pelloche

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mercredi 16 décembre 2015

Der Samourai: Hara Queery



Grâce au site Cinétrafic (qui le recense parmi les meilleurs films traitant de l'homosexualité de 2015 et propose également une liste de films produits en 2014),  j'ai pu découvrir en DVD un film allemand, que j'avais raté en salles cette année, mais dont la bande-annonce avait bien aiguisé ma curiosité: Der samourai. (Ils présentent aussi en ce moment une liste de films produits en 2014, si vous voulez vous faire une petite rétrospective)

Derrière ce titre nippon-teuton, se cachait effectivement une bien mystérieuse histoire. Dans un petit village allemand environné de forêt, un loup rôde. Jakob, jeune policier de la bourgade, lui laisse de la nourriture dans la forêt pour le dissuader de s'approcher des habitations. Mais un soir, la menace se fait plus effrayante: un troublant jeune samourai blond, vêtu d'une robe de mariée, vient perturber la placidité du village du tranchant de son sabre. La poursuite entre les deux jeunes hommes commence, sans que l'on sache vraiment qui des deux est le chasseur, ou la proie.



Il m'est difficile d'avoir un avis tout à fait tranché sur ce film, car je continue de m'interroger sur ce samourai. Il garde encore un mystère que je n'arrive pas complètement à élucider, et sans trop savoir si c'est bien ou pas, j'avoue que je suis toujours intriguée.

En effet, sans trop vouloir dévoiler du scénario, il y a de nombreuses choses qui restent opaques: sur les motivations des personnages, sur l'apparition du surnaturel, sur le rôle exact du loup, etc... Till Kleinert, réalisateur et scénariste, choisi de nous laisser le choix de l'interprétation, ce qui est un choix, même chez Lynch, qui peut parfois m'irriter suivant dans quelle disposition je suis, parce que si je suis mal lunée, je me dis juste que le scénariste a été trop fainéant pour avoir un point de vue. Là, ça va, je l'ai plutôt bien accepté, mais il me semble que cela peut être particulièrement dangereux, surtout si, comme ici, on traite de sujet parfois épineux, comme la difficulté d'assumer ses préférences sexuelles dans un milieu rural très claustrophobe. Je ne prête bien évidemment aucune pensée homophobe à Kleinert, mais laissés à l'interprétation de chacun, j'ai bien peur que les rapports de cause à effets présents dans le film (boudiou, que c'est difficile d'en parler sans ne rien dévoiler) ne soit pas raccourcis par certains idiots... C'est peut-être pas du tout le cas, mais le manque de point de vue m'interroge tout de même. Bref, j'hésite à parler plus du scénario, parce que je risquerai d'en dévoiler trop, trop vite, parce qu'il faut bien dire que ce film est tout de même assez court (1h15), mais ce format convient plutôt bien à cette histoire.



Si le scénario me laisse un peu dubitative, je ne peux en dire autant de l'esthétique de Till Kleinert qui m'a conquise. Il le dit lui-même dans l'interview qui suit le film, ce qui l'intéresse avant tout, c'est de créer des images qui touchent. Et là, on peut dire que ça a vraiment marché sur moi. Tout d'abord parce que le directeur de la photographie, Martin Hanslmayr fait avec de petits moyens un travail très impressionnant: la nuit profonde est superbement rendue, éblouie de flash de couleurs très saturées: le blanc de la robe du samourai, le jaune verdâtre des éclairages publics, le vert éclatant de la forêt et surtout, le rouge du sang. On pense à la fois au giallo et à une forme de réalisme à l'allemande, ce qui correspond tout à fait à l'atmosphère du film, qui oscille entre un réalisme rural et rugueux, et un fantastique à la lisière des contes de fées.

Quant à la création d'images, j'ai été servie, car nombreuses sont celles qui ont imprimé ma rétine par leur beauté et leur singularité: une séance de maquillage dans une maison délabrée, aussi inquiétante qu'envoutante, une poursuite à la fois ludique et menaçante dans la forêt, rythmée par des éclairs de lampes torche, un duel sur une écluse, une scène de danse très casse-gueule, qui pourrait être à la limite du ridicule, mais qui se révèle assez belle et émouvante, un final flamboyant...



Quant au duo d'acteur choisi pour tenir ce film à bout de bras, j'avoue que j'ai été très séduite. Ils ont en commun d'avoir des physiques très singuliers, à la fois très beaux et inquiétants, et ils sont tous les deux assez troublants. Pit Bukowski, le samourai, avec son sourire que l'on dirait coupé au fil de son sabre, est d'une grâce assez incroyable (ce qui, soit dit en passant, en courant dans la forêt en robe de mariée ne doit pas être donné à tout le monde), même si je regrette le un peu un cabotinage ponctuel à la Nicholson. Mais c'est surtout Michel Dierck, avec ses yeux tout en pupilles et ses faux airs de John Simm qui m'a le plus impressionnée. Il est absolument parfait pour incarner toute la complexité de son personnage: sa douceur et sa violence rentrée, sa frustration, son goût du devoir et ses désirs de transgression. Je l'ai trouvé à la fois touchant et bien flippant (donc carrément craquant, c'est l'effet Anthony Perkins). Tous les deux forment un très beau duo et j'ai été très séduite par leur relation faite de jeu, de menace, de défis, mais surtout d'un désir terriblement fort, qui crève l'écran et qui en font un beau couple de cinéma (les plus beaux couples du cinéma sont toujours des ennemis mortels).

Petit mot sur la musique également, je n'en parle pas souvent, mais là, j'ai vraiment craqué sur la bande originale de Conrad Oleak, très inspirée des films d'horreur 80's, qui convient tout à fait à l'univers de Der Samourai.

Le DVD

Le DVD, édité par Blaq Out (présent aussi sur Facebook) est sorti le 17 novembre 2015.

En premier lieu, je dois dire qu'ayant reçu le DVD de manière assez exclusive, je ne pense pas avoir reçu un DVD destiné à la vente, parce qu'il ne possédait pas d'étiquette (Du coup, bien évidemment, la première fois que je l'ai mis dans mon mange-dvd, je l'ai mis à l'envers parce que je suis une grosse maline...). Il y aura peut être des différences avec les dvd en vente, et quelques erreurs seront sûrement absentes dans ces derniers.

Tout d'abord, la pochette du DVD est cartonnée (c'est idiot, mais mes étagères à dvd aiment, elles se sentent tout de suite plus belles qu'avec des pochettes plastifiées), et elle présente la magnifique affiche dessinée (ouais, comme au bon vieux temps) du film. Un artwork absolument sublime, ça fait tout de suite envie.



Pour les bonus, il y a une interview particulièrement intéressante de Till Kleinert, qui permet de mieux approcher son travail, et notamment la conception esthétique qu'il en a. Il y a aussi 2 courts métrages: Kokon, sur une coupe de cheveux, qui n'a guère d'intérêt, et Cowboy, sur lequel j'aurai bien de mal à me prononcer. En effet, les sous-titres ne correspondaient pas au film et mon allemand n'étant plus qu'un lointain souvenir s'arrêtant à l'Hymne à la joie et au Erkölnig, je me suis arrêtée au bout de 5 minutes. J'ai juste pu observer une nouvelle fois une très belle photographie et la présence de Pit Bukowski. Dommage!




11 commentaires:

  1. Comme toujours, tu me fais découvrir des films :).
    Je vais passer mon tour pour celui-là à priori.
    Gros bisous!
    https://lachambreroseetnoire.wordpress.com/2015/12/14/mon-shopping-dhiver-partie-2-et-the-powder-room-4/
    https://lachambreroseetnoire.wordpress.com/lannee-2016-projets/

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  2. Ton billet bien intriguant titille ma curiosité...

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  3. Merci! La curiosité est toujours un joli défaut ;-)

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  4. "Un troublant jeune samourai blond, vêtu d'une robe de mariée". Pfiou, creepy...Un peu trop pour moi, pauvre petite chose influençable qui rien qu'à la lecture de ton article s'auto-fait-flipper...
    Par contre j'aime beaucoup les mâles aux yeux tout en pupilles...^^
    Je continue mon cycle Scorsese, tranquilou bilou.
    A tombeau ouvert ✓
    Et hier je me suis lamentablement endormie devant Aviator...Mais j'éprouve toujours un bonheur fou à visionner des films avec Léo! (Sorry pour le hors sujet).

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    1. J'avoue, pour le coup, on peut pas se tromper, c'est bien flippant, comme film. Mais c'est vrai que ce petit Michel Dierk, il a ce petit Ich Weiss es nicht (et ouais, Allemand LV2) de pas déplaisant...
      Si même Léo n'a pu te sauver de l'endormissement, tu devais être bien naze....

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  5. Je n'avais jamais entendu parler de ce film. Tu me tentes énormément. C'est peut-être parce que ça a l'air bien bizarre que je suis tentée, pas seulement parce qu'il y a deux BG qui t'ont fait de l'effet ;) Je l'ajouté à ma pile à voir !

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    1. Des beaux gosses, du bizarre et de la bidoche! Les 3 B d'une bonne soirée...

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    2. Haha ! Tu viens de me tuer :)))

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  6. Dès le passage "jeune samouraï blond vêtu d'une robe de mariée" tu m'as conquis. Ce film a l'air de miser sur l'ambiance et l'usage de couleur saturée est un bon point de par sa rareté.
    Mais dis-moi comment tu trouves des films pareils ?

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    1. Je l'avais raté lorsque les organisateurs du festivals Hallucinations collectives l'avait programmé lors d'une soirée spéciale. j'étais donc bien contente que Cinétrafic me propose de le voir!

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