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jeudi 27 octobre 2016

Le Cinéclub de Potzina: The Nanny: l'anti-Poppins


Pour le ciné-club de Potzina de ce mois-ci, hébergé par le blog La Chambre rose et noire avait ce mois-ci pour thème halloweenien "Horreur". Autant vous dire que pour moi, c'était du pain maudit, et que je ne me suis pas fait invoquée bien longtemps pour chercher le film adéquat.

Pour rappel, le ciné-club de Potzina, c'est un ciné-club entre bloggueurs avec, tous les mois un bloggueur qui héberge l'évènement et propose un thème pour lequel chaque bloggueur peut proposer un film.  Pour plus d'infos et pour participer, n'hésitez pas à vous rendre sur notre groupe Facebook, on a envie de voir plein de propositions de films fleurir sur la blogosphère...

Comme je le disais, je me suis tout de suite attelée à trouver le bon film. J'en avais de nombreux en tête, mais j'ai décidé de me diriger vers un film un peu moins récent et un peu moins connu, que j'ai trouvé tout à fait adapté à un petit lundi soir d'Halloween très classique, sous les plaids, avec un chocolat chaud, allumé à la réverbération de l'écran en noir et blanc, pour frissonner de plaisir devant une des plus grandes dame du cinéma, Madâaame Bette Davis. Le film que je vous propose, c'est The Nanny (Confessions à un cadavre, dans le pauvre titre français), une production Hammer réalisé par le britannique Seth Holt en 1965.



Le film commence ainsi: Le jeune Joey revient dans sa famille d'un pensionnat apparemment spécial. On ne peut pas dire que l'ambiance soit au beau fixe: Papa passe son temps à bosser et à fumer des cigares, ayant assez peu de temps à consacrer à son fils, Maman est en totale dépression et passe ses journées à pleurer et à prendre des somnifères. De plus, Joey a un sens de l'humour particulièrement morbide et semble avoir une sacrée dent contre la nurse de la famille, "Nanny", qui fait pourtant tout pour le mettre à l'aise... Ca cache quelque chose...

Avant tout, petit avertissement: si vous vous attendez à de l'hémoglobine, des zombies, des vampires et de la rigolade, détrompez-vous. Là, pas d'effet grand-guignolesques, pas de caméra qui tremble, pas de jump-scare et de de long cheveux mouillés qui trainent. Non, ici, on entre au cœur de l'angoisse, aux tréfonds de l'horreur, au supercore de l'épouvante: dans l'ignominie de la psychée humaine. Oubliez Dracula, oubliez la créature de Frankenstein, oubliez les piranhas et Freddy Krueger. Rien de fantastique ici, que du possible, que du probable et c'est bien ça qui fait le plus peur.

Entre Joey l'enfant un peu diabolique et la glaçante Nanny, on ne sait lequel des deux est le plus à craindre. Nous voilà enfermés dans cette famille anxiogène et endeuillée et on ne se sent pas du tout, mais alors pas du tout en sécurité. On cherche partout un peu d'air frais, une baisse de tension, une petite pause, mais c'est peine perdue. Vous avez déjà vécue une réunion de famille ultra glauque où chacun regarde son assiette et rumine contre son voisin? Ben dites-vous bien que c'était la famille Ingalls à côté de celle-là. La tension domestique est palpable dans chaque parole, mais surtout dans chaque silence, dans chaque geste fait, mais surtout dans chaque geste réprimé, dans chaque regard dirigé, mais surtout dans chaque regard évité.



Et c'est de là que vient la peur, dans le fait qu'au sein-même du foyer, de l'endroit qui devrait être le plus rassurant au monde, la mort, le crime et les secrets rodent. Et l'on comprend très vite que la mort a déjà frappé cette maison bourgeoise et parfaite en apparence, et qu'elle s'est attaqué à un enfant. On voit alors combien cette famille est bancale: des parents incapables de protéger leur progéniture, une nurse dont l'emprise sur la maison est sourde mais implacable, un gosse inquiétant qu'il semble bien difficile d'apaiser. L'épouvante s'installe là, dans les repères perdus, dans l'inconsistance de la seule chose qu'on pense acquise: la sécurité et la douceur du foyer. Au dessus de tout ça, probablement la plus grande des peur primale, et la plus déchirante: celle de l'abandon. Quand je vous disais que ça fait pas rigoler!

Sinon, à la réalisation, c'est Seth Holt, et on sent bien qu'on est dans le milieu des années 60, qui osent tout: des plans audacieux, des effets visuels psychédéliques, qui donnent un bon coup de peps à une histoire qui fleure bon le classique gothique (après tout, on est chez la Hammer): on pense notamment beaucoup à l'indétronâble Tour d'Ecrou d'Henri James, dont Les Innocents en est sans doute la plus belle adaptation, et un peu aussi à The Servant de Joseph Losey, réalisé un an plutôt. On fait voler en éclat la bonne famille british et bourgeoise, et ça craque de partout.

Et là où on se fait plaisir, c'est vraiment sur l'interprétation. Wendy Craig (qui jouait déjà une bourgeoise dans The Servant, tiens-donc...) est une mère sous prozac parfaitement insupportable de passivité, Jill Bennet tient parfaitement son office de Scream Queen, et le jeune William Dix apporte à son rôle toute la duplicité nécessaire à nous faire douter de lui. Et puis, il y a Bette Davis: la voix aigüe et éraillée de Bette Davis, les grands yeux de Bette Davis (et maintenant, vous avez la chanson de Kim Carnes dans la tête pour la journée, mouhahah), la douceur, la fragilité, l'intransigeance et la grandeur de Miss Bette Davis qui bouffent tout le film. Elle est (et elle l'est toujours) magistrale.

Alors cet Halloween, laissez tomber Joséphine, la MacPhee et Mary Poppins, et confiez les enfants à The Nanny, ils ne vous remercieront pas...






lundi 24 octobre 2016

Vies brûlées: el tango de la muerte



Les Editions Outplay, spécialisés dans le cinéma LGBT mais pas que m'ont fait la surprise (et l'honneur) de me faire parvenir 2 DVDs récemment sortis. Parmi eux, Vies brûlées, un film sorti en 2001 de Marcelo Pineyro.

Comme je le disais, ce film était plutôt une surprise. Je n'en avais jamais entendu parler et au vu de l'affiche et du synopsis, je ne savais pas trop à quoi m'attendre. D'un côté, certains éléments m'attiraient: un drame de gangsters amoureux, qui se passe dans les années 60, avec Edouardo Noriega dans sa période la plus graou. De l'autre, d'autres m'interrogeaient: d'abord une méconnaissance totale des faits dont ils sont inspirés, qui sont apparemment assez célèbres en Amérique du Sud, de l'histoire de l'Argentine et de l'Uruguay (où l'histoire se déroule), un montage photo sur la couverture que je trouvais un peu raté (un baiser entre les deux héros, très caliente il est vrai, qu'on retrouve dans une des scènes du film, mais agrémenté de flammes photoshoppées que je ne trouvais pas d'un raffinement extrême). Mais je sais bien qu'on ne doit jamais juger d'un piment par sa couleur, alors je me suis lancée dedans.



Parlons déjà de l'histoire. C'est d'abord celle d'une rencontre entre deux hommes Angel et Nene. Dans le gangsta du Buenos Aires de 1965, on les appelle "les jumeaux". C'est pas qu'ils se ressemblent: Angel est un garçon un peu fêlé qui entend des voix, taciturne et tourmenté et Angel est un séducteur ambigû et manipulateur. Mais on ne voit jamais l'un sans l'autre, et ils aiment travailler de concert. Ce que l'on sait moins, c'est qu'ils sont également amants. Un jour, ils sont mis sur un gros coup avec un jeune loup, Cuervo. Mais tout ne se passe pas comme prévu, et ils se voient obligés de se planquer à Montevideo en Uruguay en attendant les consignes du grand patron: l'attente va exacerber toutes les passions.

On est donc bien là dans 2 thèmes classiques du cinéma. D'un côté, on retrouve les amants criminels à la Bonnie and Clyde, ce qui permet de juxtaposer amour et violence, donc traiter souvent de la passion. On connait ça par cœur, et on sait déjà comment ça va finir, mais il y a toujours quelque chose de très romantique dans la traque de deux personnes qui s'aiment, aux abois et qui savent qu'il ne leur reste peut être pas beaucoup de temps. Repensez à la Ballade sauvage, à Tueurs nés, à Thelma et Louise, à Sailor et Lula. Les héros ont beau être parfois atroces, leur amour fou fait qu'on est quand même prêt à les suivre et à s'y identifier. Ici, ça fonctionne plutôt bien. L'histoire d'amour entre Nene et Angel est très crédible, notamment grâce aux acteurs qui s'investissent vraiment. Edouardo Noriega, qui joue Angel, est très intense dans ce rôle d'amoureux transi et fragile. Leonardo Sbariglia, dans un rôle plus complexe, parce plus difficile à aimer, s'en sort vraiment très bien. Il arrive à donner une profondeur à un rôle qui en manque peut être un peu à l'écriture, et son registre n'est vraiment pas évident, parce qu'il faut bien le dire, Nene est une personnalité difficilement palpable, fuyante, et pas vraiment sympathique. Sbaraglia, parvient tout de même à lui apporter de l'épaisseur et de l'humanité par sa simple interprétation, et son travail est vraiment à saluer.

Mais c'est vrai qu'il existe pour moi un problème dans l'écriture des personnages qui restent un peu en surface. Nene et ses motivations sont difficiles à comprendre, et le récit ne fait rien pour nous y aider, Angel est un peu caricatural, Cuervo et sa petite amie, Vivi restent à une seule dimension. Seul le personnage de Giselle, qui arrive à peu près au milieu du film semble vraiment porter une ambivalence touchante, des contradictions qui se justifient. Il a pourtant beaucoup moins de temps que les autres pour se développer, mais je crois que c'est également à ajouter au crédit de l'actrice qui interprète le rôle, Leticia Bredice, qui est fascinante à observer.

Donc petit bémol sur l'écriture des personnage dans le scénario, mais il faut dire qu'il évite tout de même les écueils du biopic en se basant sur un fait divers célèbre et particulièrement sanglant pour l'époque. Il a le bon goût de choisir un angle et un espace temporel bien défini.

L'autre thème abordé ici, et qui fonctionne très bien au cinéma, c'est celui de l'attente. Ici, la très bonne idée du scénario est de mettre ses personnages dans cette position d'animal traqué, enfermé et tournant en rond, jusqu'au moment où cela doit forcément imploser. Personnellement, c'est le genre de situation que j'aime beaucoup, dramatiquement très efficace, qui permet de faire doucement monter la tension, mais aussi de lancer quelques échappées poétiques. Et ici c'est assez réussi (si vous voulez voir un monument du genre, ruez-vous sur Sonatine de Takeshi Kitano) .



Je suis assez enthousiaste sur la mise en scène et la photographie. J'aime beaucoup les tons choisis pour ce film, qui tirent un peu vers le vert, qui m'a fait irrémédiablement penser à Wong Kar Wai, et en particulier au magistral Happy together. Même que ça m'étonnerait  pas des masses que ça en soit un peu inspiré, vu le nombre de points communs: une belle histoire d'amour entre 2 homme singuliers, l'exil, l'attente et l'enfermement en espace clos, une scène d'anthologie sous une pluie diluvienne (grand motif WKW s'il en est), cette lumière très particulière, et bien évidemment, l'Argentine et le tango.

Puisqu'on parle de tango, parlons de la bande originale, que j'ai trouvée particulièrement efficace: du tango, bien évidemment, pour souligner l'amour passionnel d'Angel et Nene, des ritournelles italiennes pour El Cuervo, dont le modèle est Vittorio Gassman, du yéyé espagnol. La musique nous permet une belle insertion dans l'Amérique du sud des années 60 et est utilisée à bon escient de manière dramatique.

Enfin, je trouve que Marcelo Pineyro trouve toujours la bonne distance pour filmer ses personnages et les situations: les scènes d'action sont très rythmées, et compréhensibles (parfois, j'ai tendance à me perdre dans le montage de certaines scènes d'action, ici, ça n'a pas été le cas). Les scènes de sexe sont très sensuelles, très calliente mais il n'y a rien de trop graphique. Surtout, elles nous permettent d'appréhender les personnages, et l'on sent qu'il y a des ces moments-là l'expression de sentiments qui sont réprimés ailleurs, des échanges entre eux qui ne peuvent pas se dire. Je les ai trouvées assez réussies.



Dans l'ensemble, j'ai donc été ravie de recevoir ce DVD, d'autant plus que les bonus sont très intéressants: un making off qui permet d'en apprendre beaucoup sur le tournage du film, le travail de préparation des acteurs, la volonté de Pineyro. On y trouve aussi une vidéo de tournage sur une des scènes les plus impressionnantes du film (le braquage) et une large sélection de bandes-annonces. L'occasion donc, pour moi, de remercier Outplay pour sa confiance.

PS: Vous ne savez pas ce que c'est que le tango de la muerte? Fan des Simpson et de Baz Luhrmann, réjouissez-vous!

















vendredi 23 septembre 2016

Le ciné-club de Potzina: The Fog, Péril dans la brume

Ce mois-ci c'est le très chouette blog The Movie Freak qui héberge le ciné-club de Potzina (tu sais pas ce que c'est que ce ciné-club de Potzina? Viens voir par). Et pour la rentrée, il a proposé un thème très inspirant: "Une question de temps".  Mon cerveau s'est mis à turbiner à mort, et j'avais plein d'idées de film en tête. J'ai commencer à penser aux films de voyages dans le temps, ou de dysfonctionnements temporels, mais j'avais déjà fait un mini-article en début du blog sur mon comfort-film, mon film-doudou, Un jour sans fin. Et puis j'ai pensé que le temps, c'était aussi le temps météorologique. Et là, en regardant le ciel se couvrir par la fenêtre et le soleil se rabougrir derrière, un film s'est imposé comme une évidence, et surtout comme une excellente excuse pour m'offrir un nouveau blu-ray: The Fog, de notre bon vieux John Carpenter, qui, en plus de se baser sur un évènement météorologique bien pourri, se trouve également jouer avec des phénomènes temporels. Bingo!



Nous allons donc à Antonio Bay, en Californie du Nord, un bucolique petit village de pécheurs. Dès les premières secondes, oncle Johnny a trouvé le truc pour me séduire tout de suite et m'embarquer à bord: il me raconte une histoire. Je suis comme ça, moi, depuis ma plus tendre enfance, j'y suis accro: j'aime qu'on me raconte des histoires. Et là, c'est un vieux matelot qui s'y colle autour d'un feu de camp où l'on vient rejoindre une bande de gamins avides de récits terrifiques: on apprend que cette bonne vieille bourgade d'Antonio Bay, qui s'apprête à fêter son centenaire, serait frappé d'une malédiction suite au terrible naufrage qui est à la base de sa constitution. Mmmh, une bonne histoire de marins et de mauvais sort, comment refuser de continuer?



Voilà, vous êtes donc prévenus: derrière les jolies maisons colorées, les festivités municipales, les ritournelles de la radio locale et le ciel bleu pointe une menace terrible et on va voir le sort s'abattre sur ce charmant village. Il va venir sous la forme d'un brouillard épais et étincelant, qui va semer la terreur sur son passage.

Beaucoup ont tendance à penser que The Fog est un film tout à fait mineur de John Carpenter. En ce qui me concerne, et malgré l'absence de Kurt Russel, c'est un de ceux pour lesquels j'ai le plus d'affection. Alors oui, il a quelques failles: il est complètement fauché, et n'a donc pas les effets spéciaux de dingues d'un The Thing. Il n'a pas non plus le scénario resserré d'un Assaut, car si huis-clos il y a, c'est sur tout un village. Mais vous allez voir, il y a au moins 3 bonnes raisons de (re)découvrir ce formidable film fantastique.

1. Du fantastique boosté à l'œstrogène

On a souvent l'habitude de dire que Carpenter fait des films très testostéronés. Alors c'est vrai que si l'on s'intéresse aux films suscités, y'a pas vraiment beaucoup de femmes. Pourtant, s'il reste fidèle aux films de genre, on oublie souvent les films où il a fait la part belle aux personnages féminins de qualité comme Ghosts of Mars ou même Halloween. The Fog est résolument de ceux-là, et passe le test Bechdel haut le crochet.

On a effectivement trois personnages féminins majeurs, trois personnages féminins qui tiennent des rôles narratifs qu'on a l'habitude de donner à des hommes, et qui en plus sont interprétés par des actrices très charismatiques. Petit coup de projecteur sur ce triumvirat de choc:

- Stevie Wayne, la lanceuse d'alerte. Stevie Wayne est la directrice et l'animatrice vedette de la station radio locale qui émet depuis le phare d'Antonio Bay. C'est donc une femme entre 35 et 45 ans, une mère de famille, une entrepreneuse et la voix d'Antonio Bay. Ca fait plaisir de voir un tel personnage, une femme sans love interest, qui, immobilisée dans son phare-donjon à l'avant-poste, tente de protéger la ville (et son fils) du brouillard meurtrier. Et en plus, c'est la belle Adrienne Barbeau (à l'époque Mme Carpenter) qui interprète la protagoniste, une femme droite dans ses boots à talons et courageuse, qui n'hésite pas à affronter seule le danger.



- Elisabeth Solley, l'aventurière. C'est une fille à papa qui a décidé de tout plaquer pour vivre sa vie au gré du vent et des hasards de l'autostop. Elle débarque juste à point à Antonio Bay pour rencontrer le beau loup de mer Nick Castle et enquêter sur la disparition mystérieuse de marins. Ca aussi, ça fait plaisir: au lieu d'avoir le bon vieux aventurier qui arrive pour sauver la ville et en débaucher la plus jolie fille avant de repartir pour de nouvelles aventures, on nous donne rien moins que Jamie Lee Curtis en baroudeuse à la recherche de sensations fortes.



- Kathy Williams, la femme de pouvoir. Accompagnée de son assistante, elle est en charge des festivités du centenaire de la ville et de la petite communauté qui l'habite. Elle aussi va enquêter de son côté sur les mystérieux évènements liés au brouillard. Et dans le rôle de cette vénérable dame, la non moins vénérable Janet Leigh, qui vient rejoindre sa fifille dans le casting de ce film.



Notons par ailleurs que le scénario est coécrit par la complice de toujours d'Oncle Johnny, qui produit également le film, Debra Hill, alors qu'on vienne pas me dire que le fantastique, c'est uniquement un truc de mecs!


2. Le classique, c'est indémodable

C'est une des choses que je préfère dans ce film. Le fait d'avoir resserré l'intrigue fantastique sur cette petit village de la côte américaine lui confère une atmosphère très particulière. On pense tout de suite au grands Maîtres de la littérature horrifique américaine qu'on aime. Le décor évoque immédiatement le Maine cher à Stephen King, et l'histoire des fantômes vengeurs qui viennent se venger des méfaits du passé bien maquillés dans l'histoire patriotique américaine nous rappelle ses obsessions. Et puis il y a cette moiteur, ce froid, cette ambiance putride, cette idée que l'enfer sur terre est dans la mer qui nous renvoie directement à Lovecraft. Et il y a bien évidemment cette histoire de revenants et cette ironie qu'on retrouve chez Edgar Allan Poe cité dès l'ouverture du film. "All that we see is but a dream within a dream" (Bon, en même temps, avec un tel brouillard, on voit quand même pas grand chose).

On est donc bien dans l'atmosphère de l'horreur classique américaine, voire du roman gothique anglais, comme au coin d'un feu une froide nuit de novembre: du brouillard, des fantômes du passé qui viennent hanter une ville maudite, un phare qui brille dans la nuit, c'est peut être pas super original, mais ça fonctionne toujours très bien pour faire remonter un frisson d'angoisse le long de notre colonne vertébrale.

3. Less is more
Budget: 1 000 000 de dollars. Temps de tournage: 30 jours. Avec de telles contraintes, ce film est à mon avis une véritable réussite.
D'abord parce qu'on a pas besoin d'une abondance d'effets spéciaux pour que ça marche (en parlant d'effet spéciaux, notons que le nom du météorologue dans le film est Dan O'Bannon, hommage au grand spécialiste de la discipline). On travaille surtout sur l'ambiance, les phénomènes étranges et les récits parallèles des différents personnages qui en font une sorte de film-chorale catastrophe et fantastique. Et à mon avis, ça marche complètement. Comme pour la bande original du film made in le Bontempi de Carpenter (comme souvent), c'est minimaliste, mais efficace. Et si l'on peut tiquer sur des incohérences, on ne s'ennuie pas une seconde.
Pour moi, ce film est véritablement une sorte de conte, il a quelque chose d'intemporel et de merveilleux, et joue sur des peurs primales, ce qui est parfaitement efficace en ce qui me concerne: la peur de l'isolement, de la cécité, de la nuit et du brouillard, et celle du mal qui engendre le mal, de la faute qui fait naître la malédiction. Le parfait petit film pour commencer l'automne....



Merci à The Movie Freak pour ce chouette thème. N'hésitez pas à nous rejoindre si ce thème vous inspire jusqu'au 30 septembre, ou plus tard si vous souhaitez lancez votre propre thème: nous avons besoin de nouveaux membres-bloggueurs pour héberger les futurs Ciné-club, vous êtes les bienvenus!



mercredi 21 septembre 2016

Le livre de la jungle: sauvage et vintage



Grâce au site Cinétrafic, j'ai eu la surprise de découvrir le film Le Livre de la jungle, qui sort en DVD. Alors pour couper court directement aux interrogations, on ne parle pas ici du dessin animé de Walt Disney (dont je suis une fan absolue, c'est sans conteste mon Disney préféré). On ne parle pas non plus film récent de Jon Favreau. Et on ne parle pas non plus la version de 1995, avec le musculeux Jason Scott Lee et la toute jeune Lena Headey (ouais, Cersei!).

Le livre de la jungle dont on va parler aujourd'hui, c'est le tout premier, celui de 1942, de Zoltan Korda, avec la jeune superstar indienne Sabu. Un classique donc, que je n'avais toujours pas vu, et ce DVD est bel et bien arrivé pour me permettre de parfaire ma culture cinématographique.



Remettons d'abord le film dans son contexte. En 1942, les frères Korda (Zoltan et Alexander) décident de produire une adaptation (pas tout à fait fidèle) du roman de Rudyard Kipling avec, en vedette, leur jeune révélation: l'acteur indien Sabu, leur atout charme et exotisme. Il faut dire que suite au succès du voleur de Bagdad, ce dernier récolte une certaine célébrité et les frères Korda trouvent dans Le livre de la Jungle le personnage parfait pour mettre en avant leur poulain. Parce que Sabu, fils d'un monteur d'éléphants, est très à l'aise avec les animaux. Parce que le rôle de Mowgli, l'enfant sauvage, est parfait pour mettre en valeur le physique très avantageux du jeune éphèbe qui n'est pas très pudique. Parce qu'il est indien, comme le personnage et que pour une fois, on n'est pas obligé de le maquiller (et oui, c'est les années 40, hein). Avec le Voleur de Bagdad, ils avaient déjà pu constater que le film à grand spectacle (ils avaient quand même eu les faveurs du génie des effets spéciaux Ray Harryhausen) et à tendance orientaliste était en vogue. C'était donc le succès assuré. Et ça l'a plutôt été, le film a même été nommé pour 4 oscars.

Qu'en est-il alors aujourd'hui? Alors c'est vrai, on doit bien dire que certaines choses n'ont pas bien vieilli du tout. En premier lieu, le casting qui, à l'exception de Sabu, n'est absolument pas indien, et tartiné au terra-cotta pour faire couleur locale. Alors oui, c'est complètement inhérent à l'époque, mais ça ne passe plus bien du tout, surtout si cela s'ajoute à une vision assez coloniale des Indes Britanniques (l'Inde ne sera indépendante que 5 ans plus tard) où une jeune femme britannique va être l'auditrice du vieux conteur Bulldeo qui va lui narrer les aventures de Mowgli le petit d'hommes. Mais avouons-le tout net: pour l'époque, il y a quand même bien pire. Le livre de la jungle a tout de même le mérite d'avoir un Indien dans le rôle principal et de proposer une morale poussant au respect de la nature.
Parmi les autres aspects très 40's du film, il y a l'insertion d'images d'archive. Parce qu'il est bien clair que tout se passe en studio et lorsqu'on voit dans différents plans à la fois la savane et la jungle et divers animaux, on comprend rapidos qu'il y a eu du pillage de docu animalier. Heureusement que le film possède aussi une véritable ménagerie en studio, parce que c'est parfois à la limite du ridicule.

Autre élément très vintage mais que personnellement, j'adore: les décors peints. Le film a en grande partie été tourné en studio. Du coup, pour figurer la perspective luxuriante de la jungle, on a fait appel à des décors peints en fond. Et ils sont tout simplement sublimes: colorés, délirants, ils donnent une véritable dimension féérique à ce joli conte. Vraiment, loin d'être ridicules ou dépassés, ils confèrent une dimension poétique que je trouve bien supérieure à de nombreuses compositions numériques de décor qui sont aujourd'hui parfois assez dégueulasses. Ils m'ont complètement séduite, d'autant qu'ils sont mis en valeur par un somptueux technicolor qui éclabousse joyeusement l'œil.



En dehors de cela, le film a un véritable charme enchanteur, qui tient plus à son atmosphère qu'à son histoire. Faut dire que le scénario est assez éloigné du livre d'origine pour se baser surtout sur le retour parmi les hommes de Mowgli, et la leçon de la jungle qu'il va apporter une communauté vérolée par l'appât du gain. C'est plutôt une bonne idée en soi, parce que les scènes avec les animaux sont difficiles à faire sur tout un film, c'est donc compréhensible de confronter plus Mowgli à ses pairs humains, mais le scénario comporte quelques faiblesses de rythme malheureusement.

Pour autant, les scènes dans la jungle avec les animaux sont clairement les plus réussies. Et effectivement, Sabu y est pour beaucoup. Il a une telle aisance à jouer avec les animaux qu'on croirait vraiment qu'ils conversent ensemble, il tient parfaitement le film sur ses jeunes épaules. Les animaux, eux, sont tous formidables, qu'il soient réels (Bagheera ou les loups) ou animés (le joli Kaa) s'intègrent parfaitement au récit, parlent sans qu'on en soit même surpris, et on se prend au jeu, tout à l'envoûtement de cette jungle féérique où homme et animaux cohabitent en symbiose avec la nature.



Le DVD

N'ayant reçu qu'une copie du DVD de distribution, il m'est difficile d'évaluer à sa juste valeur le DVD édité par Elephant classic films et sorti le 9 avril 2016. Je peux dire en tous cas que l'image est assez belle et met parfaitement en valeur le travail de restauration de ce film, dont les couleurs sont éclatantes.
En bonus, la bande annonce et un court-métrage documentaire sur Sabu qui promettait d'être assez intéressant, mais que je n'ai pu regarder jusqu'au bout, le DVD étant défectueux à cet endroit. C'est le genre de bonus que j'aime bien, notamment lorsqu'on parle de "cinéma classique". Cela permet de bien remettre le film dans son contexte et d'en comprendre l'impact à l'époque, mais ça repait aussi mon petit côté midinette, qui aime bien en savoir un peu plus sur les people des temps passés.

Si après ça, vous voulez revenir aux films d'animation ou autres productions Disney, vous trouverez sûrement votre bonheur en suivant ces liens.





mardi 20 septembre 2016

En cavale: mon père, cet escroc



Grâce à Cinetrafic, j'ai découvert en DVD le film En Cavale, de Peter Billingsley, un film d'action père-fille.

Avant de le voir je n'en avais pas du tout entendu parler. J'ai simplement été séduite par le casting, qui promettait pas mal: Vince Vaughn, la chouette Haylee Steinfeld (vous savez, la gamine de True Grit), l'indémodable Bill Paxton, le toujours fresh Terrence Howard. Avouez que c'est tout de même alléchant!

Le pitch du film est assez simple: Nick est une sorte de concepteur indépendant de braquage: il prépare le braquage idéal, cherche des acquéreurs parmi les malfrats les plus talentueux, et vend le projet. Du coup, on ne peut pas dire que son entourage professionnel soit des plus recommandables. Il a donc décidé de se couper de sa femme et de sa fille pour les tenir à l'écart de ce milieu. Il se tient tout de même au courant de l'évolution de sa fille en l'observant à distance et en assurant ses arrières. Tout fonctionne plutôt bien jusqu'au jour où il va se retrouver dans un vilain traquenard et sera bien obligé de prendre la fuite, et de protéger sa progéniture.



On est ici dans un scénario très classique du Buddy movie, mais avec, dans le rôles du maître et du disciple, un duo père-fille plutôt sympathique. Rien de très surprenant dans les personnages, (le pro sérieux et appliqué et la gamine fantasque et imaginative, qui vont s'apprendre l'un-l'autre) mais la sauce prend plutôt bien entre Vince Vaughn et Haylee Steinfeld. Ils sont attachants, ils forment un joli duo aussi bien dans l'action que dans les scènes plus "familiales", et l'évolution de leur relation est une des parties les plus réussies et les plus émouvantes du film.

Quant aux autres personnages, c'est un peu la même chose: rien de bien original, mais tout est très bien exécuté, par des acteurs qui font parfaitement bien le job: Bill Paxton est le parfait méchant, un ripoux tout en moustache et lunettes, le good guy qui a mal viré. Terrence Howard est très à son aise dans un second rôle de flic droit dans ses bottes (lui qui est pourtant abonné aux rôles de gangsters). Surtout, une belle surprise avec un Jordy Molla, extrêmement effrayant en mafieux dépressif qui parvient à rester juste dans l'extrême (oui, oui, c'est possible).



En ce qui concerne le scénario, rien d'extrêmement nouveau, mais c'est plutôt bien ficelé et tout à fait honnête. Mon seul souci a été le mélange des genres que je n'ai pas trouvé tout à fait abouti. Le Buddy movie d'action fonctionne plutôt bien, notamment comme je le disais tout à l'heure avec, en plus un duo père-fille assez efficace. Je suis plus mitigée sur la dimension comique qui, à mon avis, ne va pas assez loin pour que ce soit vraiment drôle, et la dimension thriller (le comique étant en contrepartie trop importante pour qu'on s'inquiète vraiment). En résumé, c'est plutôt agréable à voir, et on y est comme bien comme dans un bain d'eau tiède: c'est pas difficile de rentrer dedans, mais si ça ne rafraichit ou ne réchauffe pas, on se demande si on aurait pas mieux fait de prendre une douche. Honnête, mais pas de quoi laisser un souvenir impérissable.

Le DVD et le blu-ray du film édités par Metropolitan Filmexport sont sortis le 20 juillet 2016. Ayant reçu une copie de distribution, je ne sais pas si elle est très proche de la version en vente. Celle que j'ai reçu est en tout cas de bonne qualité, bien que très pauvre en bonus (uniquement des bandes-annonces de film).

Chez Cinétrafic, vous trouverez également de chouettes listes de films si par exemple, vous trouvez qu'action et comédie font souvent bon ménage, ou que vous voulez voir un bon hold-up, comme dans beaucoup de films d'action.










lundi 29 août 2016

Le ciné-club de Potzina d'août: A table!

 
Pour ceux qui me suivent un peu, vous savez que j'hébergeais ce mois-ci le ciné-club de Potzina nouvelle formule (pour en savoir plus, c'est ici), qui convie tous les blogueurs ciné qui le veulent à nous parler de leur film favori concernant un thème précis (c'est ici pour nous rejoindre). Ce mois-ci, j'avais choisi le thème "A table", pour avoir plein d'idées appétissantes de films, et je n'ai pas été déçue.

- La chambre rose et noire a ouvert le bal en nous offrant une délicate sucrerie: le film Waitress





- Friande de série télé s'est intéressée à la malbouffe avec le documentaire décapant Super size Me

 
- Je vous ai proposé un tour culinaire du Japon avec le formidable Tampopo



- The Movie Freak nous a proposé un menu dégustation des meilleures scènes de bouffe au cinéma.



C'est d'ailleurs The Movie Freak qui va prendre le relais pour le Ciné-club du mois de septembre. Rendez-vous donc sur son site ou sur notre groupe Facebook dans peu de temps pour connaître le thème du mois prochain: j'ai hâte!

Petit SOS par ailleurs: pour l'instant, nous n'avons pas d'hôte blogueur pour le mois d'octobre. Si vous avez un thème en tête et que vous voulez partager avec nous, n'hésitez pas à nous faire signe (sur notre page Facebook par exemple, ou en commentaire ci-dessous), on en sera ravis!

Enfin, pour vous remercier d'avoir participé, une petite sélection de films liés au thème que j'aime bien:

- Menu parisien: Ratatouille, le rat chef de Pixar, qui donne l'eau à la bouche des petits et des grands,
- Menu Un Indien dans la ville: La jolie comédie indépendante Today's special, de David Kaplan, sur un chef New-yorkais d'origine indienne qui doit reprendre le restaurant en passe de fermeture de sa famille,
- Menu enfant (gniark gniark): Nouvelle cuisine, de Fruit Chan, film à déconseiller aux âmes sensibles , où une femme mûrissante trouve une recette de beauté assez peu ragoûtante,
- Menu All you can eat: Le mythique et scandaleux La grande bouffe, de Marco Ferreri,
- Menu cuisine du futur: l'anticipation pas bien appétissante de Soleil Vert,
- Menu fusion: la comédie rock 'n'roll de Fatih Akin, Soul Kitchen,
- Menu météorologique: le très rigolo Tempête de boulettes géantes,
- Menu classique: rien de tel qu'un bon vieux l'Aile ou la cuisse,
- Menu food-truck: la belle comédie de Stephen Frears The van,
- Menu chinois: Le festin chinois: Tsui Hark, Leslie Cheung, de la nourriture: c'est un rêve? non c'est un film,
- Menu La vengeance est un plat qui se mange froid: Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant, vaudeville horrifique de Peter Greenaway,
- Menu exotique: L'odeur de la Papaye verte: un magnifique vietnamien rafraichissant et sensuel,
- Menu surprise: le film d'animation pour adultes Saucisse Party, que j'attend avec impatience.

A bientôt, et bon appétit!

 














jeudi 25 août 2016

Dernier train pour Busan: grippe ferroviaire



Pas de vacances pour moi cet été. A force de voir pulluler les photos des copains en Italie, au Canada, en Nouvelle Zélande, au Portugal ou à d'autres magnifiques coins de la planète, je me sentais un peu frustrée. Alors, moi aussi, j'ai décidé de partir. J'ai pris mes valises sous les yeux et j'ai acheté mon billet. Loin de chercher le soleil, je me suis installée dans le noir pour prendre le Dernier train pour Busan, une destination aussi lointaine qu'incertaine.

Je ne suis absolument pas déçue du voyage, mais autant vous prévenir: suite à des incidents techniques, il risque d'y avoir quelques arrêts momentanés sur la route. Mais pour votre sécurité, il vous est cependant strictement interdit de descendre des rames avant votre arrivée à destination. Dites adieu au tranquille brinquebalement, au délicieux et hypnotique roulis des wagons, et préparez-vous à des secousses. Si vous êtes toujours partant, installez-vous bien confortablement (parce que ça va pas durer) sur la moleskine de votre place, et évitez d'ouvrir trop les rideaux des fenêtres: ce ne sont peut-être pas des troupeaux de vaches que vous y verrez défiler, mais une meute de créatures bien plus menaçantes. Attention à la fermeture des portes, accès au départ!



Direction la Corée du Sud, donc, qui après The Strangers (vu ici) et Man on High Heels (que j'ai honteusement raté, mais que Tina me donne furieusement envie de voir), a décidément une sacré patate estivale. Dernier train pour Busan est un film de Yeon Sang-Ho et c'est le premier film que je vois de ce réalisateur, qui a surtout fait de l'animation (ce qui se voit un peu).

Tout commence dans une petite bourgade où l'on observe un barrage routier de décontamination biologique qui arrête un transporteur agricole: pas très rassurant, mais rien d'inhabituel dans le monde où nous vivons et où les souvenirs de la grippe aviaire sont encore très frais. Le transporteur agricole reprends la route, et percute une biche. Pour éviter tout problème, il déplace l'animal mort et reprend tranquillement la route. Un joli pano et on revient sur la route, un spasme anime le cadavre qui se relève et affiche un regard vitreux pas très sain. Et bim! On est tombé dans le film. Après quelques minutes à peine, première émotion: on hésite entre le rire et la surprise, mais en tout cas, on est aussi ferrés que la voie (bon, ok, elle était facile, celle-là) et prêts à voir à un bon petit film de zombies des familles. Les films de zombie, c'est plus très original, se dit-on, mais ça fait toujours plaisir. Et bien ce n'est qu'à moitié juste.

Parce que oui, un film de zombies, ça fait toujours plaisir, mais non, ce film de zombies n'est pas qu'un énième film de zombies. Et rien que ça, bon sang, c'est une excellente nouvelle. Dernier train pour Busan est un film extrêmement intelligent qui reprend des films de zombies ce qu'ils ont de plus intéressant, mais arrive tout de même à renouveler le genre de manière très étonnante, mais pour le comprendre, il faut que je vous parle un peu plus du pitch...

 



Nous avons donc 2 protagonistes principaux: un trader sans merci, Sook-Woo et sa fille Soo-han, qu'il a tendance à négliger un peu, se donnant corps et âme à son diable de taf. Il doit ramener la fillette chez sa mère, à Busan et ils prennent un train à grande vitesse pour s'y rendre. Le voyage devrait être rapide, et le père devrait vite pouvoir revenir au business as usual. Mais c'est sans compter l'intrusion pirate au moment de la fermeture des portes d'une jeune femme tremblotante, aux veines bleuies et au teint blaffard, symptômes d'un virus très virulent et hautement contagieux qui foudroie ses malades puis les transforment en cadavres décérébrés et assoiffés de sang.

Voilà, les dés sont jetés, tout est là: on est parti pour un huis-clos en mouvement avec l'intrusion d'un patient zéro dans un lieu fermé. On sait déjà à quoi s'attendre : la recherche d'une issue, le danger qui pousse à se surpasser, une contagion rapide et bien flippante, et une tension continue. Et on a bien raison, parce qu'il y a exactement tout cela.

D'abord le huis-clos dans un train. On le savait depuis longtemps avec le Crime de l'Orient-Express: enfermer des gens dans un train et y faire pénétrer une menace est une excellente idée. Ici, elle est parfaitement exploitée, balisant le terrain, créant de nombreuses contraintes qui, on le sait très bien, sont le meilleur catalyseur de la créativité. Comment s'en sortir quand on est cloitré dans un compartiment parce que les autres voitures pullulent de zombies, autant que les gares intermédiaires et que sa seule planche de salut c'est arriver à bonne destination? Dévoiler des trésors de courage et d'ingéniosité. Et là, comme on l'avait déjà fait pour l'autre chef d'œuvre d'anticipation ferroviaire Snowpiercer, on s'étonne de la manière incroyablement inventive dont on arrive à évoluer dans cet engin si étroit, à lui donner de l'espace et de la profondeur grâce à des mouvements de caméra dont l'ampleur ébahit. On est épaté par l'économie du scénario qui ne laisse rien au hasard, qui sait parfaitement utiliser l'intégralité du décor, où chaque objet et élément de l'espace a une fonction. C'est d'une efficacité et d'une intelligence effarantes.

 
 
 


Autre code du film de zombies totalement respecté: la situation de survie exacerbe les caractères, pousse l'humain dans ces derniers retranchements. C'est l'un des aspects les plus intéressants du film de zombies, du film catastrophe de manière générale. Parce que oui, le film de zombies et particulièrement celui-ci peut être totalement affilié au film catastrophe (ce qui fait que j'ai toujours du mal à comprendre les gens qui adorent les films de zombies et qui n'aiment pas Titanic). Donc là, les personnalités se dévoilent et les sentiments explosent: le trader se découvre père, la petite fille délaissée se découvre aimée, la grande gueule à gros bras se découvre tolérant et sensible, le gamin réservé se découvre courageux, le gros con... ben reste un gros con. Et il y a toujours quelque chose d'exaltant à voir s'opérer ces transformations pour les personnages, à voir combien leur évolution peut être rapide en situation extrême.

Autre contrainte forte qui déploie des trésors d'imagination chez les scénaristes et qui en font un film haletant: la notion de temps est aussi étroite que les toilettes d'un TER. Si l'on met en exergue l'introduction et la présentation des protagonistes, l'essentiel du film est raconté en temps réel: on apprend que le voyage Seoul-Busan, en temps normal, dure une heure: il faudrait vérifier, mais je suis persuadée que si l'on rajoute les temps d'arrêts et de retard dus au légers désagréments zombiesques, on tombe pile sur un vrai parcours. Et durant ce voyage, on ne s'ennuie pas une seconde. Le tempo est mené tambour battant, les scènes où l'action permet de respirer sont émotionnellement intenses, les scènes sans fort potentiel communicatif entre les personnages sont de l'adrénaline pure. Encore une fois, le scénario est une merveille de développement durable de l'écriture: tout sert, pas de déchet, pas de temps mort, pas d'infos inutiles: ça va à très grande vitesse et c'est d'une efficacité qui fait pâlir tous les ingénieurs de la SNCF.



Et au-delà de son respect des commandements principaux du film de zombies, Dernier train pour Busan innove. D'abord avec ce truc de malade dont seuls les Coréens semblent capables à l'heure actuelle: un mélange de genres qu'on ne verrait à la base pas du tout ensemble mais qui marche du tonnerre. Et là, tenez-vous bien, vous êtes devant le premier mélo zombiesque réussi de l'histoire du cinéma. Quand je vous disais qu'on était pas loin de Titanic, je déconnais absolument pas! C'est la première fois qu'un film de zombies me fait autant chialer. Et quand je dis chialer, je dis pas écraser une petite larme au coin de l'œil, non je dis chialer comme un veau qui regarde passer les trains et à l'heure où je vous parle, en me remémorant certaines scènes, j'ai les yeux franchement humides. Parce que, je vous le disais, la situation étant bien évidemment un catalyseur de caractère, c'est aussi une bombe d'émotions servis par des acteurs très doués, et notamment une formidable petite comédienne qui va vous faire complètement dérailler. Je sais pas ce qu'ils leur mettent dans le biberon aux jeune actrices coréennes, mais entre cette merveilleuse Kim Soo-Ahn et l'incroyable Kim Hwan Hee de The Strangers, il y a une intelligence de jeu et une transmission d'émotions dont bien des actrices grand format pourraient s'inspirer.



Il faut souligner également la parfaite maîtrise de la réalisation, qui parvient à créer des images jusqu'alors inédites (ce qui devient un sacré challenge dans cette période de surdose de zombies). Pour moi, la grande idée visuelle est de traiter la meute de zombie comme un véritable essaim: ils ont une sorte d'instinct collectif qui les poussent à faire les mêmes choses en même temps: on assiste donc à de terrifiantes et impressionnantes "vagues de zombies". Ici, on ne mise pas sur le gore, les boyaux et le sang pour foutre la pétoche, mais sur la menace du nombre et celle de la contamination et bon sang, ça fonctionne.

Et puis, on le dit toujours, et on va encore le dire, depuis Romero, le film de Zombie est un parfait prétexte à proposer un miroir à peine déformant de notre société en pleine déliquescence. Et alors là, mes petits amis, laissez-moi vous dire qu'on fait pas dans la dentelle. Le constat de Dernier Train pour Busan est terriblement amer, et fait état d'un monde où le cynisme et l'individualisme outrancier fait basculer toute idée d'avenir dans l'horreur. Des politiciens qui font croire qu'ils maîtrisent une situation qui, comme on peut le voir sur internet, les dépassent largement, des salopards prêts à tout pour garder leur petit confort, et surtout, une charge dévastatrice contre... argh, je peux pas vous le dire. Mais bon sang, allez voir le film, parce que pour moi, c'est la première fois où je trouve que la source de l'apparition du virus zombiesque est totalement plausible: pas de savants-fous, pas de théorie du complot, juste une négligence au service de l'enrichissement immédiat. Et entre ça et les torrents de larmes,  je peux vous dire que ce film m'a gravement pris aux tripes, au point où je me demande si je n'ai pas été infectée.