de choisir un angle d'attaque précis, Cronenberg ne finit par raconter que des platitudes, rendant insipides les conflits intellectuels autant que les drames passionnels qui devraient pourtant nous emporter. Keira Knightley a beau en faire des tonnes et multiplier les ouvertures de bouches, Fassbinder et Mortensen ont beau lustrer leur moustache, les trois ont beau tenter de contrefaire des accents plus ridicules les uns que les autres, on s'ennuie.
Pourquoi c'est pas si pire: C'est une bonne introduction aux pensées de Jung et Freud, l'époque est bien rendue, les costumes sont beaux. La réalisation est décevante pour un Cronenberg, de facture tout à fait honorable si on compare à la production filmique en général. On bâille un peu, mais comme ça n'est pas trop long, ça passe.
Big eyes, Tim Burton
Pourquoi j'ai voulu le voir: Tim Burton, qui pour une fois, ne fait pas dans l'autoparodie, l'histoire intrigante de Margaret Keane, artiste kitschouille auteur de nombreux portraits d'enfants aux grands yeux (perso, moi je trouve qu'ils sont quand même très inspirés de nos Poulbot), qui se sont vendus comme des petits pains sous le nom... de son mari, Walter Keane.
Pourquoi j'aurais pu éviter: En 105 minutes, Burton a voulu nous raconter toute l'histoire de Margaret Keane: ses débuts, son mariage, sa famille, son inspiration, son procès, mais sans rien vraiment nous dire sur elle. Dommage. Parce qu'il y a de très bonnes idées dans ce film, mais qu'elles ne vont pas jusqu'au bout. Burton tente une intrusion fantastique dans la psychée de Keane, nous montrant son obsession des grand yeux. Mais d'où vient-elle, que représente-elle, à quoi sert-elle dans la suite du récit? A rien, les belles scènes de trips horrifiques n'amènent rien au film, ne déclenchent rien chez le personnage. On sent pourtant que le poids du trauma et de l'horreur est là, dès la première fuite conjugale de Margaret Keane, mais ce n'est qu'effleuré. C'est dommage, il y avait là un angle intéressant mais il n'est absolument pas exploité.
Pourquoi c'est pas si pire: Burton n'est pas dans l'auto-parodie et ça, ça fait du bien. Amy Adams est très bien et même si Christoph Waltz en fait des caisses, c'est parfois réussi, comme dans la scène complètement loufoque du procès, qui est pour moi LA scène burtonienne (au bon sens du terme) du film. Et puis bon, une apparition de Terence Stamp, ça suffit à illuminer ma journée
L'antidote: Walk hard, l'histoire de Dewey Cox, Jake Kasdan
Si vous aussi, vous trouvez que les Biopics se transforment souvent en Bofopics, vous allez adorer vous en moquer grâce à cette parodie, passée totalement inaperçue en France (et pour cause, non distribuée au cinéma).
Ici, Judd Appatow et Jake Kasdan utilisent tous les poncifs du biopics, et en particulier du biopic musical, pour raconter la vie du début à la fin d'une star fictive, Dewey Cox, une sorte d'Elvis/Johnny Cash . Tout y est. Le trauma initiale, la revanche à prendre sur la vie, la vie qui influe l'œuvre, la drogue, les femmes, les 60's, les 70's, l'ascension, la chute et la réhabilitation.
C'est super bien vu, c'est débile et tordant et c'est avec un des meilleurs acteurs comique et dramatique au monde: John C. Reilly. Et surtout, ça montre bien tout ce qu'il ne faut pas faire sur un biopic, et qui est souvent, malheureusement, fait.
Je ne sais pas si c'est lié au genre, mais c'est bien possible, parce que je suis souvent rendue compte que les biopics avaient tendance à suivre les mêmes schémas (du type ascension, apogée, déclin, rédemption), mais aussi qu'ils s'étalaient souvent sur une période de temps trop longue à mon goût. Autre faille que beaucoup d'entre eux partagent: un manque de choix dans l'angle pour traiter leur sujet, qui rend souvent le film, comment dire.... mou du genou et insipide.
Imitation game, Morten Tyldum
Pourquoi j'ai voulu le voir: La première raison, c'était l'histoire d'Alan Turing, un personnage absolument fascinant, qui réussit à décoder Enigma durant la seconde guerre mondiale. La deuxième raison, c'est Benedict Cumberbatch (say no more...)
Pourquoi j'aurais pu éviter: En 114 minutes, le film veut beaucoup trop en raconter: le défi scientifique du décodage d'Enigma, les histoires d'espionnage/contre-espionnage, le génie de Turing, ses difficultés relationnelles, son homosexualité, sa déchéance finale et l'ingratitude du Royaume Uni à son égard, son amitié avec Joan Clarke, l'intelligence et le soutien de celle-ci, les dilemmes moraux, son amour de jeunesse. Chaque sujet, en soi, était passionnant. Mais comme Morten Tyldum se refuse à choisir un angle précis par lequel attraper son sujet, ils ne sont tous qu'à peine évoqués. C'est dommage, parce qu'on tenait là un sujet en or. Mais ici, les différentes parties de la personnalité de Turing sont si nombreuses qu'elles ne peuvent être qu'effleurées, et on passe en surface de ce qui aurait pu être un grand film. En comparaison, Un homme d'exception était bien plus intéressant.
Pourquoi c'est pas si pire: Les acteurs sont plutôt bons, même Keira Knightley, qui est ici plutôt sobre. Le montage alterné apporte un peu de rythme au film qui serait sinon assez soporifique. Les images sont belles, la reconstitution de l'Angleterre sous le Blitz est très émouvante, la réalisation est certes classique, mais léchée. Ca se laisse regarder.
A dangerous Method, David Cronenberg
Pourquoi j'ai voulu le voir: David Cronenberg
Pourquoi j'aurais pu éviter: En 93 minutes, non pas une mais trois biographies croisées: celle de Freud, celle de Jung et celle de Sabina Spielrein, les rapports médecin/patient, maître/élève puis S/M entre Jung et Spielrein, les rapports père/enfant, maître/disciples entre Freud et Jung, leurs séparations respectives, leurs pulsions, leurs visions de la psychanalyse, la légende en création, l'histoire en marche. Pareil. Un film sur les rapports entre deux personnages par exemple, aurait été largement suffisant. Mais ici, en refusant de choisir un angle d'attaque précis, Cronenberg ne finit par raconter que des platitudes, rendant insipides les conflits intellectuels autant que les drames passionnels qui devraient pourtant nous emporter. Keira Knightley a beau en faire des tonnes et multiplier les ouvertures de bouches, Fassbinder et Mortensen ont beau lustrer leur moustache, les trois ont beau tenter de contrefaire des accents plus ridicules les uns que les autres, on s'ennuie.
Pourquoi c'est pas si pire: C'est une bonne introduction aux pensées de Jung et Freud, l'époque est bien rendue, les costumes sont beaux. La réalisation est décevante pour un Cronenberg, de facture tout à fait honorable si on compare à la production filmique en général. On bâille un peu, mais comme ça n'est pas trop long, ça passe.
Big eyes, Tim Burton
Pourquoi j'ai voulu le voir: Tim Burton, qui pour une fois, ne fait pas dans l'autoparodie, l'histoire intrigante de Margaret Keane, artiste kitschouille auteur de nombreux portraits d'enfants aux grands yeux (perso, moi je trouve qu'ils sont quand même très inspirés de nos Poulbot), qui se sont vendus comme des petits pains sous le nom... de son mari, Walter Keane.
Pourquoi j'aurais pu éviter: En 105 minutes, Burton a voulu nous raconter toute l'histoire de Margaret Keane: ses débuts, son mariage, sa famille, son inspiration, son procès, mais sans rien vraiment nous dire sur elle. Dommage. Parce qu'il y a de très bonnes idées dans ce film, mais qu'elles ne vont pas jusqu'au bout. Burton tente une intrusion fantastique dans la psychée de Keane, nous montrant son obsession des grand yeux. Mais d'où vient-elle, que représente-elle, à quoi sert-elle dans la suite du récit? A rien, les belles scènes de trips horrifiques n'amènent rien au film, ne déclenchent rien chez le personnage. On sent pourtant que le poids du trauma et de l'horreur est là, dès la première fuite conjugale de Margaret Keane, mais ce n'est qu'effleuré. C'est dommage, il y avait là un angle intéressant mais il n'est absolument pas exploité.
Pourquoi c'est pas si pire: Burton n'est pas dans l'auto-parodie et ça, ça fait du bien. Amy Adams est très bien et même si Christoph Waltz en fait des caisses, c'est parfois réussi, comme dans la scène complètement loufoque du procès, qui est pour moi LA scène burtonienne (au bon sens du terme) du film. Et puis bon, une apparition de Terence Stamp, ça suffit à illuminer ma journée
L'antidote: Walk hard, l'histoire de Dewey Cox, Jake Kasdan
Si vous aussi, vous trouvez que les Biopics se transforment souvent en Bofopics, vous allez adorer vous en moquer grâce à cette parodie, passée totalement inaperçue en France (et pour cause, non distribuée au cinéma).
Ici, Judd Appatow et Jake Kasdan utilisent tous les poncifs du biopics, et en particulier du biopic musical, pour raconter la vie du début à la fin d'une star fictive, Dewey Cox, une sorte d'Elvis/Johnny Cash . Tout y est. Le trauma initiale, la revanche à prendre sur la vie, la vie qui influe l'œuvre, la drogue, les femmes, les 60's, les 70's, l'ascension, la chute et la réhabilitation.
C'est super bien vu, c'est débile et tordant et c'est avec un des meilleurs acteurs comique et dramatique au monde: John C. Reilly. Et surtout, ça montre bien tout ce qu'il ne faut pas faire sur un biopic, et qui est souvent, malheureusement, fait.
mardi 28 juillet 2015
Le ptit match des familles: The Muppets vs Vice-versa
Cette semaine, j'ai vu deux films à tendance "famille". Comprenez "grand public", qu'on peut voir avec des enfants. Pourtant, pas d'enfants à la maison, mais comme ces gens sidérants pour François Aubel, infantilisés à mort, je vais voir voir des bêtes films d'animation sans même avoir d'excuse sous forme de tête blonde. Mais bon, j'ai déjà dit ce que je pensais des idiots qui pestent contre la bêtise des films d'animation sans les voir, et je dois avouer que le Figaro et moi, côté cinéma (et pas que, d'ailleurs), c'est quand même pas l'amour fou (Le titre de leur palmarès 2014, qui reprend les 2 films qui m'ont le plus déçue cette année en est un exemple).
Du coup, je n'ai aucun scrupule à me comporter comme tous ces gens absolument navrants, qui osent voir des films d'animation pour gamins, quand tant de films pour adultes, matures et réfléchis existent ( et dire que je vais rater les Profs 2!), et qui en plus, aiment ça!
Cette semaine donc, un classique instantané vu au cinéma et un gros coup de cœur de fan de Piggy vu sur mon écran perso.
Vice-versa

On va aller vite sur le résumé, parce que si vous n'avez pas entendu parler de ce film ces dernières semaines, c'est que vous étiez coincés au fin fond d'une grotte dans le Vercors (et vu la chaleur, je vous envierais presque). Donc voilà, dans la tête de la jeune Riley, ça gigote pas mal. Et ce, grâce à ses émotions, Joie, Peur, Tristesse, Dégoût et Colère qui tiennent plutôt bien la barre de son moral. Jusqu'à présent, Joie a toujours été un peu le chef de bande et Riley est une petite fille pleine de bonne humeur. Mais voilà, Riley doit déménager et devient une ado. Du coup, ça va pas mal se chambouler là-dedans.
Je vais pas être très longue, parce que vous avez sûrement lu plein de choses dessus.
Alors déjà, on est bien chez Pixar, l'animation est plutôt belle, l'idée très originale, on rit, on pleure, et tout le monde passe un bon moment, et moi aussi!
Je dois cependant dire que j'ai quelques réserves sur le film, qui tient même à cette "idée de génie" du départ qui a pas mal fait pour le succès du film, et je vais un peu détailler ce qui me semble être des points faibles, parce que j'ai surtout lu du très bon dessus.
D'abord, ce n'est que mon point de vue d'adulte, mais ce que nous, nous regardons en nous disant "Ca c'est super bien vu" est-il accessible aux enfants? Par exemple, à quel point les notions de subconscient, de mémoire à long/court terme, de dimensions sont compréhensibles par eux? Alors oui, quand on sait ce que c'est, l'illustration est rigolote, mais suffit-elle à rendre ces concepts pour le moins abstraits facile à appréhender pour des gamins? Sinon, comment fait-on quand son enfant demande "C'est quoi le subconscient"? C'est une question que je pose, à laquelle je n'ai absolument de réponse. Si vous avez vu ce film avec des enfants, ça m'intéresse de savoir ce qu'ils en ont pensé.
Mon autre problème, et c'est le plus important: les personnages. J'ai toujours besoin de personnages auxquels je puisse m'attacher pour vraiment aimer un film. Et là, j'avoue que je suis restée un peu sur ma faim. En gros, on peut considérer que la protagoniste est Joie, une petite bombe d'énergie qui fait toujours sa commandante et est tout bonnement insupportable. Vous savez, comme ces gens qui chantent et dansent le matin quand vous venez de vous réveiller et que vous avez la tête dans le seau, et qui vous demandent comme s'ils parlaient à un enfant de 5 ans pourquoi vous faites cette tête. Oui, ces petits capos du bonheur qu'on a juste envie de bâillonner. Et bien Joie, c'est ça, une affreuse créature au sourire immuable et à la voix enjouée révoltante. Et à la voir s'acharner contre Tristesse, on se rend compte qu'elle est tout simplement odieuse. Bref, si comme moi, vous avez toujours plus été une Daria qu'une Queen, vous allez aussi la détester. Et sa rédemption finale ne guérit pas grand chose.
Et l'autre personnage important, c'est Riley, mais le problème de Riley, c'est qu'elle n'a aucune personnalité. D'abord, la plupart du temps, elle est guidée par ses émotions, ce qui lui donne un peu l'impression d'être une marionnette. Pire, à un moment, comme toute sa personnalité s'est effondrée, elle n'est qu'une coquille vide incapable d'émotion. Comment veux-tu t'identifier à un personnage pareil? Pour moi, c'est impossible.
Mais le film reste très malin dans l'ensemble, en particulier lors d'une scène de repas mémorable ou des émotions essaient de se faire passer pour d'autres (l'animation, à ce moment là, est parfaite) et où l'on a accès à l'intériorité des parents. J'ai juste une petite carence au niveau émotionnel et, de mon côté, je trouve que le film Les Nouveaux Héros traite beaucoup mieux du parcours initiatique et du fait d'apprendre à "adopter' sa tristesse.
Les Muppets, le retour
J'ai une obsession presque maladive pour Les Muppets. Je suis une immense admiratrice de Miss Piggy, j'essaie sans cesse de m'approcher de sa manière sublime de quitter une pièce, le groin en l'air, pleine de dédain. The Muppet Christmas carol, avec Michael Caine est sans doute mon film de Noël préféré (devant L'étrange Noel de M. Jack, devant Miracle sur la 8ème rue et, tenez-vous bien, devant La vie est belle, quand je vous dit que c'est pathologique!)
Du coup, comme ce film Les Muppets, le retour était impossible à voir au cinéma en VO (mais que font les distributeurs, des fois, je me demande...), j'ai dû attendre de retrouver Kermit bien installée sur mon canapé.
Et comme d'habitude avec les Muppets, j'ai passé un moment fabuleux.
L'histoire, c'est celle de deux frères. Walter, qui a tout d'un muppet et Gary, qui a tout de Jason Segel, partent avec Mary (Amy Adams) à Los Angeles pour visiter les studios des Muppets. Mais ils apprennent qu'un complot machiavélique s'ourdit afin de détruire les studios pour chercher du pétrole sur leur terrain. Les 3 compagnons vont devoir aider les Muppets à monter un dernier spectacle pour sauver les studios, mais la télévision est à la mode du cynisme et plus personne ne veut de gentilles peluches à l'écran.
Alors d'abord, si on aime les Muppets, il y a tous les ingrédients habituels. Les marionnettes les plus cool, de Kermit à Miss Piggy, en passant par Risso, Gonso ou Scooter. Ils sont toujours aussi choupinous, aussi drôles, voire peut être même plus. Il y a aussi toujours les invités célèbres et là, c'est le bonheur du name dropper: Jack Black, Whoopi Goldberg, Sarah Silvermann, Jim Parsons, Selena Gomez, Neil Patrick Harris, Emily Blunt ou un caméo fabuleux de Dave Grohl.
Tout le monde s'amuse comme des petits fous et ça fait tellement plaisir à voir. Rajoutez à cela un scénario simple, mais qui fonctionne super bien et un côté comédie musicale très sympa. On y reconnait, pour les chansons, la patte de Brett McKenzie, de l'hilarant duo Flight of conchords.
Un vrai concentré de bonheur, de folie et d'humour, qui aurait bien mérité d'être projeté en salle.
Score:
Les Muppets gagnent. Juste parce que ces personnages là, je les aime vraiment... Entre Miss Piggy la gentille romantique qui se cache derrière une diva au caractère de cochon et Joie, la méchante dictactrice du bonheur qui se cache derrière une jolie petite robe verte, mon choix est arrêté!
Du coup, je n'ai aucun scrupule à me comporter comme tous ces gens absolument navrants, qui osent voir des films d'animation pour gamins, quand tant de films pour adultes, matures et réfléchis existent ( et dire que je vais rater les Profs 2!), et qui en plus, aiment ça!
Cette semaine donc, un classique instantané vu au cinéma et un gros coup de cœur de fan de Piggy vu sur mon écran perso.
Vice-versa

On va aller vite sur le résumé, parce que si vous n'avez pas entendu parler de ce film ces dernières semaines, c'est que vous étiez coincés au fin fond d'une grotte dans le Vercors (et vu la chaleur, je vous envierais presque). Donc voilà, dans la tête de la jeune Riley, ça gigote pas mal. Et ce, grâce à ses émotions, Joie, Peur, Tristesse, Dégoût et Colère qui tiennent plutôt bien la barre de son moral. Jusqu'à présent, Joie a toujours été un peu le chef de bande et Riley est une petite fille pleine de bonne humeur. Mais voilà, Riley doit déménager et devient une ado. Du coup, ça va pas mal se chambouler là-dedans.
Je vais pas être très longue, parce que vous avez sûrement lu plein de choses dessus.
Alors déjà, on est bien chez Pixar, l'animation est plutôt belle, l'idée très originale, on rit, on pleure, et tout le monde passe un bon moment, et moi aussi!
Je dois cependant dire que j'ai quelques réserves sur le film, qui tient même à cette "idée de génie" du départ qui a pas mal fait pour le succès du film, et je vais un peu détailler ce qui me semble être des points faibles, parce que j'ai surtout lu du très bon dessus.
D'abord, ce n'est que mon point de vue d'adulte, mais ce que nous, nous regardons en nous disant "Ca c'est super bien vu" est-il accessible aux enfants? Par exemple, à quel point les notions de subconscient, de mémoire à long/court terme, de dimensions sont compréhensibles par eux? Alors oui, quand on sait ce que c'est, l'illustration est rigolote, mais suffit-elle à rendre ces concepts pour le moins abstraits facile à appréhender pour des gamins? Sinon, comment fait-on quand son enfant demande "C'est quoi le subconscient"? C'est une question que je pose, à laquelle je n'ai absolument de réponse. Si vous avez vu ce film avec des enfants, ça m'intéresse de savoir ce qu'ils en ont pensé.
Mon autre problème, et c'est le plus important: les personnages. J'ai toujours besoin de personnages auxquels je puisse m'attacher pour vraiment aimer un film. Et là, j'avoue que je suis restée un peu sur ma faim. En gros, on peut considérer que la protagoniste est Joie, une petite bombe d'énergie qui fait toujours sa commandante et est tout bonnement insupportable. Vous savez, comme ces gens qui chantent et dansent le matin quand vous venez de vous réveiller et que vous avez la tête dans le seau, et qui vous demandent comme s'ils parlaient à un enfant de 5 ans pourquoi vous faites cette tête. Oui, ces petits capos du bonheur qu'on a juste envie de bâillonner. Et bien Joie, c'est ça, une affreuse créature au sourire immuable et à la voix enjouée révoltante. Et à la voir s'acharner contre Tristesse, on se rend compte qu'elle est tout simplement odieuse. Bref, si comme moi, vous avez toujours plus été une Daria qu'une Queen, vous allez aussi la détester. Et sa rédemption finale ne guérit pas grand chose.
Et l'autre personnage important, c'est Riley, mais le problème de Riley, c'est qu'elle n'a aucune personnalité. D'abord, la plupart du temps, elle est guidée par ses émotions, ce qui lui donne un peu l'impression d'être une marionnette. Pire, à un moment, comme toute sa personnalité s'est effondrée, elle n'est qu'une coquille vide incapable d'émotion. Comment veux-tu t'identifier à un personnage pareil? Pour moi, c'est impossible.
Mais le film reste très malin dans l'ensemble, en particulier lors d'une scène de repas mémorable ou des émotions essaient de se faire passer pour d'autres (l'animation, à ce moment là, est parfaite) et où l'on a accès à l'intériorité des parents. J'ai juste une petite carence au niveau émotionnel et, de mon côté, je trouve que le film Les Nouveaux Héros traite beaucoup mieux du parcours initiatique et du fait d'apprendre à "adopter' sa tristesse.
Les Muppets, le retour
Du coup, comme ce film Les Muppets, le retour était impossible à voir au cinéma en VO (mais que font les distributeurs, des fois, je me demande...), j'ai dû attendre de retrouver Kermit bien installée sur mon canapé.
Et comme d'habitude avec les Muppets, j'ai passé un moment fabuleux.
L'histoire, c'est celle de deux frères. Walter, qui a tout d'un muppet et Gary, qui a tout de Jason Segel, partent avec Mary (Amy Adams) à Los Angeles pour visiter les studios des Muppets. Mais ils apprennent qu'un complot machiavélique s'ourdit afin de détruire les studios pour chercher du pétrole sur leur terrain. Les 3 compagnons vont devoir aider les Muppets à monter un dernier spectacle pour sauver les studios, mais la télévision est à la mode du cynisme et plus personne ne veut de gentilles peluches à l'écran.
Alors d'abord, si on aime les Muppets, il y a tous les ingrédients habituels. Les marionnettes les plus cool, de Kermit à Miss Piggy, en passant par Risso, Gonso ou Scooter. Ils sont toujours aussi choupinous, aussi drôles, voire peut être même plus. Il y a aussi toujours les invités célèbres et là, c'est le bonheur du name dropper: Jack Black, Whoopi Goldberg, Sarah Silvermann, Jim Parsons, Selena Gomez, Neil Patrick Harris, Emily Blunt ou un caméo fabuleux de Dave Grohl.
Tout le monde s'amuse comme des petits fous et ça fait tellement plaisir à voir. Rajoutez à cela un scénario simple, mais qui fonctionne super bien et un côté comédie musicale très sympa. On y reconnait, pour les chansons, la patte de Brett McKenzie, de l'hilarant duo Flight of conchords.
Un vrai concentré de bonheur, de folie et d'humour, qui aurait bien mérité d'être projeté en salle.
Score:
Les Muppets gagnent. Juste parce que ces personnages là, je les aime vraiment... Entre Miss Piggy la gentille romantique qui se cache derrière une diva au caractère de cochon et Joie, la méchante dictactrice du bonheur qui se cache derrière une jolie petite robe verte, mon choix est arrêté!
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