pelloche

pelloche

mardi 12 janvier 2016

Il était trois fois en Chine



J'en ai parlé dans mon top 10 2015 brièvement, mais je n'avais pas eu le temps de m'étendre sur le sujet (on peut décemment affirmer que je suis à la bourre sur mes chroniques). Il n'y aura donc aucun suspens sur le sujet: j'ai beaucoup aimé Au delà des montagnes de Jia Zhangke, vu maintenant il y a à peu près une semaine (ce qui est finalement un bon timing pour un verdict définitif, puisqu'on sait à peu près ce qu'on va garder d'un film).

Avant toute chose, je dois avouer que c'est le premier film du réalisateur chinois que je vois, je n'ai donc pas de point de comparaison dans sa filmographie, puisque j'ai raté les très estimés Touch of sin et Still life. Je savais cependant que c'était un metteur en scène qui avait une certaine audace esthétique, et une figure d'enfant rebelle du cinéma chinois. J'ai donc pu vérifier ce constat avec ce film, et ai maintenant très envie de découvrir ses autres films.




Le film commence fin 1999, année de la rétrocession de Macau à la Chine (peu après Hong Kong en 1999) et juste avant l'entrée dans l'an 2000. C'est le début du gros développement économique chinois. Dans une petite ville minière, nous suivons un triangle amoureux: une jeune femme est partagée entre un mineur et le gérant d'une station-service. 2015: un mineur malade doit demander de l'argent à d'ancien amis pour se soigner, une femme divorcée doit faire face à un deuil très éprouvant, en même temps qu'au départ prochain de son fils, qui doit suivre son ex-compagnon à l'étranger. 2025: Un jeune chinois, un peu paumé, habitant depuis longtemps en Australie cherche à retrouver ses racines et ses souvenirs perdus.

Le film est donc composé de 3 parties, retraçant le destin commun de plusieurs personnages et, d'une certaine façon, celui d'un pays. Pour chacune de ces trois parties consécutives, Jia Zhangke a choisi un format différent, une ambiance différente.



La première partie se concentre sur la jeunesse de la belle Tao et de ses prétendants, Zang et Lianzi. Tout commence par une scène de liesse, des jeunes gens dansant ensemble une même chorégraphie sur le titre Go West des Pet Shop Boys. On sent tout l'espoir de cette génération, tout cet élan vers l'extérieur, cette volonté de trouver une vie meilleur à travers le capitalisme, surtout pour Zang, qui s'apprête à acheter toute la ville. Cette première partie est entrecoupée de plans d'archives tournées à l'époque, dont une scène très impressionnante de foule, qui a fait un peu paniquer l'agoraphobe que je suis. Cette partie fait preuve d'une véritable énergie: on y danse, on y fait la fête, on y fait exploser des feux d'artifices et des charges de tnt. Pourtant, on sent que la situation économique n'est pas encore idéale (Tao porte toujours les mêmes vêtements, on rêve d'obtenir un CD et on s'extasie devant une voiture allemande), mais l'optimisme est résolument de la partie. Le format 1:33 choisi pour ce premier volet resserre les personnages dans le plan, ce qui crée une véritable dynamique, un échange entre eux, mais aussi une tension assez constante.



La deuxième partie est plus tragique, elles se concentre sur des problèmes importants d'une vie, les changements radicaux, le deuil et l'éloignement. On passe au format 1.85 et l'image commence à se dépeupler. Les liens communautaires qui semblaient si solides dans la première partie s'étiolent, la mort et la maladie s'invitent dans les vies des personnages, et si la technologie et l'aisance financière a clairement fait son entrée chez certains, on comprend qu'il existe deux Chine très distinctes: celle dont on nous parle si souvent aujourd'hui, cette Chine aisée, friande de consommation et de gadgets technologiques, ouverte vers l'extérieur (mariage mixte avec des occidentaux, études à Shanghai dans des écoles internationales...), mais aussi celle qui ne semble pas avoir bougé, une Chine industrielle rongée par la pollution et la maladie, aux conditions de vie et de travail dignes du XIXè siècle, et ces deux mondes semblent irréconciliables.



Enfin, la dernière partie ouvre totalement le champ en cinémascope, avec une photographie aux couleurs beaucoup plus saturées. Changement de décor, nous nous retrouvons en Australie. Ici, le plan "respire", le ciel bleu, la mer, le soleil, remplace le décor de brique, de cendre et de nuage de la ville minière. Mais dans ce paysage, les personnages semblent bien éloignés les uns des autres, isolés comme si chacun vivait sur sa propre île, et leur solitude est terrible. Cette solitude, est à un moment bouleversé par une scène d'amour très émouvante, où un jeune homme en quête de repères et de ses souvenirs touche brièvement du doigt une partie de son enfance.

En ce qui concerne le scénario du film, il ne faut pas chercher des enjeux narratifs énormes, des sentiments exacerbés, des ruades et des éclats hystériques. Tout est traité de manière très délicate, même la mort, et le rythme du film, assez lent, nous permet de suivre les personnages sans à-coups. Et lorsqu'un évènement vient bouleverser leur vie, on s'est, sans s'en rendre compte, par des scènes assez quotidiennes, complètement attachés à eux. Cependant, rien n'est non plus complaisant et lorsque les personnages souffre, on ne nous épargne rien de sa douleur. La scène où Tao doit venir constater le décès de l'un de ses proches en est un exemple. Elle est assez longue et la caméra, à aucun moment, ne nous laisse de répit. On voudrait quitter le personnage et sa douleur, l'oublier et passer à autre chose, mais on reste avec elle et on est bien obligé d'accepter, comme elle, ce qui vient de se passer.



En ce qui concerne l'interprétation, j'ai lu pas mal de critique assez négatives, notamment sur Zhao Tao, qui interprète Tao. J'avoue ne pas comprendre. En dehors de Zhang Yi, dont je trouve qu'il en fait parfois un peu trop dans la démesure, j'ai trouvé le casting très juste. Pour Zhao Tao, en particulier, c'était une vrai gageure d'interpréter un personnage sur 25 ans, et c'est un défi qu'elle relève avec brio. J'aimerai vraiment voir la première et la dernière scène (qui a causé chez moi un éclat en sanglots irrépressible) l'une à côté de l'autre pour juger du beau travail accompli. Elle est absolument merveilleuse, notamment dans des scènes toute simples, comme la préparation de raviolis, dans lequel elle charge chaque geste d'une belle émotion. L'expression "fait avec amour" prend ici toute sa dimension. J'aime aussi la belle composition de Liang Ji Dong qui interprète Liangzi, un personnage tragique chargé d'une magnifique dignité.



En résumé, j'ai donc beaucoup aimé ce film, qui sans que j'y fasse trop attention, sans volonté d'émouvoir à tout prix, m'a profondément touchée. Soyons clairs, c'est tout sauf un feel-good movie, puisque le constat est très désenchanté, voire même terriblement pessimiste. Je l'ai trouvé véritablement poignant et j'avoue que j'ai mis quelques jours à m'en remettre. Parce que si ni les situations tragiques, ni les sentiments des personnages ne sont over-the-top, la douleur profonde qu'ils portent en eux s'insinuent en nous, pour ne pas nous lâcher. Et si à l'orée du XIXème siècle, on m'avait dit que je serais authentiquement émue par de la dance music des années 90 (de qualité, certes, mais dance music tout de même), j'aurai bien mal misé sur mon futur...

















vendredi 8 janvier 2016

Sur les bons conseils de Tonton Martin: En quatrième vitesse, Quarante tueurs



Comme je vous l'avais annoncé, les fêtes et un peu plus de temps aidant, le Voyage à travers le cinéma américain de Martin Scorcese m'a touchée d'une boulimie cinévore incroyable et j'ai eu envie de voir de nombreux films préconisés dans cette série.
Et il se trouve que par chance, j'ai eu très vite accès à deux d'entre eux que je n'avais pas encore vus (je me suis d'ailleurs rendue compte que j'en avais vu pas mal sur le lot, ce qui m'a fait plaisir parce que dans un sens, c'est toujours ça de moins à pister chez les vendeurs de DVD et médiathèques). Et bien je vous le dit, les conseils de Tonton Martin, c'est pas de la gnognote, parce que pour chacun des films, je me suis régalée, et je m'en suis voulue d'avoir attendu aussi longtemps pour les voir.
Alors c'est reparti, dans la série Oldies but goodies, les deux conseils de Martin Scorcese qui m'ont fait vivre le rêve américain (un peu brisé, c'est toujours plus beau):

En quatrième vitesse, Robert Aldrich



Bon sang, je ne comprend toujours pas pourquoi je n'ai pas vu ce film plus tôt. Tous les ingrédients pour me plaire étaient là. Déjà, j'adore Robert Aldrich et Whatever happened to Baby Jane reste un de mes films préférés au monde, point barre. En plus, un film noir culte avec une pointe de fantastique? Et Mike Hammer sans la moustache? (oui, alors ça, ça ne fonctionne que si vous êtes nés avant 1990) Comment se fait-il que je sois passée à côté?

L'erreur est désormais réparée, j'ai vu En quatrième vitesse, dont je préfère définitivement le titre américain, beaucoup plus sulfureux Kiss me Deadly. Et il était temps. Je comprends pourquoi ce film, si moderne pour l'époque (1955) a tant inspiré une génération entière de réalisateurs, notamment Godard pour A bout de souffle.



D'abord parce que la réalisation, surtout vu le petits moyens de la production, est assez époustouflante. Aldrich sait faire monter le suspens et la pression avec peu de chose, mais on a l'impression que ce qu'il utilise ici, on les reverra de très nombreuses fois par la suite: la menace  signifiée par une paire de chaussures, l'ennemi dont on ne voit pas le visage et qui semble d'autant plus terrifiant, la lumière qui s'échappe d'une boîte mystérieuse, une boîte de Pandore que tous désirent.

Tout semble résolument moderne: les personnages féminins, tous très différents, sont incroyablement sulfureux: la femme-mystère par qui tout arrive, la pythie qui sait tout,  devine tout, et qui joue un drôle de tour à Mike Hammer en montant dans sa voiture, l'amie-amante-associée prête à user de ses charmes et de sa ruse pour les beaux yeux du détective, la fausse idiote vénéneuse... Les dialogues sont à la fois naturalistes et poétiques, entre la gouaille des bas-fonds et l'ode homerienne, un langage à part, une énigme de plus.



Et puis il y a ce scénario bizarre, adapté d'un roman de gare de Mickey Spillane et totalement remodelé pour en faire un oeuvre à part, imprimant sur le film l'atmosphère asphixiante de peur (peur de l'autre, de la trahison, du nucléaire) de la guerre froide, et cette fin, cette fin complètement inattendue qui vaut à elle seul les quelques moments un peu bavards et ennuyeux du film et qui a un sacré Va va voum.

 
Quarante tueurs, Samuel Fuller

Encore un film dont je ne comprend pas pourquoi je ne l'ai pas vu plus tôt. Déjà, c'est un western. Et j'aime beaucoup ce genre. Ensuite, une grande héroïne, La femme au fouet, incarnée par cette splendeur de Barbara Stanwyck, avec un chanson formidable quasi SM que ne renierai pas le Velvet underground de Venus in Furs. Et Samuel Fuller, le réalisateur rebelle, le démonteur de mythe, le créateur d'images incroyables. Dire que sans tonton Martin j'aurai pu passer à côté de ce film encore quelques années...



Parce que là, je vous préviens, je vais crier au chef d'oeuvre, rien de moins: CHEF D'OEUVRE!!!! D'abord parce que le scénario est une vraie merveille à mi-chemin entre grand mythe américain (l'influence de l'histoire de Wyatt Earp et de son règlement de compte à OK Corral est indéniable) et la fin de ce même mythe. Ici, les héros sont fatigués, ils ne trouvent plus leur place dans ce monde qui change de mains et de valeurs. Ce n'est plus le temps de la conquête de l'ouest et la force a laissé la place à la politique. Du coup, le héros, Griff Bonnel , est un as de la gâchette vieillissant qui aimerait bien se ranger des chariots bâchés en se retirant dans une petite ville. Mais un gang régi par une femme au fouet, Jessica, menant d'une poigne de fer pas moins de quarante tueurs règne déjà sur la ville, et le petit frère de Jessica est une vraie teigne. Vous imaginez ce qui va suivre: un duel au sommet entre Griff et Jessica, du sang, du désir, de la poussière, de la vengeance et des larmes.

Et bien sûr, pour qu'un excellent scénario devienne un chef d'œuvre, il faut bien évidemment une belle mise en scène. Et là, laissez moi vous dire qu'il y a du lourd, du début du film à la fin, c'est à la fois classique et audacieux, innovateur (surtout pour l'époque) et dans la lignée du grand western, et c'est beaucoup d'images qui restent en tête. La séquence d'introduction est déjà incroyable. une carriole avance doucement sur un chemin désert. Les nuages au-dessus s'amoncellent. Puis un tonnerre de cavalcade se fait entendre, et apparaissent des pattes de chevaux au galop. En montage alterné, Griff Bonnel et ses compagnons se découvrent un à un dans la carriole et la cavalcade furieuse s'intensifie: on voit apparaître une femme sur un cheval blanc, poursuivie d'une horde sauvage de cavaliers noirs, soulevant un nuage de poussière. L'équipée croise sans ménagement la carriole, dans laquelle Bonnel a bien du mal à maintenir ses chevaux, qui ruent à tout va. Puis le générique défile, alors que la caméra choisi de suivre Barbara Stanwyck triomphante et ses 40 hommes de mains. Tout est déjà là: le défi entre les deux personnages, la violence, la passion. Mais ce n'est pas juste une séquence qui vend du rêve: tout le film est de cet acabit. Pêle-mêle, un plan séquence de malade traversant toute la ville, une femme aimée vu au bout d'un canon de fusil (ouais, James Bond, espèce de copieur!), une scène de tornade incroyable, avec des cascades acrobatiques, et des effets spéciaux hallucinants, un duel à trois sous le soleil... J'ai passé pratiquement tout le film la mâchoire ballante. En plus, la photo est d'un noir et blanc sublimement contrasté, c'est un régal!



Et puis il y a Barbara Stanwyck, la classe incarnée! Elle a là un rôle à sa mesure, un rôle qui tabasse, dans lequel elle peut montrer toute l'étendue de son talent. Elle est à la fois la mère, la maîtresse, la brute, le patron, la sacrifiée, l'égoïste, la belle, la rebelle, l'enfant turbulente et la vieille femme sage et fatiguée, brûlante de désir et froide comme une porte de prison. Elle est tout simplement sublime, au sommet de son art. A 50 balais, elle illumine l'écran avec un sex-appeal de donzelle et une intelligence de jeu qui déborde. Bon sang, c'est un des plus beaux personnages féminins de tout le cinéma américain et il est superbement incarné.




Donc, je le répète, sur ce coup, vraiment merci Tonton Martin: CHEF D'OEUVRE! (ne faites pas comme moi, n'attendez pas de voir ce film, ça urge!)






jeudi 7 janvier 2016

Martin fait du ciné-club



"L'histoire du cinéma est plus grande que les autres, parce qu'elle se projette" Jean-Luc Godard - Histoire(s) du cinéma

Ben ouais, Girlie Cinéphilie, en ce début d'année, a décidé de se la péter grave en citant du JLG. Elle a décidé de se la péter en paillettes grâce au site Cinetrafic qui lui a fait un beau cadeau de Noël pur cinéphilie: le coffret Un voyage à travers les cinéma américains et italien de Martin Scorcese, regroupant 2 DVD, soit presque 8 h d'histoire de ces 2 cinémas par un des plus grands cinéastes actuels, édités par Arte (ici pour leur page Facebook) et sortis le 7octobre 2015. Alors oui, Girlie Cinéphilie est toute d'or vêtue, elle vous fait partager ce moment prestige, et pour se la péter avec vous encore plus, elle vous fera partager quelques conseils en particulier de tonton Martin sur lesquels elle s'est jetée comme Cary Grant sur un champ de maïs et Burt Lancaster sur Deborah Kerr.

Voilà, 2015 aura donc bien été l'année Scorcèse (c'est pas All mad(e) Here qui me contredira): entre l'expo à la cinémathèque, sa présence au Festival Lumière et ce DVD, il aura été de tous les fronts du cinéma. Et j'avoue que ça n'a pas été pour me déplaire. Si l'expo m'a donné envie de revoir certains de ses films en particulier, cette magnifique série en DVD m'a donné envie de revoir de nombreux autres films.



Et c'est là la première, et pas des moindres, qualité de ces films documentaires de Scorcese: il font encore plus aimer le cinéma. Car ce dernier n'a pas décidé de s'ériger en grand professeur, spécialiste du bon goût cinéphilique et des classiques à voir absolument pour ne pas avoir l'air naze en soirée. Non, Martin Scorcese a décidé de partager SON amour du cinéma, ses films préférés à lui, ceux qui l'ont émus, amusés, scotchés, et surtout ceux qui lui ont donné envie d'être le cinéaste qu'il est actuellement. C'est donc une histoire très personnel du cinéma qu'il nous fait partager, nous faisant (re)découvrir des trésors, n'hésitant pas à convoquer aussi bien les grands auteurs que le cinéma de genre. On est ainsi face à une magnifique rétrospective, mais aussi, à travers tous les exemples invoqués, à une très belle réflexion sur le travail de la mise en scène, sans prétention, avec simplicité et un indéniable amour du métier.

Le premier coffret, consacré au cinéma américain est mon préféré des deux. Dans celui-ci, il s'interroge sur les rapports rentabilité-créativité qui font tout le sel d'Hollywood et s'intéresse particulièrement au cinéma de genre, en particulier le western, le film noir et la comédie musicale. L'occasion de revoir des extraits de La prisonnière du désert, de Kiss me Deadly ou de Meet me in St Louis. Il s'interroge également sur les différents rôles du réalisateur: illusionniste, contrebandier ou passeur d'image, et rend hommage à tous les cinéastes qui l'ont fasciné et inspiré, d'Orson Welles à Nicolas Ray en passant par Douglas Sirk. Je dois dire qu'avec ce coffret, je me suis complètement régalée, je n'ai absolument pas vu le temps passer et je me suis fait une belle liste de films à voir et à revoir.



Le second coffret s'intéresse au cinéma italien. Martin Scorcese laisse ici libre cours à ses souvenirs d'enfance, à sa famille sicilienne réunie autour de la télévision à New York pour regarder des films italiens, et montre combien ce cinéma l'a autant forgé que le cinéma hollywoodien en tant que réalisateur. Il invoque De Sica, Fellini ou Antonioni. J'avoue avoir moins été attirée par ce coffret. Pas parce que je n'aime pas le cinéma italien, au contraire, renouer avec Rossellini, par exemple, a été très agréable (je crois que je  n'avais pas vu un film de lui depuis pratiquement 10 ans) et je reste toujours en larmes devant Le voleur de bicyclette. Mais pour moi, cette rétrospective souffrait de 2 défauts: elle ne portait que sur le néo-réalisme et la nouvelle vague italienne, laissant de côté les grandes productions Cinecitta et les films de genre (Bava!!!!!). De plus, la liste de films était beaucoup plus succinte, et ceux-ci étaient longuement analysés. Du coup, plutôt que de me "teaser" et me donner envie d'en voir plus comme ça a été le cas avec le cinéma américain, ce volet m'a plutôt donné l'impression d'avoir vu une version Reader's digest des films en question. Heureusement, j'avais déjà vu bon nombre d'entre eux et je n'ai pas eu beaucoup de spoilers, mais si cela s'adresse à un public qui ne connait pas ces films, j'ai trouvé un peu dommage qu'on en apprenne tout le déroulement narratif. Mais cela m'a tout de même fait très plaisir de pratiquement revoir certains de ces films que je n'avais pas vu depuis longtemps.

Quant aux DVDs en eux-mêmes, rien de bien extravagant: une version VO sans sous-titre ou une version française pour le commentaire et VOST pour les extraits de films, ainsi que la précieuse liste de tous les extraits proposés. Ca aurait peut être mérité un peu plus, mais les 8h de la série sont tellement riches que ça n'était pas vraiment nécessaire. En tous cas, si vous avez oublié un cadeau de Noël, ou que vous ne savez pas comment utiliser l'enveloppe de Mamie cette année, je vous conseille très très fortement ce petit voyage cinématographique, que vous soyez en vacances ou pas. Mais je préfère vous prévenir, il a un effet pervers très dangereux: il donne envie d'enrichir sa DVDthèque très vite, et de manière exponentielle.

Merci encore à Cinétrafic pour les paillettes dans les yeux:
- http://www.cinetrafic.fr/film-bien
- http://www.cinetrafic.fr/film-cool




mardi 5 janvier 2016

Mon palmares 2015

Voilà, 2015 est passé, avec son lot de films plus ou moins appréciés (plutôt plus que moins, j'ai l'impression pour cette année, espérons que ça va continuer...) . Alors avant de commencer l'année 2016, un petit coup d'œil dans le rétro comme Furiosa, et je vous dévoile mon top 10 2015:

10 ex aequo: Miss Hokusai et Duke of Burgundy


Ces deux films n'ont au premier abord pas grand chose en commun. D'un côté j'ai apprécié d'avoir enfin été charmée par un biopic audacieux, prêt à laisser une place à l'imagination et au fantastique. De l'autre, j'ai été absolument séduite par une histoire d'amour lesbienne et sado-maso, pourtant si ordinaire et très espiègle. Les deux films sont cependant de très belles expériences sensorielles et font preuve d'une inventivité et une originalité esthétiques terriblement rafraichissantes. Aucun des deux n'a connu beaucoup de succès en salle, malheureusement, mais j'espère que ces deux films absolument délicieux trouveront leur public en DVD.



9 Mustang
Un très beau film sur une sororité en prise avec l'abrutissement réactionnaire en Turquie, plein d'élan, de vie et d'espoir. Une gifle salvatrice et rebelle et de jeunes actrices sublimes.



8 Au delà des montagnes
Parce que si on m'avait dit un jour que je serais terriblement émue par "Go west" des Pet Shop Boys, je ne l'aurais peut être pas cru, parce que ce film est à la fois doux et terrible et que la réalisation est époustouflante (et ici, le changement de format n'est pas qu'un "truc"). On en parle très bientôt.



7 Shaun le mouton, le film
Un tour de force: un film d'animation plastiquement à tomber, drôle à mourir et pas bavard du tout. Les studios Aardman ont encore frappé.




6 Notre petite sœur
Encore un film sur une sororité. Une très belle œuvre, douce et mélancolique sur la famille, celle qu'on a et celle qu'on se choisit. Beaucoup, beaucoup d'émotion, une réalisation qui sait prendre son temps et de très beaux personnages. Un film auquel je suis restée beaucoup plus attachée que je ne l'aurais pensé en sortie de salle.



5 Les nouveaux héros
La super bonne surprise de l'année. Scotchée par un Disney. J'ai ri, j'ai pas mal pleuré, j'ai adoré l'atmosphère et bon sang, que ce film est intelligent! A voir absolument, avec ou sans enfants, parce que des films pareils, en des temps pareils, on en a tous besoin.



4 Spring
Malheureusement, ce film n'a pas trouvé de distributeur en France. Faut quand même en parler parce que c'est la plus belle histoire d'amour de l'année, que c'est le plus beau film d'horreur de l'année, que les réalisateurs sont les révélations de l'année, qu'il y a la plus belle scène de rencontre amoureuse du siècle. Je rêve qu'un distributeur français se dévoue pour qu'on ait tous accès au DVD.



3 Foxcatcher
La claque du début d'année 2015. Un sommet de réalisation sobre, intelligente et efficace, un trio d'acteurs incroyable, un fait réel qui est une vraie tragédie grecque. Certaines scènes de ce film sont d'une telle ampleur que j'en ai gardé un souvenir impérissable.



2 Mad Max
LE KIFF. Pas besoin d'en rajouter, si vous voulez comprendre, cliquez sur le lien et retournez lire mon billet à la sortie.



1 20000 jours sur terre
Alors, oui, techniquement, il est sorti en 2014, mais comme je ne l'ai vu que début 2015, je le compte parmi les films de 2015. Et qu'il fallait absolument que ce film soit en tête du palmarès. Ce film, un vrai rockumenteur sur Nick Cave est un magnifique hommage à la carrière du chanteur, mais va bien au delà de ça: c'est une des plus belles œuvres traitant du travail de création, c'est une plongée dans l'univers du démiurge, c'est un concentré de poésie. J'ai passé les 3/4 du film à chialer d'émotion, niveau maximum sur l'échelle du syndrome de Stendhal. Une expérience incroyable, de la musique, de la littérature, du son, de l'image, de la beauté à l'état pur. Du cinéma, quoi!

jeudi 24 décembre 2015

Humbugs and frogs



Ce mois-ci, Potzina a proposé un thème bien étrange pour la saison pour son ciné-club: les films de Noël. c'est l'occasion pour moi de vous parler de mon film de Noël préféré, mon film de Noël plaid et orangettes, celui que je regarde toujours à cette période de l'année et même en dehors, et qui a ma préférence sur même La vie est belle de Capra (ouais, carrément). 


Pour comprendre mon choix, on va faire un petit retour en arrière sur mon histoire de Noël favorite, depuis bien longtemps. Mais regardez qui voilà! Une « étrange silhouette, celle d’un enfant ; et néanmoins, pas aussi semblable à un enfant qu’à un vieillard vu au travers de quelque milieu surnaturel, qui lui donnait l’air de s’être éloigné à distance et d’avoir diminué jusqu’aux proportions d’un enfant ». Le fantôme des Noëls passés! Suivons le!





Années 80. Une petite fille en sous-pull qui gratte, collants qui grattent et robe-salopette en velours est assise par terre, un livre d'images devant elle. C'est la période de Noël et elle vient d'avoir son nouveau "Raconte-moi des histoires" (ancêtre de l'audio-book) spécial Noël. Dans le radio-cassette, une voix lui narre une histoire fantastique. Une histoire qui fait encore plus aimer Noel. Parce qu'elle rit des péripéties d'un vieil avare, parce qu'elle pleure devant la tragédie du petit Tim, parce qu'elle frissonne de peur devant un devant un fantôme de mauvais augure. Tous les éléments de ce qu'elle va aimer plus tard au cinéma sont là, sur le papier et sur la bande de la cassette. Elle en oublie le sous-pull et les collants qui grattent et se met à rêver. Elle ne le sait pas encore, mais elle vient de découvrir son premier grand auteur, son premier grand classique: Un chant de Noël, de Charles Dickens.


Vous l'aurez donc compris, le film que j'ai choisi a donc un rapport avec le plus beau conte de Noël jamais écrit, une histoire de rédemption magnifique, avec le vieux grincheux le plus adorable du monde. Mais il a un truc en plus, un truc qui hurle "magie de Noël" à tue-tête, un truc adoré des petits et des grands: un truc vert avec une voix nasillarde, un truc rose avec une chevelure blonde, un truc bleu avec un nez qui pendouille. Oui, oui? Comment rendre Dickens encore plus magique? Il suffit d'y ajouter... DES MUPPETS!!!!!





Mon film de Noël préféré est donc Noël chez les Muppets, chef d'oeuvre (non, je n'ai pas peur des mots) de Brian Henson, fils de Jim du même nom, le marionnettiste le plus fabuleux que la terre ait porté.


Mais attention, la cloche sonne et voici venir un jovial géant aux joues bien rouges: c'est le fantôme du Noël présent.





Une jeune femme d'une beauté irréelle (ben quoi, c'est Noël, on offre un peu de rêve, que diable) est assise en pyjama sur son canapé. Devant elle, un chai au chocolat, des chocolats, des cadeaux de Noël à finir de coudre à la main, et un écran diffusant Noël chez les Muppets. Elle voit ce film pour la 30ème fois, mais elle se sent toujours comme une enfant en sous-pull et collants qui grattent. Elle rit aux facéties de Gonzo qui dit être Charles Dickens, elle s'amuse des apparitions fantomatiques des 2 vieux du balcon, elle s'émeut des malheurs de la famille de Kermit et Miss Piggy. Elle chante les chansons qu'elle connait maintenant par coeur, qui sont drôles et adorables. Et elle surkiffe Sir Michael Caine dans ce qui pour elle est son meilleur rôle à ce jour: celui d'Ebenezer Scrooge, vieux grigou avare et méchant, qui va redécouvrir la bonté et la joie de Noël grâce à trois fantômes fabuleux. Elle trouve que les relations entre l'acteur et les marionnettes fonctionnent à merveille, et qu'on oublie très vite que l'un est fait de chair et de sang, et les autres de fils, de tissu et de mécanismes. Elle est tellement bien avec ce film qu'elle en oublie l'aiguille qui pique et se met à rêver.





Voilà, moi je vais rester un peu là, à attendre le dernier son de cloche et le fantôme des Noëls à venir. Et j'espère qu'il me montrera une vieille dame, entourée d'enfants, chantant à tue-tête "Thankful heart"


Merry Christmas to us all!








mercredi 16 décembre 2015

Der Samourai: Hara Queery



Grâce au site Cinétrafic (qui le recense parmi les meilleurs films traitant de l'homosexualité de 2015 et propose également une liste de films produits en 2014),  j'ai pu découvrir en DVD un film allemand, que j'avais raté en salles cette année, mais dont la bande-annonce avait bien aiguisé ma curiosité: Der samourai. (Ils présentent aussi en ce moment une liste de films produits en 2014, si vous voulez vous faire une petite rétrospective)

Derrière ce titre nippon-teuton, se cachait effectivement une bien mystérieuse histoire. Dans un petit village allemand environné de forêt, un loup rôde. Jakob, jeune policier de la bourgade, lui laisse de la nourriture dans la forêt pour le dissuader de s'approcher des habitations. Mais un soir, la menace se fait plus effrayante: un troublant jeune samourai blond, vêtu d'une robe de mariée, vient perturber la placidité du village du tranchant de son sabre. La poursuite entre les deux jeunes hommes commence, sans que l'on sache vraiment qui des deux est le chasseur, ou la proie.



Il m'est difficile d'avoir un avis tout à fait tranché sur ce film, car je continue de m'interroger sur ce samourai. Il garde encore un mystère que je n'arrive pas complètement à élucider, et sans trop savoir si c'est bien ou pas, j'avoue que je suis toujours intriguée.

En effet, sans trop vouloir dévoiler du scénario, il y a de nombreuses choses qui restent opaques: sur les motivations des personnages, sur l'apparition du surnaturel, sur le rôle exact du loup, etc... Till Kleinert, réalisateur et scénariste, choisi de nous laisser le choix de l'interprétation, ce qui est un choix, même chez Lynch, qui peut parfois m'irriter suivant dans quelle disposition je suis, parce que si je suis mal lunée, je me dis juste que le scénariste a été trop fainéant pour avoir un point de vue. Là, ça va, je l'ai plutôt bien accepté, mais il me semble que cela peut être particulièrement dangereux, surtout si, comme ici, on traite de sujet parfois épineux, comme la difficulté d'assumer ses préférences sexuelles dans un milieu rural très claustrophobe. Je ne prête bien évidemment aucune pensée homophobe à Kleinert, mais laissés à l'interprétation de chacun, j'ai bien peur que les rapports de cause à effets présents dans le film (boudiou, que c'est difficile d'en parler sans ne rien dévoiler) ne soit pas raccourcis par certains idiots... C'est peut-être pas du tout le cas, mais le manque de point de vue m'interroge tout de même. Bref, j'hésite à parler plus du scénario, parce que je risquerai d'en dévoiler trop, trop vite, parce qu'il faut bien dire que ce film est tout de même assez court (1h15), mais ce format convient plutôt bien à cette histoire.



Si le scénario me laisse un peu dubitative, je ne peux en dire autant de l'esthétique de Till Kleinert qui m'a conquise. Il le dit lui-même dans l'interview qui suit le film, ce qui l'intéresse avant tout, c'est de créer des images qui touchent. Et là, on peut dire que ça a vraiment marché sur moi. Tout d'abord parce que le directeur de la photographie, Martin Hanslmayr fait avec de petits moyens un travail très impressionnant: la nuit profonde est superbement rendue, éblouie de flash de couleurs très saturées: le blanc de la robe du samourai, le jaune verdâtre des éclairages publics, le vert éclatant de la forêt et surtout, le rouge du sang. On pense à la fois au giallo et à une forme de réalisme à l'allemande, ce qui correspond tout à fait à l'atmosphère du film, qui oscille entre un réalisme rural et rugueux, et un fantastique à la lisière des contes de fées.

Quant à la création d'images, j'ai été servie, car nombreuses sont celles qui ont imprimé ma rétine par leur beauté et leur singularité: une séance de maquillage dans une maison délabrée, aussi inquiétante qu'envoutante, une poursuite à la fois ludique et menaçante dans la forêt, rythmée par des éclairs de lampes torche, un duel sur une écluse, une scène de danse très casse-gueule, qui pourrait être à la limite du ridicule, mais qui se révèle assez belle et émouvante, un final flamboyant...



Quant au duo d'acteur choisi pour tenir ce film à bout de bras, j'avoue que j'ai été très séduite. Ils ont en commun d'avoir des physiques très singuliers, à la fois très beaux et inquiétants, et ils sont tous les deux assez troublants. Pit Bukowski, le samourai, avec son sourire que l'on dirait coupé au fil de son sabre, est d'une grâce assez incroyable (ce qui, soit dit en passant, en courant dans la forêt en robe de mariée ne doit pas être donné à tout le monde), même si je regrette le un peu un cabotinage ponctuel à la Nicholson. Mais c'est surtout Michel Dierck, avec ses yeux tout en pupilles et ses faux airs de John Simm qui m'a le plus impressionnée. Il est absolument parfait pour incarner toute la complexité de son personnage: sa douceur et sa violence rentrée, sa frustration, son goût du devoir et ses désirs de transgression. Je l'ai trouvé à la fois touchant et bien flippant (donc carrément craquant, c'est l'effet Anthony Perkins). Tous les deux forment un très beau duo et j'ai été très séduite par leur relation faite de jeu, de menace, de défis, mais surtout d'un désir terriblement fort, qui crève l'écran et qui en font un beau couple de cinéma (les plus beaux couples du cinéma sont toujours des ennemis mortels).

Petit mot sur la musique également, je n'en parle pas souvent, mais là, j'ai vraiment craqué sur la bande originale de Conrad Oleak, très inspirée des films d'horreur 80's, qui convient tout à fait à l'univers de Der Samourai.

Le DVD

Le DVD, édité par Blaq Out (présent aussi sur Facebook) est sorti le 17 novembre 2015.

En premier lieu, je dois dire qu'ayant reçu le DVD de manière assez exclusive, je ne pense pas avoir reçu un DVD destiné à la vente, parce qu'il ne possédait pas d'étiquette (Du coup, bien évidemment, la première fois que je l'ai mis dans mon mange-dvd, je l'ai mis à l'envers parce que je suis une grosse maline...). Il y aura peut être des différences avec les dvd en vente, et quelques erreurs seront sûrement absentes dans ces derniers.

Tout d'abord, la pochette du DVD est cartonnée (c'est idiot, mais mes étagères à dvd aiment, elles se sentent tout de suite plus belles qu'avec des pochettes plastifiées), et elle présente la magnifique affiche dessinée (ouais, comme au bon vieux temps) du film. Un artwork absolument sublime, ça fait tout de suite envie.



Pour les bonus, il y a une interview particulièrement intéressante de Till Kleinert, qui permet de mieux approcher son travail, et notamment la conception esthétique qu'il en a. Il y a aussi 2 courts métrages: Kokon, sur une coupe de cheveux, qui n'a guère d'intérêt, et Cowboy, sur lequel j'aurai bien de mal à me prononcer. En effet, les sous-titres ne correspondaient pas au film et mon allemand n'étant plus qu'un lointain souvenir s'arrêtant à l'Hymne à la joie et au Erkölnig, je me suis arrêtée au bout de 5 minutes. J'ai juste pu observer une nouvelle fois une très belle photographie et la présence de Pit Bukowski. Dommage!




mardi 1 décembre 2015

La belle promise: de belles promesses?


Grâce au site Cinetrafic qui, en cette fin d'année, présente ses coups de cœurs 2015 et les sorties ciné 2016, j'ai eu la possibilité de découvrir, en DVD, le film La Belle Promise, la première réalisation de fiction de la scénariste Suha Arraf (La fiancée Syrienne, Les citronniers).

La Belle Promise (j'avoue y préférer le titre original Villa Touma, beaucoup plus parlant à mon avis, et moins gnan gnan) raconte l'histoire de la jeune Badia (Maria Zreik), une orpheline recueillie dans une belle maison à Ramallah , un peu à contre-coeur, par ses tantes, aristocrates palestiniennes chrétiennes, qui ont pratiquement tout perdu au lendemain de la guerre des six jours, si ce n'est leur maisons et leurs très bonnes manières. Les trois sœurs vivent recluses dans leur maison, portant les mêmes tenues que dans leurs plus jeunes années, et ne laissent rien pénétrer du tumulte du monde qui les entoure. A l'arrivée de Badia et de ses jeans, tout va changer. Badia va devoir devenir une parfaite fille de bonne famille et une promise idéale, et les 3 sœurs vont bien devoir s'ouvrir sur le monde extérieur.



Décidément, avec Mustang et Notre petite sœur, 2015 aura été l'année des frangines, du gynécée et du sista powa, mais les personnages féminins intéressants n'étant pas toujours légion, on ne va pas s'en plaindre. Le scénario La Belle Promise se situe d'ailleurs bien entre les deux films, entre la réclusion et la volonté de marier à tout prix de Mustang et l'arrivée d'une nouvelle sœur dans Notre Petite sœur. Pour moi, le film n'atteint pas le lyrisme du premier, ni la tendresse profonde du second, mais reste un très joli film. Sans être un gros coup de cœur, j'avoue l'avoir apprécié sur de nombreux points.

Tout d'abord, le scénario assez resserré (le film dure 1h22) de La belle promise est assez bien écrit. On a, en très peu de temps, la possibilité de vivre une période avec la famille grâce à une alternance de scènes de la vie quotidienne et de scènes dramatiques, qui nous font percer l'intimité des personnages et leurs conflits. Les personnages sont assez bien écrits, on apprend peu à peu à les découvrir et avec une belle économie du scénario, Suha Arraf nous permet de les approcher, de mieux les comprendre et les apprécier.

Il faut dire que la réalisatrice peut ici compter sur un bon casting: Nisreen Faour campe une Juliette aux allures de gouvernante délicieuse de rigidité, Ula Tabari joue une Violette torturée, la jeune Maria Zreik, pour qui c'est un premier rôle, apporte une belle innocence et fragilité à son personnage et surtout, la belle Cherien Dabis (réalisatrice d'Amerrika et May in the Summer) illumine complètement le film dans le rôle d'Antoinette, personnage solaire à la jeunesse sacrifiée, ressurgissant grâce à la présence de Badia.



Le ton du film est difficile à cerner: on est entre la comédie sociale, le drame familial et la tragédie. On rit parfois de bon cœur (par exemple quand Juliette, avec tout le dédain dont elle est capable, déplore qu'aujourd'hui, tout le monde puisse avoir du diabète, la maladie étant réservée aux seuls aristocrates dans le bon vieux temps) et on peut être aussi très émus. Le souci, c'est qu'on peut avoir un peu de mal à se situer dans ce mélange des genres qui rend l'harmonie générale du film parfois assez bancale.

La réalisation est somme toute assez classique, mais ne manque pas de subtilité, et la lumière est assez belle, mettant bien en évidence l'opposition entre l'univers claustrophobique de l'intérieur de la maison et la clarté de l'extérieur.

Sans être un chef d'œuvre, La Belle Promise reste cependant un joli premier film, et je vais désormais m'intéresser de plus près à Suha Arraf qui fait ici des débuts prometteurs derrière la caméra.



Le DVD

Edité par KMBO Editions, le DVD sorti le 3 novembre se présente dans une belle pochette cartonnée en getfold (oui, je parle en vinyl), un détail que j'apprécie toujours face aux pochettes plastifiées.

Dans les bonus, on peut retrouver une interview de Suha Arraf , très intéressante puisqu'on y découvre comment elle en est arrivée à la réalisation, les difficultés (notamment pécunières) qu'elle a rencontrées, et la génèse du scénario, qui est une belle histoire. Il y a aussi des scènes coupées tout à fait pertinentes. J'avoue même que j'aurais aimé les voir dans le film, car elles apportent pour certaines, plus d'émotion et d'informations, notamment pour le public que nous sommes, pas forcément au fait de la société palestinienne.

La seule chose que j'ai regrettée, c'est que le doublage ne soit proposé qu'en Français, ce qui peut être dommage si l'on souhaite faire découvrir le film à des amis non-francophones. Une version anglaise aurait été bienvenue.