pelloche

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mardi 15 novembre 2016

Mel et Jenny: Mi-Mel, Mi-guel

Source: site Outplay


Les Editions Outplay, spécialisés dans le cinéma LGBT mais pas que m'ont fait la surprise (et l'honneur) de me faire parvenir 2 DVDs récemment sortis. Je vous avais déjà parlé du torride Vies brulées, je vous parle aujourd'hui de Mel et Jenny, un joli film allemand de Nana Neul.

Alors voilà, Mel est une jeune femme androgyne dont la vie n'est pas des plus trépidantes. Elle vit avec son père et son frère dans la ferme familiale et bosse dans une usine agro-alimentaire qui produit des plateaux-repas pour des avions dans lesquels elle rêve de monter. Puis elle va faire 2 rencontres: celle de Nuno, un jeune Portugais au charme irrésistible et Jenny, une toute jeune fille pour laquelle elle succombe au coup de foudre. Elle va se servir du premier pour créer un personnage qu'elle endossera pour séduire la seconde: Miguel. Mais il n'est pas plus facile d'être Mel que de devenir Miguel...
Source: site Outplay


Ce film de 2008 est le premier film de Nana Neul, qui en a réalisé depuis un second. Elle est également scénariste de Mel et Jenny. Et je dois dire que pour un galop d'essai, cela n'a rien de honteux, loin de là. Nana Neul (j'adore son nom, par ailleurs, c'est un vrai bonheur à dire à haute voix, essayez, vous verrez) a la bonne idée de choisir une histoire à sa mesure, de l'exploiter correctement, de construire de jolis personnages et surtout de créer de beaux moments d'émotion et de cinéma. Ca a l'air de rien comme ça, mais c'est déjà pas si mal.

Alors oui, y'a des petits défauts dans ce film mais franchement rien de bien méchant: un petit creux par ci, une petite longueur par là, une ellipse de trop de ce côté, un mélange des genres pas toujours totalement maîtrisé de l'autre... Mais rien qui n'empêche la compréhension du récit ou l'attachement aux personnages.

Source: site Outplay

En revanche, plein de qualités. La première, c'est que Nana Neul vise juste: pas trop haut, pas trop bas, à la hauteur des ses moyens financiers et de son récit. Elle n'essaie pas d'en faire trop et parvient à maintenir un bel équilibre. Le récit est concentré sur quelques personnages, une petite ville où l'on se connait vite, une période de récit assez courte (quelques semaines, au plus) et une durée assez courte pour un long métrage (1h30). Tout tient la route et est cohérent: le réalisme des personnages, les situations, l'ambiance chromatique douce et légèrement froide, le côté comédie romantique, le drame. Personnellement, j'ai cru à cette histoire et je me suis véritablement laissée émouvoir.

Et si j'y ai autant cru, c'est surtout grâce aux interprètes, et particulièrement à la très impressionnante Anjorka Strechel qui joue Mel. Elle apporte une très belle grâce à son personnage ambigu et surtout beaucoup d'émotions. On sent chez elle l'excitation liée au premier amour, l'horizon qui s'ouvre soudain loin de l'étriquée ferme familiale, son mélange de naïveté et de persévérance dans la petite moue de sa mâchoire inférieure et la manière d'arrondir ses robustes épaules. On pense un peu, bien évidemment au personnage que jouait Hilary Swank dans Boys Don't Cry, mais il a quelque chose de beaucoup plus lumineux, de plus doux, moins tragique et désespéré. C'est effectivement une jeune femme en recherche d'elle-même, qui souffre de ces questionnements, mais est assez audacieuse pour les dépasser, elle a quelque chose de plus pétillant et espiègle.

Source: site Outplay


Face à elle, la jeune Lucie Hollman fait preuve d'une belle vivacité. Ensemble, elles forment un très joli couple. On aime leur relation tendre et complice, leurs rires et on en oublie presque leur écart d'âge. Et il y a aussi Manuel Cortez, Nuno, avec qui Mel lie une très belle amitié. Les rapports entre ces deux personnages est peut-être la dimension qui m'a le plus touchée dans le film. On sens chez Nuno des secrets, une fêlure, qui fait qu'il finit par s'attacher à cette gamine qui n'en fait qu'à sa tête, prête à se perdre dans la fiction. J'aime beaucoup comment cette complicité se construit peu à peu, dans des regards, dans des non-dits, dans des rivalités.

Source: site Outplay


Nana Neul réussit donc, avec peu de moyen mais beaucoup d'investissement (là est tout la différence) un film très doux, dont on sort un peu triste, très nostalgique, mais avec une belle lueur d'espoir pour l'avenir.







mercredi 9 novembre 2016

Captain Fantastic: Away Viggo



Ca faisait un sacré bout de temps que je n'étais pas allée au cinéma. Et là, ces derniers temps, compte tenu d'un gros trop-plein de stress, d'excitation et de je-sais-plus-où-donner-de-la-tête (parce que, pour la petite histoire, Girlie Cinéphilie prépare un changement de ville et aime pas les déménagements et démarches administratives), il était nécessaire, à la limite du vital, de me ressourcer dans une salle obscure. Et j'avais choisi ce qui me semblait le film parfait pour ça: Captain Fantastic, un film familial sur le changement, l'aventure et l'apprentissage.

Captain Fantastic raconte donc l'histoire d'une famille singulière, celle des Cash. Les Cash habitent au fin fond d'une forêt où ils ont créé leur petit coin de paradis. C'est ainsi qu'ils ont choisi de vivre: à l'écart du monde contemporain, selon leurs propres valeurs, et c'est ainsi qu'ils ont aussi décidé d'élever leur six enfants. Les Cash, ils pourraient être des survivalistes, mais ils sont trop de gauche. Ils pourraient être amish, mais ils sont trop athées et préfèrent fêter un Noam Chomsky Day que Noël. Ils pourraient être anarchistes, mais ils ont foi dans la constitution américaine. Ils pourraient être vegans, ou rawistes, mais ils chassent à l'arme blanche. Ils pourraient être hippies, mais ils aiment les Guns and Roses. Ils pourraient être anti-sciences et technologies, mais ils discutent physique quantique au coin du feu. Bref, les Cash, c'est juste un homme et une femme, qui ont décidé de tout plaquer, leur famille, leurs gros diplômes, leur max de flouze et leur carrière pour aller élever leurs gamins loin de tout, et pouvoir mettre en pratique toutes leurs théories éducatives. Mais tout n'est pas aussi rose que dans leur utopie, puisque Mme Cash souffre de bipolarité, est internée et finit pas mettre fin à ses jours. Ben Cash se retrouve donc seul avec ses enfants et lorsqu'il appelle ses beaux-parents, on lui fait comprendre qu'il n'est pas le bienvenu à l'enterrement de sa femme. Contre toute attente, il se lance quand même avec ses enfants dans le voyage, ce qui va permettre à ces derniers de découvrir un monde qu'ils ne connaissent pas, le nôtre.



Et bien voilà un film qui m'avait séduite dès la bande-annonce, et qui m'a donné très très envie: un film indépendant sur une famille hors-norme, Viggo Mortensen dans un rôle plus lumineux et original que d'habitude (même s'il ne peut pas s'empêcher d'ouvrir les portes avec panache, il y peut rien, c'est plus fort que lui, Viggo, il lui faut sa scène d'ouverture de porte qui tabasse), un sujet ô combien intéressant quand le monde qui nous entoure ne nous inspire qu'une chanson de Björk (Toi lecteur, tu viendras te cacher avec moi?), une tribu de jeunes comédiens apparemment assez époustouflants, une ambiance à la fois drôle et émouvante. J'en attendais donc pas mal, j'en attendais peut être trop. Et j'ai été un peu déçue.

Sur certains points, cependant, le film a totalement répondu à mes attentes. Déjà côté interprétation. Clairement, je pense que c'est le point fort de ce long-métrage qui a la chance d'avoir des comédiens complètement impliqués et sacrément talentueux quelque soit leur âge. Il y a Viggo Mortensen, bien évidemment, qui profite largement de l'opportunité qui lui est donnée de jouer un rôle un peu moins monolitique pour nous montrer tout ce qu'il sait faire. Et laissez-moi vous dire que sa palette d'acteur est aussi colorée que son costume d'enterrement dans le film (oui oui, celui qu'on voit sur l'affiche). Il apporte au personnage une ambiguité qui manque un peu à l'écriture, je trouve, mais il est surtout drôle, enthousiasmant, émouvant et parfois sacrément énervant. Quant aux six gamins, ils sont tous formidables et de même, je trouve que leur simple présence et interprétation apporte beaucoup aux personnages écrits (vous allez le comprendre, c'est surtout sur l'écriture que j'ai de grosses réserves). Donc, comme ils le méritent, on va tous les citer. D'abord Georges Mc Kay, dans le rôle de Bo, l'ainé, impressionnant d'équilibre (dans tous les sens du terme) et de maturité, adorable dans sa soif de découvrir le monde et l'amour, très émouvant. On a déjà vu ce jeune britannique dans Pride et je crois pas me tromper beaucoup en disant qu'on le reverra sûrement souvent dans les années à venir. La jolie Samantha Isler joue la douce Kielyr, tout en nuance, et nous fait profiter d'un très beau filet de voix sur une reprise de Sweet Child of Mine qui m'a un peu fait fondre (bon forcément, si on me prend par les Guns...). Annalise Basso, qui joue l'athlétique Vespyr est tout simplement solaire, elle irradie complètement, ça change des films d'horreur dans lesquels on est habitués à la voir. Nicolas Hamilton, qui a obtenu le rôle peut-être le plus difficile de la fratrie s'en sort très bien en jeune révolté. Je crois que c'est vraiment le personnage que j'ai préféré dans ce film, peut être parce que c'était celui que je trouvais le plus et mieux écrit, le moins caricatural, et le plus réaliste. Et je crois vraiment que la prestation du jeune acteur n'y est pas pour rien. Enfin, les jeunes Shree Cooks et Charlie Shotwell sont absolument adorables. Malheureusement, leur rôle n'a pas beaucoup d'autre fonction que de présenter des gosses "cromignons", mais on sent qu'il y a un chouette potentiel et qu'ils s'amusent bien.



Côté image et mise en scène, pas grand chose à reprocher non plus, bien au contraire. La lumière est très belle et lumineuse, et met parfaitement en valeur les paysages des grandes forêts américaines. Il y a même des choses que je trouve visuellement très intéressantes. Par exemple, j'aime beaucoup la manière de figurer le souvenir de sa femme pour le personnage principal, je l'ai trouvée vraiment belle et émouvante, même si pas complètement originale. Elle lui apparaît dans ses rêves, penchée au-dessus de lui. Elle est un peu flou,toujours un peu incomplète dans le plan, comme un souvenir qui s'efface doucement, accompagné de toute la douleur qu'il y a à ne pouvoir rendre cette image précise et enfin tangible. C'est d'une simplicité folle, mais c'est dans des moments comme celui-ci que je trouve le film le plus fort: dans des petits moments de grâce, souvent oniriques, qui touchent profondément. Et j'ai d'autant plus été déçue par ce qui va suivre que ces moments-là ont vraiment fonctionné sur moi.

Parce qu'il y a, pour moi, un vrai problème dans l'écriture de ce scénario qui, je vais le dire comme je le pense, est bâclé. Je sais que c'est une critique dure pour un premier film, mais ça m'a vraiment gâché tout le film. Parce que moi, j'avais envie de les aimer ces Cash, j'avais envie de m'embarquer avec eux, mais à force de leur rendre les choses trop faciles, et à manquer à mon avis d'équilibre, j'ai fini par les trouver un peu énervants. Je comprend tout à fait cette envie du scénariste de vouloir défendre le mode de vie des Cash (même si perso, je trouve qu'un modèle d'éducation où les enfants sont coupés du monde est très discutable). Mais pour montrer combien ce mode de vie, même s'il a ses inconvénients (notamment en matière de sécurité), est super, on le mets face à un mode d'éducation qui se veut celui de la société actuelle. Bref, pour montrer combien les enfants Cash sont mignons, intelligents, matures et bien élevés, on les mets face à 2 têtes à claques décérébrées et méchantes, ou à une très bonne famille très coincée qui refuse que leur gendre et leurs petits-enfants viennent à l'enterrement de leur fille. Déjà, je trouve que c'est tout à fait limite au niveau déontologique. En gros, élever des enfants se situent entre 2 extrêmes: le faire isolés dans une forêt en développant leur capacités physiques et intellectuelles, au mépris des règles de sécurité, ou les surchoyer dans un environnement urbain en les abrutissant. Ah si, il propose un autre mode de vie en fin de film, qui lui aussi est un extrême, puisqu'il correspond à une sorte de mythe éternel du pionnier américain, dans une ferme où les enfants effectuent leurs taches avant de prendre le petit déjeuner, dans un silence complet et en révisant leurs devoirs, un sourire de béatitude aux lèvres (J'y crois à mort). Personnellement, je ne connais pratiquement pas autour de moi de famille qui correspondent à ces 3 modes de vie. Et je trouve réellement dommage qu'il n'y ait pas un seul personnage pour représenter un mode de vie qui sache prendre en compte les problématiques du monde moderne ET des valeurs humaines. Ca, c'est le premier point qui m'embête beaucoup.



Mais un deuxième point me dérange beaucoup, beaucoup plus, a à voir avec les conflits des personnages principaux et leurs résolutions. Il y là pour moi un vrai problème, voire une vraie paresse d'écriture. Il n'y a rien que je déteste plus dans un récit qu'un ex machina. Un deus ex machina, c'est le truc d'illusionniste qu'on utilise dans un récit pour sortir "comme par magie" les personnages du conflit dans lequel on les a plongés. Le meilleur ou plutôt le pire exemple de la manœuvre étant le fameux et allergène (en ce qui me concerne) "mais tout ceci n'était qu'un rêve". Le héros est dans la merdouille la plus complète, il va y passer, ainsi que toute sa famille et le reste du monde... mais heureusement, cut, et il se réveille en sursaut: tout ceci n'était qu'un rêve. Moi ça me donne à tous les coups envie de choper le scénariste et de lui infliger un sévère bourre-pif pour avoir perdu mon temps. Bien heureusement, Matt Ross, qui a écrit et réalisé le film (j'ai toujours tendance à penser que faire les 2 pour son premier film, ça paraît beaucoup), ne pousse pas le film jusque là. Mais il aime tellement ses personnages qu'il ne veut surtout pas les faire souffrir et multiplie les incohérences lors des résolutions de conflits.

Bien évidemment, je vais étayer mon propos par des exemples, mais je dois vous prévenir en préambule:

ATTENTION DIVULGACHÂGE

- Deus ex machina 1: le premier chagrin d'amour de Bo
Bo, l'ainé, tombe pour la première fois amoureux d'une fille dans un trailer park. C'est la première fois qu'il embrasse une fille, il est transporté, il s'agenouille devant sa mère et la demande en mariage. Les deux donzelles partent en fou rire. Ecrasé et foulé au sol, se dit-on du petit cœur tout neuf du jeune Bo. Rendez-vous compte: le premier amour, le premier chagrin d'amour, la première humiliation amoureuse, IL VOULAIT L'EPOUSER, bordel! Bah non, il se rase juste la tête pour montrer qu'il est devenu grand, il n'écrase cependant pas une larme (parce que c'est un homme, et qu'un homme ça pleure pas, ça affronte l'adversité), et on en entend plus parler jusqu'à la fin du film. Je veux bien qu'il soit philosophe, mais à ce point là, j'avoue que c'en est limite inquiétant. Youpi!

- Deus ex machina 2: la chute de Vespyr
En voulant enlever son frère retenu de son propre gré chez ses grands-parents, Vespyr, guidée par sa famille, escalade le toit de la grand propriété familiale de ceux-ci. Manque de pot, une tuile s'échappe, Vespyr avec, et elle tombe au sol. On la retrouve à l'hôpital où un médecin nous explique bien qu'elle était à 2 doigts de mourir, mais que grâce à sa vaillante constitution, elle a survécu. Voilà, facile, cela permet une remise en question du papa, et la jeune fille peut ressortir de l'hôpital tout de suite, plâtrée des pieds à la tête mais le sourire aux lèvres. Aura-t-elle quelque séquelle après ça? Non, aucune, youplala!

- Deus ex machina 3: Rellian le rebelle
Rellian en veut à mort à son père, parce qu'il est persuadé (pas complètement à tort) que ce dernier a une part de responsabilité dans le suicide de sa mère. Son père s'excuse et verse quelques larmes, se remet un peu en question, ça suffit au gamin pour oublier sa colère et son trauma. Youplaboum!

- Deus ex machina 4: les grands-parents
Soyons clairs, les opposants principaux de Ben Cash sont ses beaux-parents plein aux as, qui le tiennent pour responsable du suicide de leur fille et s'inquiète pour leurs petits-enfants. Ils ont apparemment assez butés et ils ont décidé d'employer des voies légales et une armada d'avocats pour avoir leur garde. A un moment, on a l'impression qu'ils vont l'avoir, mais les enfants fuguent pour rejoindre leur père. Et puis? Et puis c'est tout! Ben retrouve ses enfants, décide de faire des concessions et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. On entend plus parler des grands-parents qui ont visiblement découvert comme par magie que leur gendre était un père parfait et qu'ils n'avaient pas à intervenir après ce qui est ni plus ni moins qu'un enlèvement. Youplalère!

Voilà, tout cela vous explique pourquoi j'ai eu du mal avec ce film qui aurait pourtant pu me séduire. Parce que oui, ces personnages sont intéressants et très sympathiques, mais à trop les aimer, Matt Ross fait une erreur que n'aurait pas fait Ben Cash avec ses enfants: il les surprotège, il leur rend la vie un peu trop facile et les empêche de réellement s'envoler. C'est bien dommage!

samedi 5 novembre 2016

La loi de la jungle: Apagogie now!

©2015 RECTANGLE PRODUCTIONS – FRANCE 3 CINEMA – ORANGE STUDIO – SCOPE PICTURES – IMAV EDITIONS

Grâce au site Cinétrafic (chez qui on peut facilement s'enquérir des films de l'année prochaine), j'ai découvert en DVD le film La loi de la jungle, d'Antonin Pertejatko. J'en avais un peu entendu parler, en mal comme en bien, mais comme le simple pitch me faisais marrer, je me suis dit que ça devrait plutôt me convenir: "Marc Châtaigne, stagiaire au Ministère de la Norme, est envoyé en Guyane pour la mise aux normes européennes du chantier GUYANEIGE : première piste de ski indoor d’Amazonie destinée à relancer le tourisme en Guyane. De mésaventure en mésaventure, on lui affuble un coéquipier. Pas de chance c’est une pin-up. Pire : elle a du caractère."

Vous vous interrogez peut-être sur la signification de ce mot étrange dans mon titre. Rassurez-vous, je l'ai découvert y'a pas moins de 5 minutes sur Wikipédia (oui, je sais, un mythe s'effondre, en vrai, je ne suis pas la fille cachée de Bernard Pivot). Sachez donc que l'apagogie, mes petits amis, c'est un raisonnement par l'absurde. Et bien La Loi de Jungle, c'est exactement ça. C'est un film qui nous parle de notre petit monde tout pourri actuel en nous envoyant bivouaquer au fin fond de l'Amazonie dans une histoire complètement foutraque et délicieusement désuète.

©2015 RECTANGLE PRODUCTIONS – FRANCE 3 CINEMA – ORANGE STUDIO – SCOPE PICTURES – IMAV EDITIONS


Imaginez un monde où les gens restent stagiaires au-delà de la quarantaine, un monde où l'on construit des pistes de ski dans un endroit qui n'a jamais vu un flocon de neige, où des projets colossaux sont abandonnés avant même d'avoir commencé grâce à des actionnaires versatiles, où personne n'est compétent pour son métier, parce qu'il a été débarqué là par le hasard des décisions gouvernementales, où certaines attitudes néocolonialistes nous feraient presque penser que l'esprit OSS 117 ne s'est pas cantonné aux années 60. Ça vous paraît fou et en même temps tout à fait familier? C'est normal, c'est l'univers de La loi de la Jungle, qui ressemble comme un mauvais rêve à celui dans lequel on vit.

Sauf que le monde de ce film, il a au moins le bon goût d'être drôle, mais alors vraiment vraiment drôle. Et ça, c'était une excellente surprise à laquelle je ne m'attendais pas. J'ai ri, plusieurs fois, à gorge déployée. J'ai ri jusqu'à en avoir les yeux humides. J'ai ri jusqu'à en devoir utiliser le bouton pause de mon lecteur DVD.  J'ai ri à l'absurde, j'ai ri au burlesque, j'ai ri aux dialogues, j'ai ri un peu triste, j'ai ri au sexe impulsif, j'ai ri aux bons souvenirs. Sans pouvoir m'en empêcher, parfois contre moi-même, jusqu'à avoir mal aux joues et au ventre. Et je me suis dit que j'avais été bien idiote de le rater au cinéma.


©2015 RECTANGLE PRODUCTIONS – FRANCE 3 CINEMA – ORANGE STUDIO – SCOPE PICTURES – IMAV EDITIONS

Donc premier bon point, j'ai trouvé le film drôle et pas bête dans sa n'importenawakité. Ensuite, il faut quand même que je vous parle de cinéma, parce qu'on est quand même là pour ça. Non content d'être un scénariste vraiment original, Antonin Pertejatko est aussi un metteur en scène très inventif. C'est d'abord un excellent 'faiseur d'images", la simple scène du générique du début, nous montrant une immense statue de Marianne survolant la forêt vierge en hélico, nous en convainc très rapidement.

Dans ce film, on est sans cesse surpris, même par la mise en scène, qui participe allègrement à l'humour de ce film. D'abord il faut dire qu'il a instauré un rythme très particulier: on est sur du 22/22.5 images par seconde en tournage, soit un léger effet d'accélération sur les images et les voix, qui donne un rendu très burlesque. Ça a l'air de rien, comme ça, chez nous on a même mis un certain temps avant de s'en rendre compte, mais ça marche du tonnerre. Après, il y a une minutie dans le cadrage et la construction de plan constante, qui permet d'insérer des gags en deuxième ou troisième plan, ce que je trouve toujours assez sympatoche parce que ça me rappelle tonton Tati (et que ça m'étonnerait à peine que ce soit une influence majeure de Pertejatko). Y'a même de la facétie dans le montage, j'en veux pour preuve des jump-cuts sur Jean-Luc Bideau aussi hilarants qu'inattendus.

©2015 RECTANGLE PRODUCTIONS – FRANCE 3 CINEMA – ORANGE STUDIO – SCOPE PICTURES – IMAV EDITIONS

Et puis voilà, La loi de la Jungle c'est aussi un film qui fleure bon la comédie d'aventure made in France de L'Homme de Rio à la Chèvre, qui, s'il va plus loin dans l'absurde, a aussi une dimension réaliste assez impressionnante. Et là, on peut notamment souligner le travail des acteurs qui se sont donnés à fond. Marcher dans l'eau croupie et la boue en short? Check! Risquer sa vie dans les rapides? Check! Manger des gros vers blancs? Check! Le tout réalisé sans trucage. Et ouais, Vilama Pons et Vincent Maccaigne en aventuriers de l'extrême, ça paraissait pas évident, comme ça, ben en fait, ils sont bougrement impressionnants. D'autant plus qu'une véritable place est laissée aux éléments naturels, et que Pertejatko prend son temps pour nous montrer les merveilles ou les horreurs que recèle la jungle. Et on n'est pas ici uniquement dans le plan de coupe exotique, la nature a vraiment un rôle à jouer. Quand un serpent englouti une souris, on sent l'allégorie de notre jungle sociale à nous. La luciole posée sur l'épaule de Vimala Pons la transforme en jolie fée sylvestre.

©2015 RECTANGLE PRODUCTIONS – FRANCE 3 CINEMA – ORANGE STUDIO – SCOPE PICTURES – IMAV EDITIONS


Et puis bon, parce que je vais éviter de faire trop long, je vous jette en vrac plein d'autres raisons de voir le film:

- un casting comptant Matthieu Amalric, Pascal Légitimus et Thomas de Pourquery, c'est possible? Ben oui!
- Vimala Pons! Je ne sais pas comment on ne peut pas tomber amoureux de cette fille.
- Un BO comptant Kosma, Rameau et Jean-Michel Jarre, c'est possible? Ben oui!
- Le ministère de la norme
- Une bagarre à la Hill/Spencer
- Les personnages principaux s'appellent Châtaigne et Tarzan
- Des répliques cultes ("Saloperie de nature!")


Le DVD

Sorti le 18 octobre 2016 et édité par Diaphana, ce DVD présente dans l'ensemble, une belle qualité d'image et de son. Encore une fois, ne cherchez pas de réglage si tout est un peu accéléré: c'est fait exprès!

Des bonus très sympas:
- Documentaire court sur le tournage/making off: où l'on découvre avec fascination que Vimala Pons peut manger des vers, et ce sur plusieurs prises et que la productrice du film n'a peur de rien.
- Un bestiaire: parce que oui, on voit plein de bébètes dans le film qu'on sait pas comment elles s'appellent. Ben maintenant, on sait!
- La bande annonce: bonus classique, mais qu'on est quand même content d'avoir
- Des scènes coupées, qui sont tout de même sympas.












jeudi 27 octobre 2016

Le Cinéclub de Potzina: The Nanny: l'anti-Poppins


Pour le ciné-club de Potzina de ce mois-ci, hébergé par le blog La Chambre rose et noire avait ce mois-ci pour thème halloweenien "Horreur". Autant vous dire que pour moi, c'était du pain maudit, et que je ne me suis pas fait invoquée bien longtemps pour chercher le film adéquat.

Pour rappel, le ciné-club de Potzina, c'est un ciné-club entre bloggueurs avec, tous les mois un bloggueur qui héberge l'évènement et propose un thème pour lequel chaque bloggueur peut proposer un film.  Pour plus d'infos et pour participer, n'hésitez pas à vous rendre sur notre groupe Facebook, on a envie de voir plein de propositions de films fleurir sur la blogosphère...

Comme je le disais, je me suis tout de suite attelée à trouver le bon film. J'en avais de nombreux en tête, mais j'ai décidé de me diriger vers un film un peu moins récent et un peu moins connu, que j'ai trouvé tout à fait adapté à un petit lundi soir d'Halloween très classique, sous les plaids, avec un chocolat chaud, allumé à la réverbération de l'écran en noir et blanc, pour frissonner de plaisir devant une des plus grandes dame du cinéma, Madâaame Bette Davis. Le film que je vous propose, c'est The Nanny (Confessions à un cadavre, dans le pauvre titre français), une production Hammer réalisé par le britannique Seth Holt en 1965.



Le film commence ainsi: Le jeune Joey revient dans sa famille d'un pensionnat apparemment spécial. On ne peut pas dire que l'ambiance soit au beau fixe: Papa passe son temps à bosser et à fumer des cigares, ayant assez peu de temps à consacrer à son fils, Maman est en totale dépression et passe ses journées à pleurer et à prendre des somnifères. De plus, Joey a un sens de l'humour particulièrement morbide et semble avoir une sacrée dent contre la nurse de la famille, "Nanny", qui fait pourtant tout pour le mettre à l'aise... Ca cache quelque chose...

Avant tout, petit avertissement: si vous vous attendez à de l'hémoglobine, des zombies, des vampires et de la rigolade, détrompez-vous. Là, pas d'effet grand-guignolesques, pas de caméra qui tremble, pas de jump-scare et de de long cheveux mouillés qui trainent. Non, ici, on entre au cœur de l'angoisse, aux tréfonds de l'horreur, au supercore de l'épouvante: dans l'ignominie de la psychée humaine. Oubliez Dracula, oubliez la créature de Frankenstein, oubliez les piranhas et Freddy Krueger. Rien de fantastique ici, que du possible, que du probable et c'est bien ça qui fait le plus peur.

Entre Joey l'enfant un peu diabolique et la glaçante Nanny, on ne sait lequel des deux est le plus à craindre. Nous voilà enfermés dans cette famille anxiogène et endeuillée et on ne se sent pas du tout, mais alors pas du tout en sécurité. On cherche partout un peu d'air frais, une baisse de tension, une petite pause, mais c'est peine perdue. Vous avez déjà vécue une réunion de famille ultra glauque où chacun regarde son assiette et rumine contre son voisin? Ben dites-vous bien que c'était la famille Ingalls à côté de celle-là. La tension domestique est palpable dans chaque parole, mais surtout dans chaque silence, dans chaque geste fait, mais surtout dans chaque geste réprimé, dans chaque regard dirigé, mais surtout dans chaque regard évité.



Et c'est de là que vient la peur, dans le fait qu'au sein-même du foyer, de l'endroit qui devrait être le plus rassurant au monde, la mort, le crime et les secrets rodent. Et l'on comprend très vite que la mort a déjà frappé cette maison bourgeoise et parfaite en apparence, et qu'elle s'est attaqué à un enfant. On voit alors combien cette famille est bancale: des parents incapables de protéger leur progéniture, une nurse dont l'emprise sur la maison est sourde mais implacable, un gosse inquiétant qu'il semble bien difficile d'apaiser. L'épouvante s'installe là, dans les repères perdus, dans l'inconsistance de la seule chose qu'on pense acquise: la sécurité et la douceur du foyer. Au dessus de tout ça, probablement la plus grande des peur primale, et la plus déchirante: celle de l'abandon. Quand je vous disais que ça fait pas rigoler!

Sinon, à la réalisation, c'est Seth Holt, et on sent bien qu'on est dans le milieu des années 60, qui osent tout: des plans audacieux, des effets visuels psychédéliques, qui donnent un bon coup de peps à une histoire qui fleure bon le classique gothique (après tout, on est chez la Hammer): on pense notamment beaucoup à l'indétronâble Tour d'Ecrou d'Henri James, dont Les Innocents en est sans doute la plus belle adaptation, et un peu aussi à The Servant de Joseph Losey, réalisé un an plutôt. On fait voler en éclat la bonne famille british et bourgeoise, et ça craque de partout.

Et là où on se fait plaisir, c'est vraiment sur l'interprétation. Wendy Craig (qui jouait déjà une bourgeoise dans The Servant, tiens-donc...) est une mère sous prozac parfaitement insupportable de passivité, Jill Bennet tient parfaitement son office de Scream Queen, et le jeune William Dix apporte à son rôle toute la duplicité nécessaire à nous faire douter de lui. Et puis, il y a Bette Davis: la voix aigüe et éraillée de Bette Davis, les grands yeux de Bette Davis (et maintenant, vous avez la chanson de Kim Carnes dans la tête pour la journée, mouhahah), la douceur, la fragilité, l'intransigeance et la grandeur de Miss Bette Davis qui bouffent tout le film. Elle est (et elle l'est toujours) magistrale.

Alors cet Halloween, laissez tomber Joséphine, la MacPhee et Mary Poppins, et confiez les enfants à The Nanny, ils ne vous remercieront pas...






lundi 24 octobre 2016

Vies brûlées: el tango de la muerte



Les Editions Outplay, spécialisés dans le cinéma LGBT mais pas que m'ont fait la surprise (et l'honneur) de me faire parvenir 2 DVDs récemment sortis. Parmi eux, Vies brûlées, un film sorti en 2001 de Marcelo Pineyro.

Comme je le disais, ce film était plutôt une surprise. Je n'en avais jamais entendu parler et au vu de l'affiche et du synopsis, je ne savais pas trop à quoi m'attendre. D'un côté, certains éléments m'attiraient: un drame de gangsters amoureux, qui se passe dans les années 60, avec Edouardo Noriega dans sa période la plus graou. De l'autre, d'autres m'interrogeaient: d'abord une méconnaissance totale des faits dont ils sont inspirés, qui sont apparemment assez célèbres en Amérique du Sud, de l'histoire de l'Argentine et de l'Uruguay (où l'histoire se déroule), un montage photo sur la couverture que je trouvais un peu raté (un baiser entre les deux héros, très caliente il est vrai, qu'on retrouve dans une des scènes du film, mais agrémenté de flammes photoshoppées que je ne trouvais pas d'un raffinement extrême). Mais je sais bien qu'on ne doit jamais juger d'un piment par sa couleur, alors je me suis lancée dedans.



Parlons déjà de l'histoire. C'est d'abord celle d'une rencontre entre deux hommes Angel et Nene. Dans le gangsta du Buenos Aires de 1965, on les appelle "les jumeaux". C'est pas qu'ils se ressemblent: Angel est un garçon un peu fêlé qui entend des voix, taciturne et tourmenté et Angel est un séducteur ambigû et manipulateur. Mais on ne voit jamais l'un sans l'autre, et ils aiment travailler de concert. Ce que l'on sait moins, c'est qu'ils sont également amants. Un jour, ils sont mis sur un gros coup avec un jeune loup, Cuervo. Mais tout ne se passe pas comme prévu, et ils se voient obligés de se planquer à Montevideo en Uruguay en attendant les consignes du grand patron: l'attente va exacerber toutes les passions.

On est donc bien là dans 2 thèmes classiques du cinéma. D'un côté, on retrouve les amants criminels à la Bonnie and Clyde, ce qui permet de juxtaposer amour et violence, donc traiter souvent de la passion. On connait ça par cœur, et on sait déjà comment ça va finir, mais il y a toujours quelque chose de très romantique dans la traque de deux personnes qui s'aiment, aux abois et qui savent qu'il ne leur reste peut être pas beaucoup de temps. Repensez à la Ballade sauvage, à Tueurs nés, à Thelma et Louise, à Sailor et Lula. Les héros ont beau être parfois atroces, leur amour fou fait qu'on est quand même prêt à les suivre et à s'y identifier. Ici, ça fonctionne plutôt bien. L'histoire d'amour entre Nene et Angel est très crédible, notamment grâce aux acteurs qui s'investissent vraiment. Edouardo Noriega, qui joue Angel, est très intense dans ce rôle d'amoureux transi et fragile. Leonardo Sbariglia, dans un rôle plus complexe, parce plus difficile à aimer, s'en sort vraiment très bien. Il arrive à donner une profondeur à un rôle qui en manque peut être un peu à l'écriture, et son registre n'est vraiment pas évident, parce qu'il faut bien le dire, Nene est une personnalité difficilement palpable, fuyante, et pas vraiment sympathique. Sbaraglia, parvient tout de même à lui apporter de l'épaisseur et de l'humanité par sa simple interprétation, et son travail est vraiment à saluer.

Mais c'est vrai qu'il existe pour moi un problème dans l'écriture des personnages qui restent un peu en surface. Nene et ses motivations sont difficiles à comprendre, et le récit ne fait rien pour nous y aider, Angel est un peu caricatural, Cuervo et sa petite amie, Vivi restent à une seule dimension. Seul le personnage de Giselle, qui arrive à peu près au milieu du film semble vraiment porter une ambivalence touchante, des contradictions qui se justifient. Il a pourtant beaucoup moins de temps que les autres pour se développer, mais je crois que c'est également à ajouter au crédit de l'actrice qui interprète le rôle, Leticia Bredice, qui est fascinante à observer.

Donc petit bémol sur l'écriture des personnage dans le scénario, mais il faut dire qu'il évite tout de même les écueils du biopic en se basant sur un fait divers célèbre et particulièrement sanglant pour l'époque. Il a le bon goût de choisir un angle et un espace temporel bien défini.

L'autre thème abordé ici, et qui fonctionne très bien au cinéma, c'est celui de l'attente. Ici, la très bonne idée du scénario est de mettre ses personnages dans cette position d'animal traqué, enfermé et tournant en rond, jusqu'au moment où cela doit forcément imploser. Personnellement, c'est le genre de situation que j'aime beaucoup, dramatiquement très efficace, qui permet de faire doucement monter la tension, mais aussi de lancer quelques échappées poétiques. Et ici c'est assez réussi (si vous voulez voir un monument du genre, ruez-vous sur Sonatine de Takeshi Kitano) .



Je suis assez enthousiaste sur la mise en scène et la photographie. J'aime beaucoup les tons choisis pour ce film, qui tirent un peu vers le vert, qui m'a fait irrémédiablement penser à Wong Kar Wai, et en particulier au magistral Happy together. Même que ça m'étonnerait  pas des masses que ça en soit un peu inspiré, vu le nombre de points communs: une belle histoire d'amour entre 2 homme singuliers, l'exil, l'attente et l'enfermement en espace clos, une scène d'anthologie sous une pluie diluvienne (grand motif WKW s'il en est), cette lumière très particulière, et bien évidemment, l'Argentine et le tango.

Puisqu'on parle de tango, parlons de la bande originale, que j'ai trouvée particulièrement efficace: du tango, bien évidemment, pour souligner l'amour passionnel d'Angel et Nene, des ritournelles italiennes pour El Cuervo, dont le modèle est Vittorio Gassman, du yéyé espagnol. La musique nous permet une belle insertion dans l'Amérique du sud des années 60 et est utilisée à bon escient de manière dramatique.

Enfin, je trouve que Marcelo Pineyro trouve toujours la bonne distance pour filmer ses personnages et les situations: les scènes d'action sont très rythmées, et compréhensibles (parfois, j'ai tendance à me perdre dans le montage de certaines scènes d'action, ici, ça n'a pas été le cas). Les scènes de sexe sont très sensuelles, très calliente mais il n'y a rien de trop graphique. Surtout, elles nous permettent d'appréhender les personnages, et l'on sent qu'il y a des ces moments-là l'expression de sentiments qui sont réprimés ailleurs, des échanges entre eux qui ne peuvent pas se dire. Je les ai trouvées assez réussies.



Dans l'ensemble, j'ai donc été ravie de recevoir ce DVD, d'autant plus que les bonus sont très intéressants: un making off qui permet d'en apprendre beaucoup sur le tournage du film, le travail de préparation des acteurs, la volonté de Pineyro. On y trouve aussi une vidéo de tournage sur une des scènes les plus impressionnantes du film (le braquage) et une large sélection de bandes-annonces. L'occasion donc, pour moi, de remercier Outplay pour sa confiance.

PS: Vous ne savez pas ce que c'est que le tango de la muerte? Fan des Simpson et de Baz Luhrmann, réjouissez-vous!

















vendredi 23 septembre 2016

Le ciné-club de Potzina: The Fog, Péril dans la brume

Ce mois-ci c'est le très chouette blog The Movie Freak qui héberge le ciné-club de Potzina (tu sais pas ce que c'est que ce ciné-club de Potzina? Viens voir par). Et pour la rentrée, il a proposé un thème très inspirant: "Une question de temps".  Mon cerveau s'est mis à turbiner à mort, et j'avais plein d'idées de film en tête. J'ai commencer à penser aux films de voyages dans le temps, ou de dysfonctionnements temporels, mais j'avais déjà fait un mini-article en début du blog sur mon comfort-film, mon film-doudou, Un jour sans fin. Et puis j'ai pensé que le temps, c'était aussi le temps météorologique. Et là, en regardant le ciel se couvrir par la fenêtre et le soleil se rabougrir derrière, un film s'est imposé comme une évidence, et surtout comme une excellente excuse pour m'offrir un nouveau blu-ray: The Fog, de notre bon vieux John Carpenter, qui, en plus de se baser sur un évènement météorologique bien pourri, se trouve également jouer avec des phénomènes temporels. Bingo!



Nous allons donc à Antonio Bay, en Californie du Nord, un bucolique petit village de pécheurs. Dès les premières secondes, oncle Johnny a trouvé le truc pour me séduire tout de suite et m'embarquer à bord: il me raconte une histoire. Je suis comme ça, moi, depuis ma plus tendre enfance, j'y suis accro: j'aime qu'on me raconte des histoires. Et là, c'est un vieux matelot qui s'y colle autour d'un feu de camp où l'on vient rejoindre une bande de gamins avides de récits terrifiques: on apprend que cette bonne vieille bourgade d'Antonio Bay, qui s'apprête à fêter son centenaire, serait frappé d'une malédiction suite au terrible naufrage qui est à la base de sa constitution. Mmmh, une bonne histoire de marins et de mauvais sort, comment refuser de continuer?



Voilà, vous êtes donc prévenus: derrière les jolies maisons colorées, les festivités municipales, les ritournelles de la radio locale et le ciel bleu pointe une menace terrible et on va voir le sort s'abattre sur ce charmant village. Il va venir sous la forme d'un brouillard épais et étincelant, qui va semer la terreur sur son passage.

Beaucoup ont tendance à penser que The Fog est un film tout à fait mineur de John Carpenter. En ce qui me concerne, et malgré l'absence de Kurt Russel, c'est un de ceux pour lesquels j'ai le plus d'affection. Alors oui, il a quelques failles: il est complètement fauché, et n'a donc pas les effets spéciaux de dingues d'un The Thing. Il n'a pas non plus le scénario resserré d'un Assaut, car si huis-clos il y a, c'est sur tout un village. Mais vous allez voir, il y a au moins 3 bonnes raisons de (re)découvrir ce formidable film fantastique.

1. Du fantastique boosté à l'œstrogène

On a souvent l'habitude de dire que Carpenter fait des films très testostéronés. Alors c'est vrai que si l'on s'intéresse aux films suscités, y'a pas vraiment beaucoup de femmes. Pourtant, s'il reste fidèle aux films de genre, on oublie souvent les films où il a fait la part belle aux personnages féminins de qualité comme Ghosts of Mars ou même Halloween. The Fog est résolument de ceux-là, et passe le test Bechdel haut le crochet.

On a effectivement trois personnages féminins majeurs, trois personnages féminins qui tiennent des rôles narratifs qu'on a l'habitude de donner à des hommes, et qui en plus sont interprétés par des actrices très charismatiques. Petit coup de projecteur sur ce triumvirat de choc:

- Stevie Wayne, la lanceuse d'alerte. Stevie Wayne est la directrice et l'animatrice vedette de la station radio locale qui émet depuis le phare d'Antonio Bay. C'est donc une femme entre 35 et 45 ans, une mère de famille, une entrepreneuse et la voix d'Antonio Bay. Ca fait plaisir de voir un tel personnage, une femme sans love interest, qui, immobilisée dans son phare-donjon à l'avant-poste, tente de protéger la ville (et son fils) du brouillard meurtrier. Et en plus, c'est la belle Adrienne Barbeau (à l'époque Mme Carpenter) qui interprète la protagoniste, une femme droite dans ses boots à talons et courageuse, qui n'hésite pas à affronter seule le danger.



- Elisabeth Solley, l'aventurière. C'est une fille à papa qui a décidé de tout plaquer pour vivre sa vie au gré du vent et des hasards de l'autostop. Elle débarque juste à point à Antonio Bay pour rencontrer le beau loup de mer Nick Castle et enquêter sur la disparition mystérieuse de marins. Ca aussi, ça fait plaisir: au lieu d'avoir le bon vieux aventurier qui arrive pour sauver la ville et en débaucher la plus jolie fille avant de repartir pour de nouvelles aventures, on nous donne rien moins que Jamie Lee Curtis en baroudeuse à la recherche de sensations fortes.



- Kathy Williams, la femme de pouvoir. Accompagnée de son assistante, elle est en charge des festivités du centenaire de la ville et de la petite communauté qui l'habite. Elle aussi va enquêter de son côté sur les mystérieux évènements liés au brouillard. Et dans le rôle de cette vénérable dame, la non moins vénérable Janet Leigh, qui vient rejoindre sa fifille dans le casting de ce film.



Notons par ailleurs que le scénario est coécrit par la complice de toujours d'Oncle Johnny, qui produit également le film, Debra Hill, alors qu'on vienne pas me dire que le fantastique, c'est uniquement un truc de mecs!


2. Le classique, c'est indémodable

C'est une des choses que je préfère dans ce film. Le fait d'avoir resserré l'intrigue fantastique sur cette petit village de la côte américaine lui confère une atmosphère très particulière. On pense tout de suite au grands Maîtres de la littérature horrifique américaine qu'on aime. Le décor évoque immédiatement le Maine cher à Stephen King, et l'histoire des fantômes vengeurs qui viennent se venger des méfaits du passé bien maquillés dans l'histoire patriotique américaine nous rappelle ses obsessions. Et puis il y a cette moiteur, ce froid, cette ambiance putride, cette idée que l'enfer sur terre est dans la mer qui nous renvoie directement à Lovecraft. Et il y a bien évidemment cette histoire de revenants et cette ironie qu'on retrouve chez Edgar Allan Poe cité dès l'ouverture du film. "All that we see is but a dream within a dream" (Bon, en même temps, avec un tel brouillard, on voit quand même pas grand chose).

On est donc bien dans l'atmosphère de l'horreur classique américaine, voire du roman gothique anglais, comme au coin d'un feu une froide nuit de novembre: du brouillard, des fantômes du passé qui viennent hanter une ville maudite, un phare qui brille dans la nuit, c'est peut être pas super original, mais ça fonctionne toujours très bien pour faire remonter un frisson d'angoisse le long de notre colonne vertébrale.

3. Less is more
Budget: 1 000 000 de dollars. Temps de tournage: 30 jours. Avec de telles contraintes, ce film est à mon avis une véritable réussite.
D'abord parce qu'on a pas besoin d'une abondance d'effets spéciaux pour que ça marche (en parlant d'effet spéciaux, notons que le nom du météorologue dans le film est Dan O'Bannon, hommage au grand spécialiste de la discipline). On travaille surtout sur l'ambiance, les phénomènes étranges et les récits parallèles des différents personnages qui en font une sorte de film-chorale catastrophe et fantastique. Et à mon avis, ça marche complètement. Comme pour la bande original du film made in le Bontempi de Carpenter (comme souvent), c'est minimaliste, mais efficace. Et si l'on peut tiquer sur des incohérences, on ne s'ennuie pas une seconde.
Pour moi, ce film est véritablement une sorte de conte, il a quelque chose d'intemporel et de merveilleux, et joue sur des peurs primales, ce qui est parfaitement efficace en ce qui me concerne: la peur de l'isolement, de la cécité, de la nuit et du brouillard, et celle du mal qui engendre le mal, de la faute qui fait naître la malédiction. Le parfait petit film pour commencer l'automne....



Merci à The Movie Freak pour ce chouette thème. N'hésitez pas à nous rejoindre si ce thème vous inspire jusqu'au 30 septembre, ou plus tard si vous souhaitez lancez votre propre thème: nous avons besoin de nouveaux membres-bloggueurs pour héberger les futurs Ciné-club, vous êtes les bienvenus!



mercredi 21 septembre 2016

Le livre de la jungle: sauvage et vintage



Grâce au site Cinétrafic, j'ai eu la surprise de découvrir le film Le Livre de la jungle, qui sort en DVD. Alors pour couper court directement aux interrogations, on ne parle pas ici du dessin animé de Walt Disney (dont je suis une fan absolue, c'est sans conteste mon Disney préféré). On ne parle pas non plus film récent de Jon Favreau. Et on ne parle pas non plus la version de 1995, avec le musculeux Jason Scott Lee et la toute jeune Lena Headey (ouais, Cersei!).

Le livre de la jungle dont on va parler aujourd'hui, c'est le tout premier, celui de 1942, de Zoltan Korda, avec la jeune superstar indienne Sabu. Un classique donc, que je n'avais toujours pas vu, et ce DVD est bel et bien arrivé pour me permettre de parfaire ma culture cinématographique.



Remettons d'abord le film dans son contexte. En 1942, les frères Korda (Zoltan et Alexander) décident de produire une adaptation (pas tout à fait fidèle) du roman de Rudyard Kipling avec, en vedette, leur jeune révélation: l'acteur indien Sabu, leur atout charme et exotisme. Il faut dire que suite au succès du voleur de Bagdad, ce dernier récolte une certaine célébrité et les frères Korda trouvent dans Le livre de la Jungle le personnage parfait pour mettre en avant leur poulain. Parce que Sabu, fils d'un monteur d'éléphants, est très à l'aise avec les animaux. Parce que le rôle de Mowgli, l'enfant sauvage, est parfait pour mettre en valeur le physique très avantageux du jeune éphèbe qui n'est pas très pudique. Parce qu'il est indien, comme le personnage et que pour une fois, on n'est pas obligé de le maquiller (et oui, c'est les années 40, hein). Avec le Voleur de Bagdad, ils avaient déjà pu constater que le film à grand spectacle (ils avaient quand même eu les faveurs du génie des effets spéciaux Ray Harryhausen) et à tendance orientaliste était en vogue. C'était donc le succès assuré. Et ça l'a plutôt été, le film a même été nommé pour 4 oscars.

Qu'en est-il alors aujourd'hui? Alors c'est vrai, on doit bien dire que certaines choses n'ont pas bien vieilli du tout. En premier lieu, le casting qui, à l'exception de Sabu, n'est absolument pas indien, et tartiné au terra-cotta pour faire couleur locale. Alors oui, c'est complètement inhérent à l'époque, mais ça ne passe plus bien du tout, surtout si cela s'ajoute à une vision assez coloniale des Indes Britanniques (l'Inde ne sera indépendante que 5 ans plus tard) où une jeune femme britannique va être l'auditrice du vieux conteur Bulldeo qui va lui narrer les aventures de Mowgli le petit d'hommes. Mais avouons-le tout net: pour l'époque, il y a quand même bien pire. Le livre de la jungle a tout de même le mérite d'avoir un Indien dans le rôle principal et de proposer une morale poussant au respect de la nature.
Parmi les autres aspects très 40's du film, il y a l'insertion d'images d'archive. Parce qu'il est bien clair que tout se passe en studio et lorsqu'on voit dans différents plans à la fois la savane et la jungle et divers animaux, on comprend rapidos qu'il y a eu du pillage de docu animalier. Heureusement que le film possède aussi une véritable ménagerie en studio, parce que c'est parfois à la limite du ridicule.

Autre élément très vintage mais que personnellement, j'adore: les décors peints. Le film a en grande partie été tourné en studio. Du coup, pour figurer la perspective luxuriante de la jungle, on a fait appel à des décors peints en fond. Et ils sont tout simplement sublimes: colorés, délirants, ils donnent une véritable dimension féérique à ce joli conte. Vraiment, loin d'être ridicules ou dépassés, ils confèrent une dimension poétique que je trouve bien supérieure à de nombreuses compositions numériques de décor qui sont aujourd'hui parfois assez dégueulasses. Ils m'ont complètement séduite, d'autant qu'ils sont mis en valeur par un somptueux technicolor qui éclabousse joyeusement l'œil.



En dehors de cela, le film a un véritable charme enchanteur, qui tient plus à son atmosphère qu'à son histoire. Faut dire que le scénario est assez éloigné du livre d'origine pour se baser surtout sur le retour parmi les hommes de Mowgli, et la leçon de la jungle qu'il va apporter une communauté vérolée par l'appât du gain. C'est plutôt une bonne idée en soi, parce que les scènes avec les animaux sont difficiles à faire sur tout un film, c'est donc compréhensible de confronter plus Mowgli à ses pairs humains, mais le scénario comporte quelques faiblesses de rythme malheureusement.

Pour autant, les scènes dans la jungle avec les animaux sont clairement les plus réussies. Et effectivement, Sabu y est pour beaucoup. Il a une telle aisance à jouer avec les animaux qu'on croirait vraiment qu'ils conversent ensemble, il tient parfaitement le film sur ses jeunes épaules. Les animaux, eux, sont tous formidables, qu'il soient réels (Bagheera ou les loups) ou animés (le joli Kaa) s'intègrent parfaitement au récit, parlent sans qu'on en soit même surpris, et on se prend au jeu, tout à l'envoûtement de cette jungle féérique où homme et animaux cohabitent en symbiose avec la nature.



Le DVD

N'ayant reçu qu'une copie du DVD de distribution, il m'est difficile d'évaluer à sa juste valeur le DVD édité par Elephant classic films et sorti le 9 avril 2016. Je peux dire en tous cas que l'image est assez belle et met parfaitement en valeur le travail de restauration de ce film, dont les couleurs sont éclatantes.
En bonus, la bande annonce et un court-métrage documentaire sur Sabu qui promettait d'être assez intéressant, mais que je n'ai pu regarder jusqu'au bout, le DVD étant défectueux à cet endroit. C'est le genre de bonus que j'aime bien, notamment lorsqu'on parle de "cinéma classique". Cela permet de bien remettre le film dans son contexte et d'en comprendre l'impact à l'époque, mais ça repait aussi mon petit côté midinette, qui aime bien en savoir un peu plus sur les people des temps passés.

Si après ça, vous voulez revenir aux films d'animation ou autres productions Disney, vous trouverez sûrement votre bonheur en suivant ces liens.