C'était une très jolie petite surprise. J'adore les films d'horreur qui jouent en premier lieu sur l'ambiance creepy, en particulier si cette ambiance a quelque chose d'assez suranné, qui rappelle les bons vieux films des années 60, la Hammer et les meilleurs épisodes de la quatrième dimension. Pour moi, un bon petit film d'horreur n'a ni besoin d'un gros budget, ni de tonnes d'hémoglobines, ni de faire sursauter toutes les 3 minutes à grands coups d'apparitions soudaines et de grincements de cordes. Un bon film d'horreur, ça peut être tout simplement un truc bien étrange, une histoire qui fait froid dans le dos, des choses qui ne sont ni ce qu'elles devraient être, ni à la place où elles le devraient, ce sont des voix confuses et des hallucinations qui jouent avec notre mémoire: la matière même des cauchemars. La peur ce n'est pas forcément la surprise, ça peut être aussi une sensation pernicieuse qui se distille petit à petit, comme dans les bons vieux classiques littéraires du genre, de Dracula au Tour d'écrou, de Mary Shelley à Lovecraft. Et c'est sur ce tableau qu'a intelligemment décidé de jouer The Boy.
The Boy, c'est donc avant tout l'histoire d'une jeune femme (bah oui!), Greta. Elle arrive en Angleterre pour être recrutée comme gouvernante chez les Hillshire, dans un manoir bien excentré et à la déco bien désuette. Les Hillshire ont l'air bien fatigué par leur fils Brahms, qui d'après leur dire est pour le moins turbulent. Sauf que les Hillshire sont un couple pour le moins vieillissant et que Brahms se trouve être... un pantin. Partagée entre l'envie de rire, l'inquiétude et le besoin de rester isolée (on apprendra rapidement que Greta fuit un stalker aux Etats-Unis), elle accepte finalement de s'occuper du bambin de bois pour laisser aux Hillshire le loisir de prendre quelques vacances...
Voilà. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi, rien qu'avec ce pitch, je sens le truc étrange et bien glauque pointer son nez. Le reste du scénario est dans l'ensemble dans la même veine, et la tension est bien tenue: l'horreur s'insinue peu à peu, transpirant à travers les fissures des murs du manoir, la sensation de malaise s'alourdit et on bascule progressivement dans une situation de plus en plus bizarre, de plus en plus malsaine. Personnellement, j'ai beaucoup aimé cette atmosphère de plus en plus pesante dans le récit, cette façon de passer d'une situation de base un peu creepy mais assez rigolote à une dimension beaucoup plus perturbante, mais en douceur, en la laissant s'insinuer en nous sans a-coup qui font crier, mais qui nous maintiennent dans une inquiétude et une étrangeté déstabilisante. J'ai simplement regretté une partie de la fin qui entre un peu trop dans l'action à mon goût, et le traitement d'un personnage (le love interest de Greta) qui aurait pu être à mon avis beaucoup plus nuancé.
D'autant plus que cette ambiance est soulignée par un travail visuel que j'ai trouvé très réussi. On sent que le budget du film pète pas le plafond ou la garde-robe de Macron, mais il y a un travail assez malin pour que ça donne bien le change: un cast réduit, un huis-clos intérieur qui permet de travailler sur une jolie lumière glauque (dans le sens chromatique comme dans le sens figuré), un choix qui se porte plus sur l'atmosphère et un certain classicisme que les effets spéciaux. Ce qui rend pour moi le film tout à fait honnête et honorable. J'apprécie beaucoup la photographie qui sait rendre le manoir poussiéreux et la morne lumière de la campagne britannique. Très joli travail aussi de décor et d'accessoire, notamment pour le fameux pantin dont j'aime beaucoup le design un peu désuet, et dont l'expression fonctionne pour tout, et aussi une affreuse croute qu'on voit dès le début du film, et qui participe de ce malaise créé entre l'envie de rire et la bizarrerie.
En ce qui concerne l'interprétation, rien de délirant mais rien de déshonorant non plus. Lauren Cohan, dans le rôle principal, ne réalise pas une performance incroyable, mais cela reste correct, même quand le rôle devient un peu plus complexe. Ce n'est pas le point fort du film, mais rien de bien grave.
Dans l'ensemble, je trouve que The Boy, sans être un film révolutionnaire, est un malin petit film, efficace et très atmosphérique, qui sait jouer de ses contraintes au mieux pour obtenir un résultat esthétique et disons-le, assez angoissant, ce qui dans ce genre se traduit plutôt par une réussite.
En ce qui concerne le blu ray, édité par Metropolitan Filmexport et sorti le 27 mai 2016, je ne peux juger que sur la copie de distribution que j'ai reçue: la qualité de l'image et du son sont corrects, il y a une version en audiodescription ce qui est toujours une bonne nouvelle. En revanche, on peut déplorer l'absence de bonus, si ce n'est la bande annonce du film. Pour moi, c'est le petit bémol.
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