pelloche

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lundi 10 août 2015

Nos futurs, à la recherche du temps perdu



Je n'évoque pas fréquemment Proust. Mais là, le titre me semblait tout à fait adapté. Aussi bien au thème du film (un trentenaire patron de banque, le lendemain arrosé de son anniversaire, décide de renouer avec son ancien meilleur copain et son passé), qu'à mon état en sortant (où sont passées ces 97 minutes que je ne retrouverai jamais?)

Donc voilà, petit résumé en quelques minutes.  Yann Querbec (Pierre Rochefort) semble tout avoir pour être heureux: il est patron d'une banque, est mariée à la superbe Estelle (Mélanie Bernier) et pour son anniversaire, on vient de lui offrir un magnifique fauteuil qui ressemble à une machine à voyager dans le temps (wink wink). Mais en vrai, il est malheureux, il est tout coinços, il a pas de copains, il a pas d'enfant et son sous-fifre fait rien qu'à draguer sa meuf. Alors il décide de rappeler Thomas (Pio Marmai) son poto d'enfance, qui n'a pas décollé depuis les années 90 (ou 2000, ça reste très flou) et est resté bloqué dans sa chambre pourrie d'ado, à fumer des bédos au Darjeeling, en buvant du Clos du Cigalou. Décidé à briser le sort qui retient son unique pote dans le temps de l'amour, le temps des copains et de l'aventure, il se décide à contacter tous les anciens du lycée pour reconstituer la super nouba de ses 18 ans.

Alors voilà, j'ai passé une très très longue séance, et je me suis même fait une petite crise de boulimie après (je suis comme ça, m'ennuyer au cinéma, ça me donne envie de pizza, de beaucoup de pizza pour compenser, et d'un gros film d'action). Ce pour plusieurs raisons.

Je vous ai déjà parlé du syndrome "Arrêtez vos salades, commissaire", très chouette article sur ce qu'il y a de pourri dans le royaume des dialogues français. Et ben là, on est souvent en plein dedans. On prononce tous les "ne pas", et c'est blindés de répliques qui sonnent faux, à quelques exceptions qui peuvent être des perles (j'avoue que la réplique de Camille Cottin sur les couches de vomi m'a réveillée de ma torpeur par un rire tonitruant qui m'a moi-même surprise). Mais c'est encore pire quand c'est Pierre Rochefort qui parle. Ce type est totalement amorphe, il ânonne douloureusement son texte, au point qu'on préférerait parfois être devant un concours de récitation de CM2 parce que les gamins, au moins, sont mignons. Alors oui, il joue un type désenchanté, qui a perdu la capacité d'exprimer ses émotions, tout ça, tout ça. Mais c'est pas une raison pour sous-jouer à ce point. Parce que si en plus d'avoir un personnage principal assez peu aimable (par moi, en tous cas), on a un acteur peu performant, ça part quand même très mal.



C'est d'autant plus dommage qu'il est très bien entouré. Pio Marmai essaie tant bien que mal de tenir le film à bout de bras en campant un ado attardé assez convaincant et Kyan Khojandi, Zabou Breitman et Camille Cottin parviennent à assurer quelques rires, par leur simple personnalité. Mélanie Bernier est ravissante et se débrouille comme elle peut avec des dialogues un peu factices pour apporter de l'émotion. Sans ces comédiens assez formidables, j'aurai quitté la salle très rapidement.

En ce qui concerne le genre du film, cela se veut entre la comédie et le drame. Mais pour moi, cela ne réussit aucun des deux, par la faute de l'écriture maladroite et du personnage principal. Mais je pense également que si l'on avait, par une écriture plus drôle, plus dynamique et plus osée, on aurait pu en contrepartie avoir une émotion plus grande. Mais la frilosité du scénario, qui hésite souvent à y aller à fond dans le registre comique, fait qu'on est souvent situé dans l'entre-deux, le tiède: quand on commence à se sentir prêt à rire avec les personnages, on introduit une scène dramatique qui nous refroidit, et finalement on ne peut vraiment atteindre de vraies émotions, trop occupés que nous sommes à nous recentrer à chaque fois. C'est dommage.

Autre problème, j'ai toujours eu un peu de mal avec les approximations, alors quand je vois des détails qui me semblent invraisemblables (et je les remarque vite quand je m'ennuie) ça peut me déranger... En vrac:
- De la Zubrawska à une fête de gamins de troisième. Sérieux? Quel gamin de troisième revient à une fête avec une bouteille de ce type?  Et ça n'inquiète visiblement pas le père présent à la fête????
- Le mec, non seulement, est patron de banque à 30 ans. Mais son père l'était au même âge... Ca fait quand même beaucoup...
- Un patron de banque invite ses employés à une fiesta chez lui pour son anniversaire...Normal, quoi! Qui n'a jamais été invité par son grand patron, à son domicile, pour lui fêter ses 30 ans?
- On peut faire le tour de la France en scooter en très peu de temps.
- Y'a du vin tellement pas bon qu'on peut trouver des offres 2 bouteilles achetées, 4 offertes.

Bon, là, ceux qui ont vu le film vont dire que je suis de mauvaise foi, et ils auront raison. Mais pour que je vous en dise plus, il va falloir que je spoile un peu le film, donc vous êtes prévenus. Si vous voulez le voir, ne lisez pas plus loin.



Ma plus grosse déception est là. J'ai compris au bout de 20 minutes comment le film allait se terminer (en tous cas ce qu'il advient de Thomas). Et une fois que je l'ai compris, Nos futurs n'a plus eu aucun intérêt pour moi. Je n'ai fait qu'attendre que ce qui devait arriver arrive, et puis c'est tout. On n'a plus qu'à ronger son frein d'ici là, et à toutes les allusions au "truc", on a envie de dire "c'est bon, j'ai compris, avance, viiiiiite!". C'est toujours le problème de ce genre de film à chute. Mais bon, après discussion avec d'autres spectateurs après le film, si comme moi, certains ont deviné rapidement, d'autres sont passé à côté et ont été surpris par la fin. Donc je dirais que si vous avez l'habitude d'essayer de deviner la fin des films en étant attentif aux indices semés plus ou moins discrètement, vous risquez de vite trépigner.

Mais en plus de tout ça, on a osé nous faire ce que je déteste le plus dans l'écriture de scénario, le deus ex machina le plus fainéant possible, qui me donne envie de me lever de mon siège et d'hurler à l'escroquerie, le fameux et très imitable "Mais tout ceci n'était qu'un rêve". Pour moi, c'est le truc rédhibitoire d'un scénario. Mais c'est la seule chose qui, à mon sens, peut justifier les trucs bizarroïdes que j'ai évoqué plus tôt.

Voilà, si vous êtes arrivés jusque là, vous en savez peut être trop pour avoir envie d'aller voir le film et je vous l'ai peut être gâté à l'avance. Mais c'était à vos risques et périls, je vous avais prévenu. Et si vous décidez d'aller voir le film, je dirais que c'est la même chose...


lundi 3 août 2015

Les biopics bof

Au cours de ce premier semestre, j'ai vu quelques biopics, au ciné ou sur petit écran. Je n'en ai pour l'instant rien écrit, tout simplement parce que je n'avais pas assez à dire sur chacun d'eux. Mais je me suis rendue compte qu'au final, ils partageaient pas mal de points communs, en particulier celui d'avoir suscité chez moi cette réaction molle, ou plutôt cette absence de réaction qui se traduit souvent par un "mouaif" ou un "bof". Du coup, mis bout à bout, je me suis dit que j'avais assez pour rédiger quelque chose.

Je ne sais pas si c'est lié au genre, mais c'est bien possible, parce que je suis souvent rendue compte que les biopics avaient tendance à suivre les mêmes schémas (du type ascension, apogée, déclin, rédemption), mais aussi qu'ils s'étalaient souvent sur une période de temps trop longue à mon goût. Autre faille que beaucoup d'entre eux partagent: un manque de choix dans l'angle pour traiter leur sujet, qui rend souvent le film, comment dire.... mou du genou et insipide.

Imitation game, Morten Tyldum


Pourquoi j'ai voulu le voir: La première raison, c'était l'histoire d'Alan Turing, un personnage absolument fascinant, qui réussit à décoder Enigma durant la seconde guerre mondiale. La deuxième raison, c'est Benedict Cumberbatch (say no more...)

Pourquoi j'aurais pu éviter: En 114 minutes, le film veut beaucoup trop en raconter: le défi scientifique du décodage d'Enigma, les histoires d'espionnage/contre-espionnage, le génie de Turing, ses difficultés relationnelles, son homosexualité, sa déchéance finale et l'ingratitude du Royaume Uni à son égard, son amitié avec Joan Clarke, l'intelligence et le soutien de celle-ci, les dilemmes moraux, son amour de jeunesse. Chaque sujet, en soi, était passionnant. Mais comme Morten Tyldum se refuse à choisir un angle précis par lequel attraper son sujet, ils ne sont tous qu'à peine évoqués. C'est dommage, parce qu'on tenait là un sujet en or. Mais ici, les différentes parties de la personnalité de Turing sont si nombreuses qu'elles ne peuvent être qu'effleurées, et on passe en surface de ce qui aurait pu être un grand film. En comparaison, Un homme d'exception était bien plus intéressant.

Pourquoi c'est pas si pire: Les acteurs sont plutôt bons, même Keira Knightley, qui est ici plutôt sobre. Le montage alterné apporte un peu de rythme au film qui serait sinon assez soporifique. Les images sont belles, la reconstitution de l'Angleterre sous le Blitz est très émouvante, la réalisation est certes classique, mais léchée. Ca se laisse regarder.


A dangerous Method, David Cronenberg



Pourquoi j'ai voulu le voir: David Cronenberg

Pourquoi j'aurais pu éviter: En 93 minutes, non pas une mais trois biographies croisées: celle de Freud, celle de Jung et celle de Sabina Spielrein, les rapports médecin/patient, maître/élève puis S/M entre Jung et Spielrein, les rapports père/enfant, maître/disciples entre Freud et Jung, leurs séparations respectives, leurs pulsions, leurs visions de la psychanalyse, la légende en création, l'histoire en marche. Pareil. Un film sur les rapports entre deux personnages par exemple, aurait été largement suffisant. Mais ici, en refusant de choisir un angle d'attaque précis, Cronenberg ne finit par raconter que des platitudes, rendant insipides les conflits intellectuels autant que les drames passionnels qui devraient pourtant nous emporter. Keira Knightley a beau en faire des tonnes et multiplier les ouvertures de bouches, Fassbinder et Mortensen ont beau lustrer leur moustache, les trois ont beau tenter de contrefaire des accents plus ridicules les uns que les autres, on s'ennuie.

Pourquoi c'est pas si pire: C'est une bonne introduction aux pensées de Jung et Freud, l'époque est bien rendue, les costumes sont beaux. La réalisation est décevante pour un Cronenberg, de facture tout à fait honorable si on compare à la production filmique en général. On bâille un peu, mais comme ça n'est pas trop long, ça passe.


Big eyes, Tim Burton



Pourquoi j'ai voulu le voir: Tim Burton, qui pour une fois, ne fait pas dans l'autoparodie, l'histoire intrigante de Margaret Keane, artiste kitschouille auteur de nombreux portraits d'enfants aux grands yeux (perso, moi je trouve qu'ils sont quand même très inspirés de nos Poulbot), qui se sont vendus comme des petits pains sous le nom... de son mari, Walter Keane.

Pourquoi j'aurais pu éviter: En 105 minutes, Burton a voulu nous raconter toute l'histoire de Margaret Keane: ses débuts, son mariage, sa famille, son inspiration, son procès, mais sans rien vraiment nous dire sur elle. Dommage. Parce qu'il y a de très bonnes idées dans ce film, mais qu'elles ne vont pas jusqu'au bout. Burton tente une intrusion fantastique dans la psychée de Keane, nous montrant son obsession des grand yeux. Mais d'où vient-elle, que représente-elle, à quoi sert-elle dans la suite du récit?  A rien, les belles scènes de trips horrifiques n'amènent rien au film, ne déclenchent rien chez le personnage. On sent pourtant que le poids du trauma et de l'horreur est là, dès la première fuite conjugale de Margaret Keane, mais ce n'est qu'effleuré. C'est dommage, il y avait là un angle intéressant mais il n'est absolument pas exploité.

Pourquoi c'est pas si pire: Burton n'est pas dans l'auto-parodie et ça, ça fait du bien. Amy Adams est très bien et même si Christoph Waltz en fait des caisses, c'est parfois réussi, comme dans la scène complètement loufoque du procès, qui est pour moi LA scène burtonienne (au bon sens du terme) du film. Et puis bon, une apparition de Terence Stamp, ça suffit à illuminer ma journée


L'antidote: Walk hard, l'histoire de Dewey Cox, Jake Kasdan

Si vous aussi, vous trouvez que les Biopics se transforment souvent en Bofopics, vous allez adorer vous en moquer grâce à cette parodie, passée totalement inaperçue en France (et pour cause, non distribuée au cinéma).

Ici, Judd Appatow et Jake Kasdan utilisent tous les poncifs du biopics, et en particulier du biopic musical, pour raconter la vie du début à la fin d'une star fictive, Dewey Cox, une sorte d'Elvis/Johnny Cash . Tout y est. Le trauma initiale, la revanche à prendre sur la vie, la vie qui influe l'œuvre, la drogue, les femmes, les 60's, les 70's, l'ascension, la chute et la réhabilitation.

C'est super bien vu, c'est débile et tordant et c'est avec un des meilleurs acteurs comique et dramatique au monde: John C. Reilly. Et surtout, ça montre bien tout ce qu'il ne faut pas faire sur un biopic, et qui est souvent, malheureusement, fait.










mardi 28 juillet 2015

Le ptit match des familles: The Muppets vs Vice-versa

Cette semaine, j'ai vu deux films à tendance "famille". Comprenez "grand public", qu'on peut voir avec des enfants. Pourtant, pas d'enfants à la maison, mais comme ces gens sidérants pour François Aubel, infantilisés à mort, je vais voir voir des bêtes films d'animation sans même avoir d'excuse sous forme de tête blonde. Mais bon, j'ai déjà dit ce que je pensais des idiots qui pestent contre la bêtise des films d'animation sans les voir, et je dois avouer que le Figaro et moi, côté cinéma (et pas que, d'ailleurs), c'est quand même pas l'amour fou (Le titre de leur palmarès 2014, qui reprend les 2 films qui m'ont le plus déçue cette année en est un exemple).

Du coup, je n'ai aucun scrupule à me comporter comme tous ces gens absolument navrants, qui osent voir des films d'animation pour gamins, quand tant de films pour adultes, matures et réfléchis existent ( et dire que je vais rater les Profs 2!), et qui en plus, aiment ça!

Cette semaine donc, un classique instantané vu au cinéma et un gros coup de cœur de fan de Piggy vu sur mon écran perso.

Vice-versa

On va aller vite sur le résumé, parce que si vous n'avez pas entendu parler de ce film ces dernières semaines, c'est que vous étiez coincés au fin fond d'une grotte dans le Vercors (et vu la chaleur, je vous envierais presque). Donc voilà, dans la tête de la jeune Riley, ça gigote pas mal. Et ce, grâce à ses émotions, Joie, Peur, Tristesse, Dégoût et Colère qui tiennent plutôt bien la barre de son moral. Jusqu'à présent, Joie a toujours été un peu le chef de bande et Riley est une petite fille pleine de bonne humeur. Mais voilà, Riley doit déménager et devient une ado. Du coup, ça va pas mal se chambouler là-dedans.

Je vais pas être très longue, parce que vous avez sûrement lu plein de choses dessus.

Alors déjà, on est bien chez Pixar, l'animation est plutôt belle, l'idée très originale, on rit, on pleure, et tout le monde passe un bon moment, et moi aussi!

Je dois cependant dire que j'ai quelques réserves sur le film, qui tient même à cette "idée de génie" du départ qui a pas mal fait pour le succès du film, et je vais un peu détailler ce qui me semble être des points faibles, parce que j'ai surtout lu du très bon dessus.



D'abord, ce n'est que mon point de vue d'adulte, mais ce que nous, nous regardons en nous disant "Ca c'est super bien vu" est-il accessible aux enfants? Par exemple, à quel point les notions de subconscient, de mémoire à long/court terme, de dimensions sont compréhensibles par eux? Alors oui, quand on sait ce que c'est, l'illustration est rigolote, mais suffit-elle à rendre ces concepts pour le moins abstraits facile à appréhender pour des gamins? Sinon, comment fait-on quand son enfant demande "C'est quoi le subconscient"? C'est une question que je pose, à laquelle je n'ai absolument de réponse. Si vous avez vu ce film avec des enfants, ça m'intéresse de savoir ce qu'ils en ont pensé.

Mon autre problème, et c'est le plus important: les personnages. J'ai toujours besoin de personnages auxquels je puisse m'attacher pour vraiment aimer un film. Et là, j'avoue que je suis restée un peu sur ma faim. En gros, on peut considérer que la protagoniste est Joie, une petite bombe d'énergie qui fait toujours sa commandante et est tout bonnement insupportable. Vous savez, comme ces gens qui chantent et dansent le matin quand vous venez de vous réveiller et que vous avez la tête dans le seau, et qui vous demandent comme s'ils parlaient à un enfant de 5 ans pourquoi vous faites cette tête. Oui, ces petits capos du bonheur qu'on a juste envie de bâillonner. Et bien Joie, c'est ça, une affreuse créature au sourire immuable et à la voix enjouée révoltante. Et à la voir s'acharner contre Tristesse, on se rend compte qu'elle est tout simplement odieuse. Bref, si comme moi, vous avez toujours plus été une Daria qu'une Queen, vous allez aussi la détester. Et sa rédemption finale ne guérit pas grand chose.



Et l'autre personnage important, c'est Riley, mais le problème de Riley, c'est qu'elle n'a aucune personnalité. D'abord, la plupart du temps, elle est guidée par ses émotions, ce qui lui donne un peu l'impression d'être une marionnette. Pire, à un moment, comme toute sa personnalité s'est effondrée, elle n'est qu'une coquille vide incapable d'émotion. Comment veux-tu t'identifier à un personnage pareil? Pour moi, c'est impossible.


Mais le film reste très malin dans l'ensemble, en particulier lors d'une scène de repas mémorable ou des émotions essaient de se faire passer pour d'autres (l'animation, à ce moment là, est parfaite) et où l'on a accès à l'intériorité des parents. J'ai juste une petite carence au niveau émotionnel et, de mon côté, je trouve que le film Les Nouveaux Héros traite beaucoup mieux du parcours initiatique et du fait d'apprendre à "adopter' sa tristesse.

Les Muppets, le retour

J'ai une obsession presque maladive pour Les Muppets. Je suis une immense admiratrice de Miss Piggy, j'essaie sans cesse de m'approcher de sa manière sublime de quitter une pièce, le groin en l'air, pleine de dédain. The Muppet Christmas carol, avec Michael Caine est sans doute mon film de Noël préféré (devant L'étrange Noel de M. Jack, devant Miracle sur la 8ème rue et, tenez-vous bien, devant La vie est belle, quand je vous dit que c'est pathologique!)

Du coup, comme ce film Les Muppets, le retour était impossible à voir au cinéma en VO (mais que font les distributeurs, des fois, je me demande...), j'ai dû attendre de retrouver Kermit bien installée sur mon canapé.

Et comme d'habitude avec les Muppets, j'ai passé un moment fabuleux.

L'histoire, c'est celle de deux frères. Walter, qui a tout d'un muppet et Gary, qui a tout de Jason Segel, partent avec Mary (Amy Adams) à Los Angeles pour visiter les studios des Muppets. Mais ils apprennent qu'un complot machiavélique s'ourdit afin de détruire les studios pour chercher du pétrole sur leur terrain. Les 3 compagnons vont devoir aider les Muppets à monter un dernier spectacle pour sauver les studios, mais la télévision est à la mode du cynisme et plus personne ne veut de gentilles peluches à l'écran.



Alors d'abord, si on aime les Muppets, il y a tous les ingrédients habituels. Les marionnettes les plus cool, de Kermit à Miss Piggy, en passant par Risso, Gonso ou Scooter. Ils sont toujours aussi choupinous, aussi drôles, voire peut être même plus. Il y a aussi toujours les invités célèbres et là, c'est le bonheur du name dropper: Jack Black, Whoopi Goldberg, Sarah Silvermann, Jim Parsons, Selena Gomez, Neil Patrick Harris, Emily Blunt ou un caméo fabuleux de Dave Grohl.



Tout le monde s'amuse comme des petits fous et ça fait tellement plaisir à voir. Rajoutez à cela un scénario simple, mais qui fonctionne super bien et un côté comédie musicale très sympa. On y reconnait, pour les chansons, la patte de Brett McKenzie, de l'hilarant duo Flight of conchords.



Un vrai concentré de bonheur, de folie et d'humour, qui aurait bien mérité d'être projeté en salle.

Score:

Les Muppets gagnent. Juste parce que ces personnages là, je les aime vraiment... Entre Miss Piggy la gentille romantique qui se cache derrière une diva au caractère de cochon et Joie, la méchante dictactrice du bonheur qui se cache derrière une jolie petite robe verte, mon choix est arrêté!



mardi 7 juillet 2015

Animatronaz: Zombeavers et Howard the Duck



Bon, c'est l'été, il fait chaud, on est fatigué rien qu'à lever le petit doigt. Il faut se rafraichir! Et ça va aussi pour dans la tête. Parce que franchement, je sais pas vous, mais en ce moment, je me sens pas d'attaque pour un Tarkovski ni même un Woody Allen. J'ai besoin d'un truc qui ne bouscule pas trop mes neurones, qui me fasse rire, voire même qui soit un peu naze. Ouais, c'est ça, un truc à regarder avec des copains autour du pastaga, vautrés dans un canap.

Et bien voilà, moi je vous propose un petit cocktail bien frais avec 2 films. Je vous préviens, c'est pas du chef d'œuvre, c'est même pas bon. Mais c'est comme le rosé pamplemousse: pas du Château Margot, mais ça éclabousse, ça va bien avec les merguez et les potes, tu vas peut être le regretter demain, mais sur le coup, tu vas passer un bon moment.

L'autre point commun entre ces deux films, c'est qu'ils sont sortis cette année en DVD, qu'ils parlent tous les deux d'animaux un peu aquatiques et utilisent une de mes techniques préférées de tous les temps (même si c'est loin d'être parfait): l'animatronic, soit une animation souvent robotique de créatures de toutes sortes (la Méduse de Jason et les argonautes, Falcor de L'histoire sans fin, Chucky ....). C'est donc parti pour 2 films qui font...PLOUF

ZOMBEAVERS

Est-il vraiment besoin d'expliquer le choix d'un tel film. Rien que le jeu de mot du titre vaut à lui seul son pesant de cahouètes! Donc, on traduit: des castors zombies!

Bon ben voilà, tout est dit, non? Si c'est vraiment nécessaire, je vous en dis un peu plus.

L'histoire, c'est celle de 3 copines qui vont passer un week-end entre meufs dans une cabane près d'un lac. Elles sont super contentes de troquer leur mini-short pour un mini bikini, mais le bonheur de leur trip à la simple life va vite tourner au vinaigre: car si l'arrivée de leurs chéris respectifs est dans l'ensemble bien accueilli (sauf pour l'une d'entre elle), celle de castors zombifiés va un peu leur pourrir le séjour.


Dans la lignée de Sharknado ou de Dale et Tucker fightent le mal, le film est volontairement un peu pourrave. Les distributeurs sont d'ailleurs ravis d'offrir dans le dvd des cartes postales reprenant les pires critiques que le film leur ait valu. C'est mal joué, les créatures sont bien moches, les effets spéciaux bien dégueu, c'est grossier et ça utilise (presque) tous les clichés possibles. Mais c'est pour ça que c'est drôle.

Et faire un bon nanar parodique, c'est pas si facile. Il faut que ce soit assez mauvais pour faire rire, mais assez bien rythmé pour ne pas être ennuyeux. Et là, c'est plutôt bien fait: on rit de bon cœur en particulier sur l'aspect ridicule des bébêtes, mais le suspens est tout de même bien maintenu, jusqu'à la fin.




Pour les non-anglophones, sachez également que "beaver" est aussi une appellation du sexe féminin en anglais, ce qui donne lieu à des blagues d'une subtilité formidable.

Bref, c'est débile, c'est moche, mais c'est très drôle et on s'ennuie pas. Le truc parfait à regarder du matelas gonflable de la piscine des voisins en vacances...


Howard the duck



Alors là, c'est une autre paire de palmes! Parce que quand on voit ce film, plusieurs questions émergent assez naturellement: Que fument les scénaristes? Où se fournissent-ils? J'en veux! Comment ont-il réussi à convaincre les producteurs? Qu'a foutu le script sur le tournage? Est-ce que j'ai manqué un truc durant les années 80?

C'est effectivement un des films les plus WTF que j'ai pu voir de ma vie. Pour le coup, c'est beaucoup plus difficile à résumer que zombeavers.



Howard est un canard, qui habite sur la planète des canards. Par un accident scientifique, il débarque sur terre et rencontre une rockeuse, Beverly, chez qui il va crécher. Et puis il va rencontrer un scientifique, Phil (le tout jeune Tim Robbins) et s'engueuler avec la nénette. Et puis il va chercher du travail et va travailler dans un bordel. Et puis il va quitter son job et se battre contre le méchant manager de la rockeuse. Et puis il va se rabibocher avec elle et prendre la place du manager. Et puis il va essayer de recontacter le scientifique pour rentrer chez lui, mais y'a eu explosion au labo. Et puis il va être poursuivi par la police. Et puis le chef du labo va être possédé par un Maître du mal extraterrestre qui veut faire descendre ses petits copains sur terre et qui va enlever Beverly. Et puis, accompagné de Phil, Howard va réparer et piloter un ULM et puis se battre contre le Maître du mal. Et encore là, j'ai résumé autant que je pouvais.

Le film est tiré du comics du même nom et on dirait qu'on a essayé de condenser toute la série en un seul film, ce qui ressemble quand même à un sacré gloubiboulga parfois indigeste. Ne cherchez pas la continuité logique dans ce film, y'en a pas, ni de profondeur psychologique, ni de grand intérêt cinématographique...



Mais c'est kitchouille à mort, mais ça fleure bon les années 80, y'a des costumes de malades, des décors de oufs, des animatronics très rigolotes même si parfois pas super bien gérées, y'a des franges crépées et de la musique au synthé, y'a Lea Thompson (la maman de Marty Mc Fly) qui fait du mauvais lip synch, une bizarre histoire d'amour zoophile.

C'est pas obligatoire, mais si vous êtes prêt à voir un truc bien foutraque et qui vous ramène à ce qu'il y avait de plus taré dans les années 80, allez-y. Mais je vous préviens, contrairement à Tim Robbins, ça n'a pas forcément bien vieilli...





mardi 16 juin 2015

The Duke of Burgundy: des femmes et des papillons (Hallucinations collectives)



The Duke of Burgundy (qui sort demain sur les écrans) était un de ceux que j'attendais le plus cette année et lorsque je l'ai vu au programme des Hallucinations collectives, je trépignais d'impatience (et encore, j'ai de la chance, comme vous, j'aurais pu attendre le mois de juin). La raison de cet enthousiasme: la simple évocation du réalisateur, Peter Strickland.

De Peter Strickland, je n'avais vu qu'un film, mais bon sang, quel film: Berberian Sound Studio, qui m'avait complètement conquise. Un film hommage au Giallo (vous savez, les films de suspens horrifiques italiens, dont Dario Argento est probablement le fer de lance), avec un intérêt profond pour le son au cinéma (sujet ô combien passionnant) et une bande originale du groupe tout simplement génial Broadcast. Une merveille de poésie, d'humour, d'amour du cinéma qui avait scotché mon derrière à mon siège et un sourire persistant à mes lèvres, en mode Joker. Alors quand j'ai su que son nouveau film sortait, j'étais très excitée.



Pourtant, le pitch de départ ne m'attirait pas plus que ça: un amour sado-masochiste lesbien contrarié, ça aurait été n'importe qui d'autre, j'aurai fui en hurlant, parce que ça peut tellement vite tomber dans le porno soft prout prout, au mieux, dans la série Z pouet pouet au pire. Bref, comme sujet casse-gueule, il aurait pas pu trouver mieux.

Mais encore une fois, Strickland réussit un coup de génie. Il arrive à utiliser les codes d'un genre suranné (ici, l'esthétique 70's du film érotique), à les magnifier, et grâce notamment à l'humour, mais aussi à une belle implication auprès de ses personnages et à son talent de réalisateur, à créer un truc complètement inédit, encore une fois poétique, beau et merveilleusement espiègle.


Dans un pays d'Europe indéterminé, à une époque qui l'est tout autant, dans une société mystérieusement peuplée uniquement de femmes qui semblent se passionner pour les bibliothèques et les papillons, une lépidoptériste (une spécialiste des papillons), Cynthia, entretient une relation amoureuse et sado-masochiste avec la jeune Evelyn. C'est plutôt cette dernière, qui entretient un goût prononcé pour l'humiliation, qui pousse sa compagne à suivre, de manière assez répétitive, les scénarios qu'elle imagine à la virgule près. Cynthia commence à se lasser de ces jeux de dominante/dominée auxquels elle ne prend pas plus de plaisir que ça, et souhaiterait avoir une relation plus traditionnelle, et aussi plus confortable (parce que le SM, ma bonne dame, c'est pas de tout repos).



Comme je le disais, on joue beaucoup avec les codes du film érotique italien et français des années 70: une belle image filtrée, deux très belles actrices, des tenues à la fois guindées et affriolantes (la costumière, Andrea Flesh, porte bien son nom), une magnifique bande originale Moriconnesque par Cat's Eyes, des accents européens pas vraiment définissables... L'influence avouée des films de Jess Franco est manifeste. Cependant, Strickland va au-delà du plagiat et délivre un véritable hommage en proposant quelque chose de différend.



Tout d'abord, cela rassurera les plus prudes d'entre nous et décevra les petits coquinous qui voudraient bien se rincer l'œil, le film est assez dépourvu de nudité. Attention, la charge érotique est bien là, dans les paroles, les regards, la tension, les dessous vintage (je vous préviens, je vais me répéter, mais merci Andrea Flesh!). Mais pas de scène frontale, et plus de frou-frous que de fri-fris...


Mais surtout, bien au-delà du sexe, ce que nous raconte formidablement Peter Strickland, c'est une jolie histoire d'amour, une histoire d'amour dans laquelle se reconnaîtront tous les couples qui ont passé la phase passionnelle du début de leur relation. Quels compromis accepter? Comment intégrer le quotidien à la relation amoureuse? L'amour suffit-il? Bref, comment faire pour qu'une relation dure, et qu'il devient difficile, au jour le jour, de continuer à jouer un rôle désirable qu'on ne se sent pas toujours capable d'endosser.

Cynthia est formidablement interprétée par Sidse Babett Knudsen (de la série Borgen). Elle joue parfaitement cette femme très amoureuse, qui accepte de jouer la froide et sévère bourgeoise en talons aiguilles, alors qu'elle ne rêve que d'un pyjama pilou, qui boit avec dégoût verre d'eau sur verre d'eau pour combler les désirs de son amante, qui répète son texte devant son miroir pour ne pas la décevoir. Dépassée par les exigences d'Evelyn, qui sous des dehors de soubrette soumise est en fait une sacrée tortionnaire, on prend un plaisir fou à la voir se libérer de son joug pour une soirée d'anniversaire particulièrement drôle.



De son côté, la sublime Chiara D'Anna, avec ses grands yeux innocents et sa jolie voix réussit à camper de manière très subtile l'autorité capricieuse, sous le masque de la soumission. Voir ses yeux s'écarquiller à l'annonce de mobilier très peu conventionnel est un moment savoureux.



Parce que j'insiste là-dessus, ce film est plein d'humour et c'est très important. Parce que oui, les partis pris formels de Strickland sont très forts: un lieu de conte de fée (ça donne vraiment envie de visiter la Hongrie, où le film a été tourné), des scènes de rêves assez psychédéliques, un hommage à un cinéma réservé souvent à une petite population d'amateurs éclairés, des expériences sonores (Strickland est à la base musicien d'électro-acoustique), un montage qui fait s'interroger sur la narration. Tout cela pourrait rendre le film un peu hermétique, une très belle œuvre, certes, mais réservé à quelques happy few esthètes. Une œuvre finalement assez pompeuse.



Mais c'est justement l'humour et toute l'humanité apporté aux personnages qui met cette histoire et cette cinématographie à la portée de tous. Parce que dès que Strickland s'approche dangereusement du film d'art prout prout et qu'il se regarde un peu trop fabriquer son film, il parvient à nous montrer que finalement, il ne se prend pas vraiment au sérieux. Et cet humour, cette façon de dynamiter la beauté formelle, le jeu de séduction et la solennité du désir (pour les personnages) et de l'art (pour le film) par la banalité du quotidien, c'est ce qui a fait mon bonheur de spectatrice. Parce qu'à aucun moment, je n'ai eu l'impression que Strickland me regardait de haut, que j'avais le conviction qu'il voulait absolument m'embarquer avec lui dans son univers et qu'il le faisait de la meilleure manière qui soit: en me faisant aimer ses personnages (Je voudrais pas en rajouter une couche, mais sur des audaces de réalisation équivalentes, j'aurais aimé qu'Innaritu en fasse autant). Parce qu'avec un pitch pareil, et une telle identité visuelle, je ne m'attendais pas du tout à ce que j'ai finalement vu: une tendre, drôle et authentique histoire d'amour. Parce que si l'on soulève le satin et la dentelle, c'est pour voir battre un cœur...


mercredi 10 juin 2015

Séance de rattrapage: Les nouveaux héros



Moi, y'a un truc qui m'énerve, mais alors qui m'énerve vraiment, c'est les gens qui s'acharnent sur les films pour enfants et en particulier ceux de Walt Disney pour passer leurs nerfs, sans même voir les films. A les entendre, mettre un enfant devant un film d'animation (enfin, pour ces gens là, on parle de "dessins animés", hein, parce qu'ils n'ont pas vu de film d'animation depuis Bambi) est tout simplement criminel: ça va les abêtir, ça va leur donner une mauvaise idée de la femme (je vous ai dit, ils se sont arrêtés à Bambi, pour eux, la vision de la femme dans le film d'animation, c'est cette cruchonne de Blanche-Neige), ça va les garder à un stade régressif (parce que nous, quand on a les yeux qui brillent à l'évocation de Chantal Goya, on est des adultes responsables), c'est trop violent (parce que la vie, ça l'est pas) ou au contraire, ça n'est pas assez réaliste (parce que quand tu regardes un film de Woody Allen, c'est hyper réaliste... t'as vu à quoi ça ressemble un appartement de prolo dans Blue Jasmine?). Bref, l'animation, c'est le mal, c'est caca-boudin, faut pas que les enfants y touchent sous peine d'attraper le syndrôme du "Cocamachodébile".

Et bien, à ces gens là, j'ai juste envie d'écrire une petite prescription pour les soigner de leurs a priori grotesques sur les méfaits du cinéma sur nos chères têtes blondes, brunes et rousses: une heure quarante-deux minutes des Nouveaux Héros, sorti en février dernier, jusqu'à disparition des symptômes de langues-de-vipérite. Parce que ce film de Disney, que je n'ai malheureusement vu que récemment, va leur prouver par A+B que non seulement ils ont tort, mais également que si nous pouvions transmettre à nos enfants toutes les belles idées que contient ce film, le monde deviendrait formidable.

Rapidement, qu'est ce que c'est que ce film: A San Fransokyo (un rêve de ville, hybride de San Francisco et Tokyo), Hiro, un petit génie de l'électronique utilise ses talents à gagner de l'argent aux combats de robots. Son grand frère, Tadashi, compte bien lui montrer qu'il pourrait en faire quelque chose de bien plus intéressant et l'invite à visiter l'atelier high tech de la fac dans laquelle il étudie et à rencontrer ses camarades, tous plus geeks et sympathiques les uns que les autres. Il en profite également pour lui présenter le projet sur lequel il travaille: un robot infirmier nommé Baymax, un Bibendum aux petits soins pour ses patients. Mais la tragédie couve et Hiro va devoir prendre des décisions importantes et devenir un héros.

Ce film, c'est juste une petite merveille, et vous allez voir, ça explose tous les vilaines idées pré-conçues des détracteurs du film d'animation.

1. "Ca rend bête"


Qui sont les nouveaux héros? Des scientifiques hyper inventifs, un labo de jeunes chercheurs philanthropes qui prouvent une nouvelle fois, si c'était encore à prouver, qu'être un geek, c'est pas que jouer avec des technologies rigolotes. Ca peut être bien plus cool que ça: être un scientifique, ça peut aussi vouloir dire qu'on essaie de trouver les moyens de rendre le monde plus beau, plus pratique, plus fun et parfois même plus humain (parce que l'invention au centre du film, c'est quand même un robot infirmier).

Ce qu'il y de génial dans ce film, c'est qu'on parle de super héros. Mais des super héros qui ne sont pas nés avec de super pouvoirs: ils se les sont fabriqués. La génération DIY est en marche, c'est pas beau, ça?

Un film qui donne pour modèle des étudiants brillants et passionnés, qui oeuvrent pour le bien de l'humanité, quelqu'un trouve quelque chose à y redire?

Alors non, ça ne rend pas bête, et si ça peut créer des vocations, youpi youpla boum!

2. "Ca donne une mauvaise idée de la femme"

Dans la bande des nouveaux héros, il y non pas 1 mais 2 personnages féminins, aussi cools et différents l'un que l'autre. Parce que oui, y'en a un peu marre que dans une bande, la fille soit juste caractérisée comme étant "la fille" et qu'il n'y ait qu'un modèle auquel pourrait souscrire une petite fille. Car, comme pour les garçons, ils sont multiples. Mais là, en plus, elles sont tous les deux scientifiques, ce qui montre au petites filles qu'elles sont pas obligées de se cantonner au littéraire et qu'elle sont tout aussi inventives et techniques que les gars, non mais!


L'une d'elle, c'est Gogo Tomago, une dingue de vitesse et de physique, bien féministe, qui ne rêve que de défier la vitesse de la lumière. Son moto: "Woman up!" La classe absolue!



L'autre, Honey Lemon, est une grande fille à lunettes, fan de rose et de chimie, parce que oui, on peut être girly si on en a envie et tabasser grave dans un labo scientifique, même pas peur!



Du coup, on se retrouve avec 2 super modèles féminins, ce qui montre aussi aux femmes de demain qu'elles ont la liberté de s'exprimer telles qu'elles sont, et que l'intelligence, le courage et la technique n'ont rien à voir ni avec leur manière de s'habiller, ni avec leur caractère personnel.

J'ajoute à cela une super tante jeune qui tient un café, et qui élève seule deux gamins, et qui sait toujours les soutenir.

Et ben si je pouvais en avoir au moins autant dans la plupart des films destinés aux adultes, je me sentirai comblée.

3. C'est régressif/ c'est pas réaliste



Sans vouloir trop spoiler le film, il faut savoir que Hiro va vivre une expérience très douloureuse, et qui fait grandir d'un coup, celle du deuil.

Ceux qui ont déjà dû aborder le thème de la mort et de la perte d'un proche avec un enfant savent combien c'est délicat. Et bien ici, le film s'en sort très bien et est très émouvant (ce qui, comme d'habitude avec moi, équivaut à un jerrycan de larmes).

On ressent la colère d'Hiro face à cette injustice, et on découvre qu'il faut du temps pour s'en remettre, et être bien entouré, même quand on aurait plutôt envie d'être seul. On découvre aussi qu'on n'oublie jamais les êtres disparus, ni ce qu'ils nous ont enseigné, mais qu'on doit peu à peu réapprendre à vivre.

Alors non, la vie n'est pas toujours rose, elle est parfois même une fieffée garce, mais elle vaut la peine d'être vécue. C'est souvent une leçon qu'on met longtemps à comprendre, même pour des adultes... Et qu'un film de Disney nous aide à ça, ben moi je trouve ça génial.



4. "C'est trop violent"



Je ne suis pas sûre que faire croire à un enfant que la violence n'existe pas soit très bénéfique. A mon avis, il va comprendre que c'est faux très très vite. Mais lui démontrer que la violence n'est pas une bonne solution, et qu'elle ne fait souvent qu'engendrer la violence, parfois au prix de victimes collatérales, ça me semble pas mal du tout.

La morale des Nouveaux héros est en cela assez édifiante. On nous fait comprendre que la colère est compréhensible, tout comme le désir de vengeance. Mais que la mise en pratique de cette vengeance n'engendre que de nouvelles injustices et une violence sans fin. Personnellement, je n'avais pas vu de film qui dénonce autant la loi du Talion depuis Dead man walking. Encore une fois, le propos et l'histoire sont intelligents, et tout sauf manichéens: il n'y a pas de "méchants" à proprement parler (sauf peut être une grosse multinationale), il y a juste des gens blessés, qui ne réagissent pas de la bonne manière à la douleur qu'on leur cause.

Alors quand nous, les adultes, on aura compris ça, on pourra peut-être se permettre de critiquer les films d'animation.

5. Et si t'es toujours pas content, je peux plus rien faire pour toi



Parce qu'en plus d'être intelligent, juste, très émouvant, ce film est hyper fun. Les gags sont très drôles, les personnages bien campés, les références rigolotes, les inventions très enthousiasmantes, les répliques parfaites (je suis morte de rire rien qu'à me remémorer le "hairy baby") et Baymax est trop choupinou d'amour. Alors pour cette fois, n'hésitez pas à planter votre gamin devant un écran. Faites même mieux: rejoignez-le, parce que même nous, on a encore tout à apprendre...







mardi 2 juin 2015

We did need another heroin: Mad max Fury Road


Ayéééé! Je l'ai vu. Le fameux nouveau Max le taré, j'y suis enfin venue, et en 3D s'il vous plait! Parce que oui, ça faisait un moment que je voulais voir ce film. Pas que je sois une fan absolue de la série (en fait, je n'aime ni le premier, ni le troisième, mais j'ai beaucoup d'affection pour le second), mais la bande annonce qui montrait une sorte de caravane (pas celle de tes grands-parents en Ardèche, mais celle du désert, très bien évoquée par Ellington, moins par Chazelle ;-) ) à la violence délirante, à la sécheresse post-apo, à l'esthétique mécanique et graisseuse m'a mis dans un état d'enthousiasme fou. J'ai gardé mon pied sur l'embrayage pendant plusieurs semaines, j'ai fait ronfler mon moteur, la main sur la clé de contact et dès que j'ai été en mesure de le voir en salle (très tard, il est vrai), j'ai démarré au quart de tour.



Et je peux vous le dire, je n'ai pas calé une seule fois, aucune panne d'essence, j'ai même jamais eu à toucher les freins: j'ai foncé, tête baissée, grand sourire ouvert aux moucherons, pendant les 2h du film, sans voir le temps passer ni la route défiler, allant "ptêtre au Paradis mais dans un train d'enfer".

Pour ceux qui seraient passé à côté, je vous rappelle l'histoire. Dans un monde post apocalyptique où l'on manque de tout, d'eau, de pétrole, de bouffe et de bonnes manières, Max (Tom Hardy) n'a plus toute sa tête. Héros solitaire qui a pété les plombs après le meurtre de sa femme et de son gosse (Mad Max 1), la perte de son toutou (Mad max 2), il est hanté par les gamins de Mad Max 3. Comme tout le monde, il survit, comme tout le monde, il est désespéré, comme tout le monde, s'il est encore là, c'est un miracle. Sauf quand il se fait choper pour servir de réserve sanguine (en ces temps, il ne fait pas bon être de rhésus O).


C'est ainsi qu'il va se retrouver, bien malgré lui, à la poursuite de l'Impératrice Furiosa, qui doit être un peu tarée aussi, parce qu'elle a décidé, à elle seule, de sauver tout un groupe de jeunes femmes des griffes du chef de guerre Immortan Joe, que ce dernier utilise comme esclaves sexuelles et poules pondeuses. Leur alliance va faire des étincelles...



Je dois vous avouer un truc: depuis que j'ai vu ce film, quelque chose a changé dans ma vie: je suis devenue Furiosiste, oui, une furiosiste intégrale. J'ai toujours été Ripleyienne, j'ai eu une petite phase à vide  et rêvais de voir enfin une nouvelle héroïne de ce calibre et, à mon grand étonnement, c'est Miller qui a réalisé ce rêve (faut dire ce qui est, le premier Mad Max, c'est quand même pas l'éclate au niveau du perso féminin qui tabasse). Alors bien sûr, y'a eu Mulan, Kill Bill et Boulevard de la mort. Mais l'héroïne qui ne cherche ni à être jolie, ni à être sexy, qui n'est pas une gamine, qui a un passé, une évolution, des raisons de se battre, des valeurs, et qui n'a pas besoin d'une histoire d'amour pour exister (on le sait, à Hollywood, une femme doit TOUJOURS être amoureuse), à part Ripley, y'en n'a pas eu tant que ça. Un vrai personnage, quoi, pas juste une jolie fille qui a encore plus la classe parce qu'elle sait se castagner, un caractère écrit, fouillé, admirable!



Tout ce qu'on a dit est donc vrai, ici, le vrai héros n'est plus le fameux Mad Max que sa démence et sa fatigue (ça fait quand même 30 ans qu'il en prend plein la tronche, le pauvre) commencent pas mal à entraver, c'est vraiment Furiosa qui prend le relais ici. A tel point qu'on se demande si ce film n'a pas été fait pour introduire cette nouvelle héroïne pour une nouvelle série. Je ne sais pas vous, mais à la sortie de ce film, je n'ai eu qu'un mot en tête: PREQUELLE

Parce que le film est écrit ainsi: on est constamment dans l'action mais on apprend par bribes des indices sur les personnages et, derrière celui de Furiosa, il y a un mystère qui vaut largement un film: une volonté de rédemption pour une faute inconnue, la perte d'un bras dans des circonstances qui le sont tout autant, l'évocation d'un enlèvement et d'une mère morte, d'une histoire de famille bien pourrie. Tout ça, ça hurle la préquelle à venir, et c'est tant mieux, parce que je crève d'envie de la voir.



Alors voilà, la raison première pour laquelle aller voir Fury Road, c'est ça, c'est ce personnage génial et sa très bonne interprète. Mais attention, ça ne veut pas dire que ce soit le seul personnage intéressant. Loin de là. Ce qu'il y a de très beau dans l'écriture de ce film, c'est qu'aucun des personnages n'a été laissé au hasard. Tout a été parfaitement écrit. Derrière chacun, même les "méchants", il y a une histoire, une histoire faite de douleurs et d'espoirs, parce que pour survivre dans un monde aussi hostile, on en a nécessairement subi les premières, et eu besoin d'une bonne dose des seconds. C'est encore plus fort chez les personnages d'un certain âge, notamment pour les femmes qu'on découvre dans la dernière partie du film. C'est un grand bonheur de voir l'âge comme un signe de force, parce que c'est exactement ce qu'il représente dans ce film: quelqu'un qui a réussit à vieillir, c'est quelqu'un qui a réussit à se battre assez longtemps pour y parvenir. On imagine à peine ce qu'ils ont dû endurer pour en arriver là. C'est donc mathématique: plus on est vieux, plus on est un dur à cuire. Et ça, c'est classe!



De plus, pour chaque personnage, on nous pousse à nous interroger sur leur passé, leur parcours dans le film et leur destin à suite de celui-ci: quelle est la vie des courtisanes dans le harem? Qui sont-elles? D'où viennent-elles? Que deviennent-elles une fois qu'elles ont enfanté? Comment éduque-t-on un jeune guerrier à n'aspirer qu'à la mort au combat? Que faire une fois qu'on a échappé au pire? Comment reconstruire une société viable, égalitaire, quand tout manque? On prend vraiment à cœur le devenir de tous, mais aussi de notre Maxou d'amour.



Parce que moi, contrairement à beaucoup de nostalgiques de tonton Mel, j'ai adoré l'interprétation de Tom Hardy. Il n'en fait pas trop, et, marmonnant sans cesse, il campe parfaitement cet ermite un peu taré à la générosité involontaire. On le sent épuisé par la survie solitaire et quotidienne, hanté par la mort de tous ceux à qu'il a aimés, et on comprend sa volonté de ne pas s'attacher, par peur de perdre à nouveau. Il est rugueux, fort et vulnérable, et on sent chez lui l'énergie du désespoir. Il en fait un personnage sombre et torturé, qui aimerait bien s'en foutre et devenir aussi nihiliste que cette société qui n'a pas de sens, mais dont l'humanité se manifeste malgré lui. Une belle réussite.



Et puis bon, il faut quand même parler de l'essentiel: de la poursuite infernale, de l'odeur de cambouis, de la caravane de l'enfer. Parce que c'est sûr, si vous n'aimez pas l'action trépidante et les machines incroyables, ce film n'est pas pour vous (en même temps, c'est Mad Max, vous vous attendiez à quoi?). La première poursuite du convoi de Furiosa est tout simplement époustouflante. Une bonne demi-heure la tête dans le guidon, à accrocher les accoudoirs du fauteuil de cinéma comme au pommeau de vitesse. L'action a beau être foisonnante avec des personnages, des véhicules et des péripéties multiples et simultanées, le montage est magistral et on comprend tout ce qui se passe (ça a l'air d'une évidence, mais c'est très facile de perdre ses repères dans ce genre de scène). C'est d'une beauté formelle incroyable, du Métal Hurlant sur pellicule, avec une stylisation des machines et des costumes formidables. Mention spéciale au char du guitariste, une sorte de joueur de tambour qui scande la marche de guerre à grand coups de riffs assassins, un bonheur de bande son diégétique! Sans compter que la scène en question est pratiquement muette: pas de dialogue sinon quelques ordres et hurlements furieux, la musique et le vrombissement des moteurs: un truc de dingue, puissant et jouissif qui donne envie de se prosterner aux pieds de Miller, qui à soixante ans, n'a rien perdu de sa maestria, bien au contraire (quand je vous dis que plus on vieillit, plus on est un dur à cuire!)

Alors voilà, pour moi le contrat est rempli, bien au-delà de mes attentes:
- De l'action de malade, qui te prend les tripes et les peint au cambouis: check.
- Des personnages bien écrits, qui ont un vrai parcours: check.
- Une vraie grand personnage féminin, qu'on attendait depuis longtemps, et qu'on a envie de retrouver très vite: Double check. Parce que Tina avait raison sur une chose: c'est pas d'un nouveau héros dont on avait tous besoin, mais bien d'une nouvelle héroïne au nom qui sonne comme un cri de guerre: FURIOSA!!!