pelloche

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mardi 18 novembre 2014

Oldies but Goodies: L'Emprise du Crime

Ca faisait un petit moment que je n'avais pas parlé ici d'un vieux film, libre de droit, que vous pouvez éventuellement trouver sur la plateforme Internet Archive . Vraiment, encore une fois, je vous invite à visiter cette mine formidable de documents, qui fait un travail exceptionnel d'archive.


Aujourd'hui, on va donc parler d'un film noir. Ah, le film noir, avec des types qui appellent des jolies pépées "kid", des femmes fatales au yeux revolver, les impers et les rues pluvieuses, les clopes au coin de toutes les bouches et le flegme du héros quand il se retrouve dans de beaux draps, je dig, comme ils diraient.


Ce film noir, c'est L'emprise du crime, ou, dans sa version originale The Strange Love of Martha Ivers. Comme d'habitude, je ne comprends pas cette manie qu'avaient et qu'ont encore les traducteurs français de donner des titres de films qui n'ont pas grand chose à voir avec l'original, et qui en plus ne renseignent en aucun cas sur ce que l'on va voir.

L'histoire débute donc avec Martha Ivers, une jeune fille qui essaie d'échapper à sa tante richissime qui l'a recueillie après la mort de son père, un ouvrier. Elle fugue avec son ami Sam, un gamin des quartiers ouvriers, mais se fait vite rattraper. De retour chez sa tante, elle va subir le mépris de cette dernière sous les yeux du fils de son précepteur, Walter, du même âge qu'elle. Le triangle amoureux qui va soutenir tout le film est donc posé: Martha, Sam et Walter. Lors de la même soirée, dans des circonstances en partie accidentelles, Martha va tuer sa tante. Avec un formidable aplomb, elle accusera un mystérieux cambrioleur, et Walter, témoin de la scène et déjà amoureux de la farouche gamine, va appuyer sa version des faits. Cette même nuit, Sam va quitter la ville.

Des années plus tard, ce dernier (joué par Van Heflin) se retrouve par hasard dans la petite ville de son enfance: il y a eu un accident de voiture qui l'oblige à rester quelques jours sur place. Il y rencontre une jolie jeune femme au passé trouble, Toni Marachek (interprétée par une Lizabeth Scott pour le moins inspirée par Lauren Bacall). Et, pour la défendre, il va s'adresser à ce bon vieux Walter, dont il apprend qu'il est devenu procureur de la ville.



Walter est un jeune politicien mené à la baguette par sa femme, qui n'est autre, bien évidemment, que Martha. Fou amoureux de celle-ci qui ne le lui rend pas, et rongé par la culpabilité du crime qu'il a activement dissimulé, il a sombré dans l'alcool. Le couple se sent menacé par l'arrivée d'un homme qui pourraient en connaître un peu trop sur leur passé, et les retrouvailles entre Martha, parfaite femme fatale et Sam vont être explosives.



Alors, disons-le franchement, s'il ne fallait voir un film que pour une seule raison, c'est le duo de "villains" extraordinaire que campent Barbara Stanwyck dans le rôle de Martha et le tout jeune Kirk Douglas dans le rôle de Walter. Même s'ils n'apparaissent pas comme les protagonistes de l'histoire, aussi bien les personnages que les acteurs volent complètement la vedette au couple un peu fadasse Van Heflin / Lizabeth Scott. On sait à quel point Kirk Douglas était un acteur fabuleux. Mais là, dans le rôle de cet homme fuyant, condamné à aimer une femme qui ne l'a épousé que pour l'utiliser, il est étonnant. Il apporte tout le désespoir nécessaire à ses actions perfides et on ne peut s'empêcher d'avoir une compassion profonde pour ce personnage brisé. Quant à Barbara Stanwyck, que dire, Barbara Stanwyck, quoi! La femme fatale dont on a toujours rêvé: belle, manipulatrice, mais aussi perdue et amoureuse d'un fantôme du passé. Une femme qui a réussi à prendre sa revanche sur un passé social douloureux, mais toujours meurtrie de ses blessures d'enfance. Elle est tout simplement magnifique et on comprend pourquoi le titre du film est finalement centré sur elle.



Le scénario reste un petit film noir plutôt bien ficelé, même si le protagoniste, en bon anti-héros, se laisse un peu trop porté par les évènements. Mais tous les ingrédients sont là, un monde cruel, des jeux de manipulation, de la séduction, des coups de poings, de coups de Traf, de baisers fiévreux, un revolver dans un tiroir... On passe donc un très bon moment pour peu qu'on aime le genre.







mardi 4 novembre 2014

La combishort idéale



Bon, je suis un peu très très en retard pour vous montrer mes cousettes. du coup, je vais vous parler du projet couture qui a fait booguer mon été, sur un mode disco et boule à facettes.

Skylab


Quand j'ai vu le modèle Brigitte du livre désormais adoré Couture Vintage (dont j'avais déjà testé un short), je me suis dit, celle-ci, elle est pour moi!
Roller Boogie
Du coup, j'ai mis un bon vieux Donna Summer, et je me suis imaginée sur des rollers, en train de danser dans une jolie combishort comme dans les films seventies (ou inspirés).

Et puis, bien sûr, tout est bon pour se prendre pour une drôle de dame (et c'est pas un certain chat du Cheschire qui va me contredire...)
Et puis je me suis mise au travail avec un motif, et surtout une couleur ô combien 70's, qui me rappelait mes vacances au fin fond de la Haute Loire, la pêche à la friture et la caravane sur les galets. Un coton des Coupons de St Pierre vert pomme à pois! Quitte à oser porter une combishort, autant aller dans le délire à fond. 

La confection s'est faite plus simplement que je ne le pensais, car les étapes étaient plutôt bien expliquées, ce qui n'est malheureusement pas le cas de tous les modèles du bouquin. Mais là, cela s'est plutôt bien passé, et je suis même plutôt fière de moi sur quelques détails:

Le col, c'était mon premier col du type, avec pose d'un biais, et je trouve que ça rend plutôt pas mal pour une première (même si j'avoue que j'ai besoin de perfectionnement sur le maniement du fer à repasser...)




Du coup, le fer, il a quand même bien fallu l'utiliser pour former les plis en bas du short, juste en dessous des pinces!

















Enfin, la dernière difficulté, et pas des moindres, était de faire bien correspondre les pinces du haut et du bas, et ben , même ça, j'y suis arrivée. Tadaaam!



Comme d'hab, j'ai fait l'impasse sur les boutonnières et j'ai mis des kams, tellement plus faciles à gérer aussi bien pour la phase couture que pour la phase port au quotidien. (Simple parenthèse, en redécouvrant la combishort de mon enfance, j'ai aussi redécouvert une sensation oubliée, qui m'a rappelé pourquoi je n'en n'avais plus porté depuis: ben pour aller aux toilettes, c'est pas l'idéal...)


Du coup, ma combishort, elle a illuminé mes vacances cet été et je l'ai portée au Palais Idéal du facteur Cheval. Ce palais, c'est une petite merveille qui fait voyager, c'est le rêve  fou d'un homme devenu réalité à force de travail acharné et c'est absolument à voir, surtout en plein été. C'est un petit tour du monde sur quelques mètres carrés, d'une beauté et d'une humilité incroyables.





Elle m'a aussi accompagnée à Malte, et sa légèreté a été des plus agréables sous la chaleur écrasante que je viens
maintenant à bien regretter...

Maintenant, c'est avec un petit soupir de nostalgie que je la range, pour faire place aux vêtements d'automne-hiver, il fallait bien que ça arrive...









vendredi 24 octobre 2014

Bande puissante


Parce qu'une bonne claque, il vaut toujours mieux la prendre au cinéma, je me suis fait défoncé la tronche par le dernier film de Céline Sciamma, Bande de filles.

Alors, je vous préviens, je vais passer très vite sur le contenu sociologique du film, la banlieue, la violence, le patriarcat des grands frères, comment s'en sortir autrement, tout le côté zone interdite, réalisme social, etc d'abord parce que pour moi, ça n'a finalement pas eu beaucoup d'intérêt, je vous laisserai donc voir sur d'autres blogs sur le phénomène des bandes de nénettes, la rudesse de la banlieue, la légitimité de Céline Sciamma à faire ce film...



J'explique très rapidement pourquoi. La raison principale qui a fait que j'ai adoré ce film, c'est parce que, depuis un certain temps, je n'avais pas vu un film sur la banlieue en me disant: "Ca, c'est du cinéma". Peut-être depuis La Haine, en fait. Alors on peut se prendre le chou, comme ça a été le cas pour Kassovitz, à se demander en quoi une p'tite bourg de la Femis peut s'octroyer le droit de parler d'un monde qu'elle ne connait pas si bien, à s'interroger sur la représentation négative de la banlieue, à mettre vouloir à tout prix mettre le doigt sur un manque de réalisme (sans voir qu'on est dans une œuvre de fiction), et passer à côté du principal: des personnages, une histoire qui tient la route et une putain de réalisation. Parce que sérieusement, qui s'est un jour demandé si Faye Dunaway n'était pas trop belle et bien habillée pour être Bonnie? Si Trainspotting donnait une mauvaise image des Ecossais? Comment faisaient Thelma et Louise pour s'arrêter si peu dans des stations services? Vous êtes d'accord? On s'en fout. Mais comme le cinéma français a cette image de docu-fiction qui lui colle à la peau, on préfère un pensum réaliste filmé avec les pieds qu'un film qui ose la fiction et le cinéma. Voilà pour le petit coup de gueule pour les "jamais contents".

Parce que des raisons d'être contents, y'en a plein et des qui, pour moi, sont quand même primordiales dans un film:
- Une histoire tenue, avec un début, une transformation, des étapes, une conclusion (ça à l'air de rien comme ça, mais c'est moins fréquent qu'il n'y paraît en fait).
- Des personnages écrits, fouillés, complexes, servis par des acteurs (ici, surtout des actrices) assez incroyables.
- Une esthétique, des plans, un montage audacieux. Une vraie réalisation, quoi!

Et puis plein d'émotions, DONT l'humour, et pas de leçon (et vous avez vu, l'air de rien, j'ai construit un plan, dites donc!)

L'histoire

C'est celle de Merieme, une ado un peu coincée en banlieue. Ses résultats scolaires ne vont visiblement pas lui permettre d'en sortir, ni sa mère qui trime pas mal et est souvent absente, ni le grand frère qui a sa vision toute particulière de la protection, ni les petites sœurs dont il faut s'occuper, ni le regard des types du quartier. Alors, le jour où une bande de 3 autres filles lui propose une issue, et une nouvelle forme de liberté, elle fonce, même si ça veut dire exercer sur les autres la violence qu'elle a elle-même subie.



Le parcours de Merieme est très bien écrit. On part d'une toute jeune fille, fragile, renfermée, qui regarde sans cesse autour d'elle d'où des coups pourraient pleuvoir. Et on va la voir se transformer radicalement en entrant dans cette fameuse bande. Cette transformation, resserrée dans un seul plan (près de l'évier pour ceux qui l'on vu), est digne d'un film de super héros. Là se situe le basculement complet du personnage qui va aller vers une apogée à peu près au milieu du film (où elle a droit à une manette pour jouer à FIFA) pour s'effondrer tout de suite après. Puis on va assister à sa longue lutte pour découvrir ce qu'elle peut vraiment faire, où est sa voie. Ca vous rappelle rien? Et ben si, parce que cette histoire, vous l'avez vu 15000 fois au cinéma et c'est pas pour rien, parce que cette histoire, c'est un mythe. Parce que le cinéma a pratiquement été créé pour raconter cette histoire: c'est Rocky, c'est Pinocchio, c'est n'importe quel récit initiatique.

Et c'est très bien comme ça. Parce que pour que Merieme devienne véritablement la femme Merieme, il faut qu'elle passe de l'enfant de sa famille, à la Vic de Lady, puis au "bonhomme" de son boss, puis à  la femme de son homme. Parce qu'apprendre à trouver sa "voix", c'est d'abord écouter celle des autres, et parfois apprendre de la manière la plus dure que les autres aussi se trompent. Et c'est ça qui fait grandir. Parce que parfois, on n'apprend à savoir ce qu'on veut qu'en éliminant ce qu'on ne veut pas.


Les personnages


Ici, Céline Sciamma a une grande force: si elle ne juge pas ses personnages, elle ne leur cherche pas non plus des excuses. Autant, Merieme et ses copines sont touchantes dans leurs rapports entre elles, autant les voir s'attaquer à d'autres gamines qui ressemblent beaucoup à la Merieme du début ne met pas du tout à l'aise. Et il y a notamment une scène glaçante où cette dernière, intégrée à un groupe de mecs, participe à un harcèlement sexuel en règle sur une autre nénette, où on a carrément envie de la baffer.

Du coup, on se retrouve avec des personnages complexes, qui se définissent plus par leur volonté d'atteindre un but que par des traits de caractère précis. Tous dévoilent plusieurs facettes, adoptent des visages différents en famille, au travail, dans la rue, avec les potes. Quand rien n'est simple, on doit s'adapter.

Et les actrices relèvent le défi haut la main. Ce sont des non professionnelles, mais elles bouffent l'écran. On croit à tout ce qu'elles disent, à tout ce qu'elles font, à leurs rires, à leurs prises de tête, à leur colère, à leurs larmes. Elles se jettent complètement dans le récit, dans leurs personnages, Karidja Touré en tête, qui assume toutes les transformations de Merieme avec un aplomb incroyable.


La réalisation


Moi j'avoue que c'est là que j'ai pris une claque, mais alors, magistrale! Je suis prête à entendre tous les arguments que vous voudrez contre Céline Sciamma mais le premier qui me dit qu'elle ne sait pas se servir d'une caméra, je le provoque en duel!

Dès la première scène, j'ai été soufflée et au bord des larmes. Pourtant, à la base, le football américain, c'est pas vraiment ma came (je comprend même pas les règles). Mais là, on assiste à un véritable ballet, à des regards qui en disent déjà long sur la détermination des gamines, un éclairage irréel dans un stade vide. Et dans cette seule scène, toute la puissance du film est déjà là: la lourdeur de la carapace des joueuses, et la violence des affrontements, mais aussi la grâce du geste et la beauté du partage collectif.

Dans la scène suivante,on suit le groupe de jeunes filles, se faisant mutiques à l'entrée de la citée. Le groupe se disloque à la croisée des tours, dans la pénombre où guette des silhouettes masculines. cette scène pose abruptement le décor. Et là, deuxième claque dans ta face.

Et ça continue comme ça tout au long du film, des trouvailles, une audace frondeuse (des panneaux noirs assez longs qui créent de vraies ellipses, par exemple) et des scènes qui se surpassent en beauté et en lyrisme. Donc oui, évidemment, la scène sublime sur Rihanna, mais aussi la scène drôle et attendrissante du mini-golf, les scènes de baston, les scènes entre sœurs... Tout est d'une puissance émotionnelle à la fois formelle et narrative. On pardonne alors les quelques longueurs qui jalonnent le film ou la sur-utilisation de la musique et du ralenti. Parce que ça marche, et ce jusqu'au dernier plan, superbe: la caméra s'éloigne du visage de Merieme, mais Merieme, comme consciente de ce cadre qui lui échappe, y pénètre à nouveau, volontaire, son film à elle n'est pas fini.

Donc voilà, alors on pourra toujours dire que c'est trop stylisé, que c'est pas réaliste, que c'est fantasmé. Alors ok, ce n'est peut-être pas "vraiment"  la banlieue, mais s'il y un endroit où l'est sûr d'être, avec Céline Sciamma, c'est au cinéma!









mercredi 15 octobre 2014

Quand Carrère raconte Dick, Je suis vivant et vous êtes morts


En littérature, j'ai toujours (au moins) un train de retard. D'abord parce que j'achète beaucoup de poches (oui, les jolis livres brochés, c'est bien mais c'est pas donné, et ça prend plus de place dans la bibliothèque), et que j'ai toujours les yeux plus gros que... les yeux: pour un livre lu, j'en achète trois, sans compter ceux qu'on me prête, qu'on m'offre. Du coup, j'ai une liste d'attente qui ne fait que s'allonger, et c'est encore pire depuis que j'ai investi dans la liseuse numérique il y a un an...

C'est pourquoi, alors que sort le dernier roman d'Emmanuel Carrère, Le Royaume (dont j'entends, çà et là, beaucoup de bien), je viens, moi, de terminer sa biographie de Philip K. Dick, Je suis vivant et vous êtes morts.


Pourquoi ce bouquin là? Ben d'abord, parce que je ne savais pas encore qu'il existait et quand j'ai découvert chez ma libraire un petit livre de la collection point 2, avec un portrait technicolor de Philip K. Dick dessus. Cette collection point 2, je ne sais pas si vous êtes déjà tombés dessus, mais c'est un rêve de collection. De tout petits livres, de 12 par 8 cm, en lecture paysage, avec du papier tout fin, on pourrait caser tout Proust dans une pochette de soirée (on sait jamais, des fois que la soirée soit moins fun que prévu). Mon regard a donc été attiré par le portrait de Philip K. Dick (qui, ne se contentant pas d'être un des plus grands écrivains de Science Fiction, était aussi plutôt beau gosse). Et me rapprochant de ce mignon petit livre tout coloré, j'ai lu le nom d'Emmanuel Carrère. Alors là, coup de foudre! Un de mes écrivains préférés écrit sur un autre de mes écrivains préférés, et tout ça dans un adorable objet livresque qui peut s'associer à tous mes sacs, mêmes les plus riquiquis? Un objet qui parle à mon amour de la littérature, ma passion de la science fiction, mon sens esthétique et mon esprit pratique? Comment ne pas succomber?

J'ai donc lu cette biographie tout doucement, en grignotant un peu chaque jour, essayant de repousser la fin autant que possible. Mais la fin est arrivée (d'autant moins drôle que c'est la même que dans la plupart des bio: le personnage principal meurt), alors pour ne pas m'en débarrasser trop vite, je vous en parle.

Philip K Dick et un mouton pas trop électrique
Alors voilà, Emmanuel Carrère s'attache ici à raconter la vie de Philip K. Dick, l'auteur de science fiction le plus ratissé par le cinéma, parfois pour le pire (Paycheck, qui vient d'une très courte nouvelle, non mais vraiment, rien que d'y penser, j'en grince des dents), parfois pour le "mouais, bof, je retourne lire le bouquin (A scanner darkly, Total Recall, Minority Report) mais aussi pour le meilleur (Blade runner, bien évidemment!). Philip K. Dick, c'est une Science-fiction à la fois humaniste et conspirationniste, c'est une vertigineuse succession d'univers mis en abîme. Philip K. Dick, c'est une œuvre qui se résume en une question, qui ouvre toute les autres: Qu'est-ce que la Réalité? Philip K. Dick, c'est cet homme qui essaie, en rentrant chez lui, de tirer machinalement le cordon d'une lampe pour réaliser qu'il y a en fait un interrupteur, qu'il y a toujours eu un interrupteur, et qui pourtant reste persuadé qu'il devrait normalement y avoir un cordon. C'est le quotidien qui bascule dans le fantastique par de simples incohérences, le réel qui se renverse comme dans le miroir d'Alice, réduit à la banalité d'un rétroviseur.


Emmanuel Carrère nous narre ici les différentes étapes de sa vie, depuis son enfance marquée par la mort de sa sœur jumelle quelques jours après leur naissance et le départ paternel, et son adolescence passée à ingurgiter tout ce qu'une mère hypocondriaque peut vous donner, et à s'amuser à faire tourner en bourrique les différents psys auxquels elle vous jette en pâture, faisant passer, selon son gré, leur diagnostic de "normalement normal, normalement anomal, anormalement anormal, à anormalement normal (son triomphe)". Il nous raconte sa passion pour les livres et la musique, les femmes qui se succèdent, les enfants, ses différentes vies, ses différents rôles. Il soulève des anecdotes truculentes (Dick qui s'amuse à manipuler un type du FBI qui enquête sur ses rapports avec le communisme en lui faisant croire que Nixon y est visiblement trop opposé pour ne pas être secrètement rouge), et n'hésite pas à nous dépeindre ses moments les plus difficiles (ses différentes tentatives de suicide, ses crises psychiques aussi nombreuses que variées). Je retiendrai notamment la description de la fameuse conférence de Metz qui a surpris, voire déçu les participants, qui est racontée ici de l'intérieur, et qui en devient bouleversante.

Mais surtout (c'est là que Carrère excelle), il nous fait entrer dans la tronche de Dick, et là croyez-moi ou pas, mais c'est encore plus barré, encore plus flippant que n'importe lequel de ses romans. Parce que le piège de la réalité qui se dérobe tout à coup comme dans Ubik, Dick y est tombé dedans quand il était petit, et ce n'est pas un double à jamais présent (Jane, le fantôme de sa sœur Jumelle, ou Thomas, le chrétien supplicié, ou Horsefat Lover, son pseudo) qui l'ont aidé à s'en sortir. Tour à tour, il a été mystique new age basant les décisions de sa vie sur le yi-king, théoricien du complot anti-Nixonnien persécuté par l'état car ses romans dévoilaient la réalité abominable cachée sous les dehors clinquants des 30 Glorieuses (et non, Matrix n'a rien inventé), exégète chrétien doublé d'un cynique. On le suit de délire paranoïaque en dédoublement de personnalité, et les bases de notre réalité ne nous semblent plus si solides. On pénètre avec lui dans l'antre de Palmer Eldritch, le Dieu venu de Centaure, qui crée un monde cauchemardesque et qui joue sadiquement avec ceux qu'il y a embarqués par une drogue hallucinogène. Bien que l'on soit parfois énervé par les geignardises de Dick, on n'en reste pas moins toujours en empathie (enfin, si l'on est humain ;-) ) avec lui, et Emmanuel Carrère nous fait ressentir sa profonde détresse avec beaucoup de talent.

D'ailleurs, on comprend vite pourquoi Carrère a décidé d'écrire la biographie de cet écrivain en particulier. En effet, ils ont beaucoup de points communs. Il y a chez les deux auteurs cette façon de déconstruire un monde par un objet tout à fait banal. En effet, comment ne pas voir, dans le formidable roman La Moustache, où un homme voit sa vie basculer le jour où il se rase la moustache et que personne ne s'en rend compte, un hommage à la littérature dickienne? On retrouve aussi chez lui le mysticisme chrétien soudain qu'il a connu et qui l'a poussé à écrire Le Royaume, sorti il y a quelques semaines. Enfin, ce sont tous les deux, il faut bien le dire, des auteurs à l'œuvre démente, très cinématographique (Carrère est tout de même, à la base, un critique de cinéma de Télérama et Positif), qui marquent fortement les souvenirs de leurs lecteurs.

Ici, la rencontre des deux est un plaisir de lecture immense, le style remarquable de Carrère, son humour, ainsi que sa connaissance et son analyse de l'œuvre Dickienne s'accordent à merveille avec le talent colossal, le génie et la folie de son personnage. Je ne pouvais rêver plus beau duo, et ce joli petit livre qui fait plus que tenir ses promesses me manque déjà, cet article terminé. Mais, ouf, une belle anthologie des nouvelles de Dick me fait de l'œil sur l'étagère et Le Royaume m'attend chez ma libraire...















mardi 23 septembre 2014

Poupée de Wax



S'il est bien une période que j'aime aussi bien dans le cinéma que dans les fringues, c'est bien les années 60.  Et s'il y a un modèle de robe que j'aime par dessus tout à cette époque là, c'est bien la robe fourreau, assez près du corps, ceinturée au milieu, avec une jupe crayon. Comme le modèle ici à pois, issu du film Un Deux Trois.

Rien de tel pour se sentir ultra féminine,et classe. Et c'est pas en (re)voyant Jeanne Moreau dans La Baie des Anges que vous aurez envie de me contredire. Sincèrement, elle est pas renversante d'élégance, la Jeannette?


Ben du coup, cet été, comme j'étais en pleine phase de féminitude exacerbée (la chaleur et les robes glamour, c'est un peu comme David et Jonathan, le pastis et les apéricubes, une association mythique de l'été, quoi!), j'ai chercher un petit modèle qui pouvait correspondre à ce que je voulais et qui ne dépasse pas 2 mètres de tissus. J'avais en effet en stock un petit wax qui pétait sa mémère, que j'avais trouvé pour une bouchée de pain, aux couleurs wahou (jaune et violet, rien que ça) et aux motifs assez originaux (des petits cœurs à clés).



J'ai trouvé ce que je cherchais dans un magazine Tendance Couture de Simplicity, n°8, piqué à ma môman. C'est un modèle à col en cercle, ceinturé, assez près du corps (même si l'on peut aussi le choisir en jupe cercle), très sixties. Mais je vous avoue que pour une débutante, ça a été assez mastoc niveau difficulté.

Alors d'abord 11 pièces à découper. Sans compter la doublure, parce que oui, il y a une doublure!!!
Donc, un report de patron assez long, et un temps de découpage l'étant autant.
Première pose de doublure de ma life, et là, ça c'est finalement bien passé.

Une fermeture à glissière invisible, bon encore un peu visible, mais je m'améliore, je vous assure.

Les explications étaient plutôt claires jusqu'à ce qui a été ma hantise la pose du col: où le poser sans repères bien expliqués??? Comment traiter les finitions à la main? J'en ai sué comme pas possible, mais je l'ai finalement posé...mais pas au bon endroit, apparemment, puisque, comme vous l'allez voir sur les photos suivantes, le haut était un peu large. On voit clairement que je n'ai pas les arguments nécessaires pour mettre en valeur ce haut de robe (mais je pense qu'elle serait allée comme un gant à Sophia Loren)




Le pire, c'est au dos, ça fait une belle bosse et n'ayant pas le talent de transformiste de Jean Marais, j'allais pas garder ça, quand même...



N'ayant plus un gramme de tissus, je ne pouvais pas découdre le col sans trop l'abîmer pour le recoudre ensuite. Il a donc fallu que je me dépatouille en rétrécissant le haut par les coutures sur les côtés et finalement, grand bien m'en a pris, car si elle n'est pas encore parfaite (la petite bosse du dos est toujours un peu là), elle est en tout cas tout à fait portable!
Un dos un peu plus droit, mais t'as vu? Fermeture presque invisible!
Et j'ai pu m'en donner à cœur joie cet été dans les rues de Valette, pendant mes vacances.
Comme ce modèle m'a un peu énervée, je pense bien que je vais le refaire pour l'an prochain, peut être avec la jupe évasée, mais cette fois, je vais bien placer mon col. Je n'aurai de repos que lorsque j'aurais réussi complètement! (poing tendu au ciel dans un geste dramatique)
 Pas encore la classe de Jeanne, mais on s'en rapproche...





Et parce que c'est du wax, un petit morceau surcinéphilique en prime




lundi 22 septembre 2014

L'ivresse de voir Double


Alors, oui, j'ai du retard, je le sais, mais les vacances, surtout si l'on attend le mois de Septembre pour les prendre, c'est sacré. Alors, bien que sachant qu'il ne doit plus y avoir beaucoup de salles le diffusant, mais il fallait absolument que je partage ce film avec vous. Je suis allée voir The Double un matin et j'en suis sortie émerveillée, avec l'impression d'avoir découvert un futur très grand cinéaste, d'avoir (re)découvert un acteur formidable, avec de la pop sixties japonaise plein la tête et un bonheur mélancolique au bord du coeur.

J'avais déjà évoqué ce film dans la programmation du festival Hallucinations Collectives, dont il avait gagné le prix du long métrage, mais n'ayant pu le voir alors, j'ai dû attendre sa sortie cet été. C'est donc avec d'excellents échos, et une terrible envie de découvrir le travail de cinéaste de Richard Ayoade que j'y suis allée. Richard Ayoade, depuis que je l'ai découvert dans le rôle de Moss, l'informaticien introverti de la série hilarante et/donc britannique, The IT Crowd, j'avoue que j'ai un faible pour lui. Ce personnage qu'il décline, à la télévision ( de la fausse série d'horreur 80's Garth Marenghi's Darkplace à l'émission créée par Stephen Fry présentant des objets plus ou moins innovants, Gagdget Man) est un clown un peu triste ou en tout cas très sérieux, un peu maladroit, et très attachant. Ce sont des caractéristiques que l'on va retrouver chez Simon, le protagoniste de The Double.

Ne dérogeant pas à sa réputation d'intellectuel, pour son second film, il a décidé d'adapter un roman de Dostoïevski, Le double, et en met en exergue toute la nature absurde, bureaucratique et claustrophobique. C'est dans cet univers anxiogène que nous introduit d'emblée la première scène du film. Dans un wagon de métro vide au néons hésitants, est assis un jeune homme, Simon, costume gris marronnasse, un attaché-case sur les genoux. Un homme s'avance et se plante devant lui. Il lui dit "Vous êtes à ma place" et lui fait signe de s'en aller. Simon s'exécute. Dès lors, nous savons à quel personnage nous avons affaire. Un jeune homme, ne sachant trop quelle est sa place, et prêt à la laisser à un autre, si on l'y pousse un peu.


Et sa place, il va justement se la faire subtiliser, par la pire némésis qu'on puisse avoir, soi-même et en même temps, son contraire. En effet, son double maléfique, mais aussi charismatique que lui est timide, aussi séduisant que lui est maladroit, aussi audacieux que lui est effacé va débarquer du jour au lendemain et obtenir tout ce qu'il attendait de la vie, tout ce qui lui donnait un sens: le job, la fille.

Son job, c'est aligner des chiffres dans un box, faire consciencieusement ses heures sup, et bosser parallèlement sur un projet d'amélioration des processus de l'entreprise afin de rencontrer, un jour, son inaccessible grand patron. La fille (Mia Wasikowska, qui enchaîne les bons films cette année), c'est la jolie reprographiste de son entreprise, sa voisine d'en face, qu'il observe par la fenêtre peindre et déchirer de petites images qu'il va chercher au vide-ordure et collectionne religieusement.

L'arrivée de James, le double prodige de Simon, va d'abord lui permettre de voir celui qu'il avait toujours rêvé d'être et le plonger dans un véritable cauchemar. Il en devient le souffre douleur et est condamné à l'observer faire écrouler tous ses projets, comme un enfant sadique prend plaisir à écraser les châteaux de sables des autres.


 Le cinéma de Richard Ayoade est un cinéma référencé, on y retrouve du Terry Gillian, du Hitchcock, du Wong Kar Wai, mais il crée son propre monde, une uchronie où les individus sont maintenus dans une servitude volontaire, des conditions tout juste vivables, une solitude désespérante, une bureaucratie toute puissante. Un monde où l'on crée une brigade spéciale pour les suicides par quartier, tellement le travail y est conséquent. Le film est d'un pessimisme profond, d'un désespoir presque complet (la seule lueur d'espoir étant d'un cynisme assez mordant). L'humour est bien présent tout au long du film, mais c'est un humour de l'absurde, qui fait sourire, mais nous laisse cependant inquiets. La tendresse est aussi là, ainsi que de beaux moments, mais tous empreints de nostalgie et du sentiment d'une occasion ratée. Ces moments ressemblent aux belles chansons sixties qui jalonnent le film, d'une beauté désuète et défraîchie. La bande originale d'Andrew Hewitt est d'ailleurs d'une qualité assez exceptionnelle, participant à nous enfermer dans l'angoisse de Simon.



Il faut absolument souligner la performance de Jesse Eisenberg qui réussi à interpréter les deux rôles avec beaucoup de subtilité. Il donne au personnage de James ce qu'il faut d'opportunisme charmeur, de violence souriante, de psychopathie élégante. Avec Simon, il trouve lui aussi son clown triste, et si dans un premier temps, ses rêves le rendent attachant, son désespoir et son angoisse, par la suite, sont complètement bouleversants. Et, je ne l'avais jamais remarqué avant ce film, mais il est aussi d'une beauté absolument désarmante.



En résumé, pour moi, ce film est d'ores et déjà l'un des meilleurs de l'année, avec Only lovers left alive. Comme ce dernier, il développe un véritable univers, aussi bien visuel que sonore (parce que j'ai parlé de la musique, mais le sound design est aussi incroyable). Comme ce dernier, il nous laisse groggys au sortir de la salle, alourdis d'une étrange nostalgie, celle qui est sans cesse présente dans le film, mais aussi celle que nous éprouvons, nous spectateurs, à quitter ces personnages, cette ambiance qu'on sait qu'on ne retrouvera pas ailleurs. Les oreilles un peu bourdonnantes, les yeux qui refusent de s'adapter à la lumière, là, dehors, l'impossibilité de parler pour rester dedans encore un peu pour se repasser des scènes, laisser l'ivresse d'un film agir encore un peu...









dimanche 31 août 2014

Quand la fête est finie...



J'essaie toujours de me méfier de mes premières impressions, parce qu'un film n'agit pas uniquement sur l'instant où on le voit, mais aussi après (parfois longtemps après pour les meilleurs) et l'on peut ressentir beaucoup de choses différentes entre le moment de la séance et les jours qui suivent.

Pour moi, ça a été le cas du film Party Girl, qui m'a fait passer par pas mal d'états, depuis que je l'ai vu, mercredi soir, et c'est toujours une expérience très intéressante. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce film ne m'a pas laissé indifférente... Car comme le dit l'un des personnages du film: "On en reparle dans une semaine..."


Très rapidement, je vous résume le film: Angélique, 60 ans, est entraîneuse dans un cabaret à la frontière allemande. Quand un client très amoureux, Michel, finit par la demander en mariage, sa côte de popularité ralentissant au travail, elle commence à se poser des questions... On va découvrir cette femme, ses amies, sa famille plus ou moins fonctionnelle et la suivre dans un tournant de sa vie.

Alors voilà, autant être très franche, on peut dire que quand ce film s'est terminé au son des très beau Chinawoman, je chialais ma race. Parce que oui, Michel, Angélique, sa famille, ses copines, tous ces personnages et ceux qui les incarnent (d'autant plus à la perfection que plusieurs d'entre eux jouent leur propre rôle) sont simplement bouleversants. Je ne sais pas si le film a été tourné dans l'ordre scénaristique, mais on a vraiment l'impression, notamment pour Angélique Litzenburger, qui tient le rôle principal, qu'ils prennent doucement leur place au sein du film et qu'ils gagnent en intensité de jeu à mesure que celui-ci avance.


Le déluge de larmes est aussi dû au scénario, qui comporte des scènes que tout être qui a une famille ou déjà connu une histoire d'amour compliquée (toi, moi, n'importe qui, finalement...) aurait du mal à voir sans un pincement au coeur. Quand je dis ça, du coup, c'est pas forcément un compliment, en fait. Parce qu'il y a par exemple une scène de démonstration d'amour filial qui, si elle a beau être sincère, joue tout de même sur une corde sensible assez facile à atteindre. Et il est dommage qu'un film qui soit parfois d'une telle justesse émotionnelle, notamment lors de la scène finale entre Angélique et Michel, utilise certaines ficelles, efficaces mais plutôt grossières (si la tv les utilisent à outrance, ça n'est pas pour rien) pour nous toucher. Il n'en a pas besoin.

Stylistiquement, on est proche du naturalisme, du documentaire, avec cependant quelques plans en contre-plongée à couper le souffle, qui permettent de s'élever au-dessus de ce quotidien pas toujours réjouissant. Je retiendrai surtout une enveloppe de montgolfière se gonflant et par dessus tout un plan splendide, braqué sur le visage d'une jeune femme juchée sur une voiture, le paysage défilant derrière elle: le ciel, une cheminée industrielle, le ciel...


Mais malgré tout ça, en sortant du cinéma, j'ai ressenti une véritable gène. J'ai mis un moment pour savoir d'où elle provenait. Au début, je pensais que c'était dû au fait d'assister à quelque chose de trop intime. En effet, il faut savoir que le film est réalisé par trois réalisateurs, dont l'un, Samuel Theis, se trouve être le fils d'Angélique Litzenburger qui a voulu faire un film sur sa mère (mais on l'y voit aussi, ainsi que son frère et ses soeurs) comme une déclaration d'amour. Je me disais que quelque part, je n'avais pas vraiment trouvé ma place en tant spectatrice dans ce film qui me donnais un peu l'impression d'être une voyeuse.

Mais en en discutant une bonne partie de la soirée, et en me repassant le film, j'ai réussi à mettre le doigt sur ce qui m'avait véritablement dérangée: c'était en fait Samuel Theis lui-même, en tout cas son personnage. Je m'explique, chacun des personnages du film s'inscrit véritablement dans une réalité: on ressent, aussi bien chez Angélique Litzenburger, que Séverine et Cynthia Litzenburger ou Mario Theis, des aspérités, des non-dits, des conflits intérieurs. Rien de tout cela chez Samuel Theis, il a tout pour lui: il a réussi, il vit à Paris, il est beau, il parle bien, il est proche de sa mère, il est bon en orthographe, il est un peu le philosophe de la famille, le grand sage, la voix de la culture et de la raison, il n'a qu'un défaut (le pov'!) il est célibataire. Bref, tout laisse à penser qu'il s'est donné le beau rôle de l'histoire. Je n'irai pas jusqu'à lui faire un procès d'intention, mais il se dégage quelque chose de très désagréable de la confrontation de ce personnage avec le reste de sa famille, une sorte de condescendance un peu gênante. Ce n'était sûrement pas son attention, parce que l'autoportrait est un exercice extrêmement difficile, surtout sur un premier film, mais je pense qu'il aurait gagné à ne pas vouloir absolument se montrer sous son meilleur jour. Seule, à un moment, sa mère dit qu'il a tendance à tout vouloir contrôler, mais ce n'est pas forcément visible dans le film. C'est dommage, parce que le contraste entre ce personnage qui semble du coup beaucoup plus fabriqué avec les autres personnages du film, pour moi, ne fonctionne pas, et m'a laissé un goût assez amer dans la bouche...


Reste cependant cette Party girl, ce magnifique personnage, cette femme insoumise, cette jolie cigale, qui ne s'excuse de rien, ne se cherche pas d'excuse, et continue d'y croire et de danser même lorsque la fête est finie. Et la voir danser, sous la voix rauque de Chinawoman, rappelle forcément une autre voix rauque et fatiguée, un autre petit matin incertain, celui de All tomorrows party:

"And what will she do with Thursday's rags
When monday comes around?"