pelloche

pelloche

mercredi 15 octobre 2014

Quand Carrère raconte Dick, Je suis vivant et vous êtes morts


En littérature, j'ai toujours (au moins) un train de retard. D'abord parce que j'achète beaucoup de poches (oui, les jolis livres brochés, c'est bien mais c'est pas donné, et ça prend plus de place dans la bibliothèque), et que j'ai toujours les yeux plus gros que... les yeux: pour un livre lu, j'en achète trois, sans compter ceux qu'on me prête, qu'on m'offre. Du coup, j'ai une liste d'attente qui ne fait que s'allonger, et c'est encore pire depuis que j'ai investi dans la liseuse numérique il y a un an...

C'est pourquoi, alors que sort le dernier roman d'Emmanuel Carrère, Le Royaume (dont j'entends, çà et là, beaucoup de bien), je viens, moi, de terminer sa biographie de Philip K. Dick, Je suis vivant et vous êtes morts.


Pourquoi ce bouquin là? Ben d'abord, parce que je ne savais pas encore qu'il existait et quand j'ai découvert chez ma libraire un petit livre de la collection point 2, avec un portrait technicolor de Philip K. Dick dessus. Cette collection point 2, je ne sais pas si vous êtes déjà tombés dessus, mais c'est un rêve de collection. De tout petits livres, de 12 par 8 cm, en lecture paysage, avec du papier tout fin, on pourrait caser tout Proust dans une pochette de soirée (on sait jamais, des fois que la soirée soit moins fun que prévu). Mon regard a donc été attiré par le portrait de Philip K. Dick (qui, ne se contentant pas d'être un des plus grands écrivains de Science Fiction, était aussi plutôt beau gosse). Et me rapprochant de ce mignon petit livre tout coloré, j'ai lu le nom d'Emmanuel Carrère. Alors là, coup de foudre! Un de mes écrivains préférés écrit sur un autre de mes écrivains préférés, et tout ça dans un adorable objet livresque qui peut s'associer à tous mes sacs, mêmes les plus riquiquis? Un objet qui parle à mon amour de la littérature, ma passion de la science fiction, mon sens esthétique et mon esprit pratique? Comment ne pas succomber?

J'ai donc lu cette biographie tout doucement, en grignotant un peu chaque jour, essayant de repousser la fin autant que possible. Mais la fin est arrivée (d'autant moins drôle que c'est la même que dans la plupart des bio: le personnage principal meurt), alors pour ne pas m'en débarrasser trop vite, je vous en parle.

Philip K Dick et un mouton pas trop électrique
Alors voilà, Emmanuel Carrère s'attache ici à raconter la vie de Philip K. Dick, l'auteur de science fiction le plus ratissé par le cinéma, parfois pour le pire (Paycheck, qui vient d'une très courte nouvelle, non mais vraiment, rien que d'y penser, j'en grince des dents), parfois pour le "mouais, bof, je retourne lire le bouquin (A scanner darkly, Total Recall, Minority Report) mais aussi pour le meilleur (Blade runner, bien évidemment!). Philip K. Dick, c'est une Science-fiction à la fois humaniste et conspirationniste, c'est une vertigineuse succession d'univers mis en abîme. Philip K. Dick, c'est une œuvre qui se résume en une question, qui ouvre toute les autres: Qu'est-ce que la Réalité? Philip K. Dick, c'est cet homme qui essaie, en rentrant chez lui, de tirer machinalement le cordon d'une lampe pour réaliser qu'il y a en fait un interrupteur, qu'il y a toujours eu un interrupteur, et qui pourtant reste persuadé qu'il devrait normalement y avoir un cordon. C'est le quotidien qui bascule dans le fantastique par de simples incohérences, le réel qui se renverse comme dans le miroir d'Alice, réduit à la banalité d'un rétroviseur.


Emmanuel Carrère nous narre ici les différentes étapes de sa vie, depuis son enfance marquée par la mort de sa sœur jumelle quelques jours après leur naissance et le départ paternel, et son adolescence passée à ingurgiter tout ce qu'une mère hypocondriaque peut vous donner, et à s'amuser à faire tourner en bourrique les différents psys auxquels elle vous jette en pâture, faisant passer, selon son gré, leur diagnostic de "normalement normal, normalement anomal, anormalement anormal, à anormalement normal (son triomphe)". Il nous raconte sa passion pour les livres et la musique, les femmes qui se succèdent, les enfants, ses différentes vies, ses différents rôles. Il soulève des anecdotes truculentes (Dick qui s'amuse à manipuler un type du FBI qui enquête sur ses rapports avec le communisme en lui faisant croire que Nixon y est visiblement trop opposé pour ne pas être secrètement rouge), et n'hésite pas à nous dépeindre ses moments les plus difficiles (ses différentes tentatives de suicide, ses crises psychiques aussi nombreuses que variées). Je retiendrai notamment la description de la fameuse conférence de Metz qui a surpris, voire déçu les participants, qui est racontée ici de l'intérieur, et qui en devient bouleversante.

Mais surtout (c'est là que Carrère excelle), il nous fait entrer dans la tronche de Dick, et là croyez-moi ou pas, mais c'est encore plus barré, encore plus flippant que n'importe lequel de ses romans. Parce que le piège de la réalité qui se dérobe tout à coup comme dans Ubik, Dick y est tombé dedans quand il était petit, et ce n'est pas un double à jamais présent (Jane, le fantôme de sa sœur Jumelle, ou Thomas, le chrétien supplicié, ou Horsefat Lover, son pseudo) qui l'ont aidé à s'en sortir. Tour à tour, il a été mystique new age basant les décisions de sa vie sur le yi-king, théoricien du complot anti-Nixonnien persécuté par l'état car ses romans dévoilaient la réalité abominable cachée sous les dehors clinquants des 30 Glorieuses (et non, Matrix n'a rien inventé), exégète chrétien doublé d'un cynique. On le suit de délire paranoïaque en dédoublement de personnalité, et les bases de notre réalité ne nous semblent plus si solides. On pénètre avec lui dans l'antre de Palmer Eldritch, le Dieu venu de Centaure, qui crée un monde cauchemardesque et qui joue sadiquement avec ceux qu'il y a embarqués par une drogue hallucinogène. Bien que l'on soit parfois énervé par les geignardises de Dick, on n'en reste pas moins toujours en empathie (enfin, si l'on est humain ;-) ) avec lui, et Emmanuel Carrère nous fait ressentir sa profonde détresse avec beaucoup de talent.

D'ailleurs, on comprend vite pourquoi Carrère a décidé d'écrire la biographie de cet écrivain en particulier. En effet, ils ont beaucoup de points communs. Il y a chez les deux auteurs cette façon de déconstruire un monde par un objet tout à fait banal. En effet, comment ne pas voir, dans le formidable roman La Moustache, où un homme voit sa vie basculer le jour où il se rase la moustache et que personne ne s'en rend compte, un hommage à la littérature dickienne? On retrouve aussi chez lui le mysticisme chrétien soudain qu'il a connu et qui l'a poussé à écrire Le Royaume, sorti il y a quelques semaines. Enfin, ce sont tous les deux, il faut bien le dire, des auteurs à l'œuvre démente, très cinématographique (Carrère est tout de même, à la base, un critique de cinéma de Télérama et Positif), qui marquent fortement les souvenirs de leurs lecteurs.

Ici, la rencontre des deux est un plaisir de lecture immense, le style remarquable de Carrère, son humour, ainsi que sa connaissance et son analyse de l'œuvre Dickienne s'accordent à merveille avec le talent colossal, le génie et la folie de son personnage. Je ne pouvais rêver plus beau duo, et ce joli petit livre qui fait plus que tenir ses promesses me manque déjà, cet article terminé. Mais, ouf, une belle anthologie des nouvelles de Dick me fait de l'œil sur l'étagère et Le Royaume m'attend chez ma libraire...















mardi 23 septembre 2014

Poupée de Wax



S'il est bien une période que j'aime aussi bien dans le cinéma que dans les fringues, c'est bien les années 60.  Et s'il y a un modèle de robe que j'aime par dessus tout à cette époque là, c'est bien la robe fourreau, assez près du corps, ceinturée au milieu, avec une jupe crayon. Comme le modèle ici à pois, issu du film Un Deux Trois.

Rien de tel pour se sentir ultra féminine,et classe. Et c'est pas en (re)voyant Jeanne Moreau dans La Baie des Anges que vous aurez envie de me contredire. Sincèrement, elle est pas renversante d'élégance, la Jeannette?


Ben du coup, cet été, comme j'étais en pleine phase de féminitude exacerbée (la chaleur et les robes glamour, c'est un peu comme David et Jonathan, le pastis et les apéricubes, une association mythique de l'été, quoi!), j'ai chercher un petit modèle qui pouvait correspondre à ce que je voulais et qui ne dépasse pas 2 mètres de tissus. J'avais en effet en stock un petit wax qui pétait sa mémère, que j'avais trouvé pour une bouchée de pain, aux couleurs wahou (jaune et violet, rien que ça) et aux motifs assez originaux (des petits cœurs à clés).



J'ai trouvé ce que je cherchais dans un magazine Tendance Couture de Simplicity, n°8, piqué à ma môman. C'est un modèle à col en cercle, ceinturé, assez près du corps (même si l'on peut aussi le choisir en jupe cercle), très sixties. Mais je vous avoue que pour une débutante, ça a été assez mastoc niveau difficulté.

Alors d'abord 11 pièces à découper. Sans compter la doublure, parce que oui, il y a une doublure!!!
Donc, un report de patron assez long, et un temps de découpage l'étant autant.
Première pose de doublure de ma life, et là, ça c'est finalement bien passé.

Une fermeture à glissière invisible, bon encore un peu visible, mais je m'améliore, je vous assure.

Les explications étaient plutôt claires jusqu'à ce qui a été ma hantise la pose du col: où le poser sans repères bien expliqués??? Comment traiter les finitions à la main? J'en ai sué comme pas possible, mais je l'ai finalement posé...mais pas au bon endroit, apparemment, puisque, comme vous l'allez voir sur les photos suivantes, le haut était un peu large. On voit clairement que je n'ai pas les arguments nécessaires pour mettre en valeur ce haut de robe (mais je pense qu'elle serait allée comme un gant à Sophia Loren)




Le pire, c'est au dos, ça fait une belle bosse et n'ayant pas le talent de transformiste de Jean Marais, j'allais pas garder ça, quand même...



N'ayant plus un gramme de tissus, je ne pouvais pas découdre le col sans trop l'abîmer pour le recoudre ensuite. Il a donc fallu que je me dépatouille en rétrécissant le haut par les coutures sur les côtés et finalement, grand bien m'en a pris, car si elle n'est pas encore parfaite (la petite bosse du dos est toujours un peu là), elle est en tout cas tout à fait portable!
Un dos un peu plus droit, mais t'as vu? Fermeture presque invisible!
Et j'ai pu m'en donner à cœur joie cet été dans les rues de Valette, pendant mes vacances.
Comme ce modèle m'a un peu énervée, je pense bien que je vais le refaire pour l'an prochain, peut être avec la jupe évasée, mais cette fois, je vais bien placer mon col. Je n'aurai de repos que lorsque j'aurais réussi complètement! (poing tendu au ciel dans un geste dramatique)
 Pas encore la classe de Jeanne, mais on s'en rapproche...





Et parce que c'est du wax, un petit morceau surcinéphilique en prime




lundi 22 septembre 2014

L'ivresse de voir Double


Alors, oui, j'ai du retard, je le sais, mais les vacances, surtout si l'on attend le mois de Septembre pour les prendre, c'est sacré. Alors, bien que sachant qu'il ne doit plus y avoir beaucoup de salles le diffusant, mais il fallait absolument que je partage ce film avec vous. Je suis allée voir The Double un matin et j'en suis sortie émerveillée, avec l'impression d'avoir découvert un futur très grand cinéaste, d'avoir (re)découvert un acteur formidable, avec de la pop sixties japonaise plein la tête et un bonheur mélancolique au bord du coeur.

J'avais déjà évoqué ce film dans la programmation du festival Hallucinations Collectives, dont il avait gagné le prix du long métrage, mais n'ayant pu le voir alors, j'ai dû attendre sa sortie cet été. C'est donc avec d'excellents échos, et une terrible envie de découvrir le travail de cinéaste de Richard Ayoade que j'y suis allée. Richard Ayoade, depuis que je l'ai découvert dans le rôle de Moss, l'informaticien introverti de la série hilarante et/donc britannique, The IT Crowd, j'avoue que j'ai un faible pour lui. Ce personnage qu'il décline, à la télévision ( de la fausse série d'horreur 80's Garth Marenghi's Darkplace à l'émission créée par Stephen Fry présentant des objets plus ou moins innovants, Gagdget Man) est un clown un peu triste ou en tout cas très sérieux, un peu maladroit, et très attachant. Ce sont des caractéristiques que l'on va retrouver chez Simon, le protagoniste de The Double.

Ne dérogeant pas à sa réputation d'intellectuel, pour son second film, il a décidé d'adapter un roman de Dostoïevski, Le double, et en met en exergue toute la nature absurde, bureaucratique et claustrophobique. C'est dans cet univers anxiogène que nous introduit d'emblée la première scène du film. Dans un wagon de métro vide au néons hésitants, est assis un jeune homme, Simon, costume gris marronnasse, un attaché-case sur les genoux. Un homme s'avance et se plante devant lui. Il lui dit "Vous êtes à ma place" et lui fait signe de s'en aller. Simon s'exécute. Dès lors, nous savons à quel personnage nous avons affaire. Un jeune homme, ne sachant trop quelle est sa place, et prêt à la laisser à un autre, si on l'y pousse un peu.


Et sa place, il va justement se la faire subtiliser, par la pire némésis qu'on puisse avoir, soi-même et en même temps, son contraire. En effet, son double maléfique, mais aussi charismatique que lui est timide, aussi séduisant que lui est maladroit, aussi audacieux que lui est effacé va débarquer du jour au lendemain et obtenir tout ce qu'il attendait de la vie, tout ce qui lui donnait un sens: le job, la fille.

Son job, c'est aligner des chiffres dans un box, faire consciencieusement ses heures sup, et bosser parallèlement sur un projet d'amélioration des processus de l'entreprise afin de rencontrer, un jour, son inaccessible grand patron. La fille (Mia Wasikowska, qui enchaîne les bons films cette année), c'est la jolie reprographiste de son entreprise, sa voisine d'en face, qu'il observe par la fenêtre peindre et déchirer de petites images qu'il va chercher au vide-ordure et collectionne religieusement.

L'arrivée de James, le double prodige de Simon, va d'abord lui permettre de voir celui qu'il avait toujours rêvé d'être et le plonger dans un véritable cauchemar. Il en devient le souffre douleur et est condamné à l'observer faire écrouler tous ses projets, comme un enfant sadique prend plaisir à écraser les châteaux de sables des autres.


 Le cinéma de Richard Ayoade est un cinéma référencé, on y retrouve du Terry Gillian, du Hitchcock, du Wong Kar Wai, mais il crée son propre monde, une uchronie où les individus sont maintenus dans une servitude volontaire, des conditions tout juste vivables, une solitude désespérante, une bureaucratie toute puissante. Un monde où l'on crée une brigade spéciale pour les suicides par quartier, tellement le travail y est conséquent. Le film est d'un pessimisme profond, d'un désespoir presque complet (la seule lueur d'espoir étant d'un cynisme assez mordant). L'humour est bien présent tout au long du film, mais c'est un humour de l'absurde, qui fait sourire, mais nous laisse cependant inquiets. La tendresse est aussi là, ainsi que de beaux moments, mais tous empreints de nostalgie et du sentiment d'une occasion ratée. Ces moments ressemblent aux belles chansons sixties qui jalonnent le film, d'une beauté désuète et défraîchie. La bande originale d'Andrew Hewitt est d'ailleurs d'une qualité assez exceptionnelle, participant à nous enfermer dans l'angoisse de Simon.



Il faut absolument souligner la performance de Jesse Eisenberg qui réussi à interpréter les deux rôles avec beaucoup de subtilité. Il donne au personnage de James ce qu'il faut d'opportunisme charmeur, de violence souriante, de psychopathie élégante. Avec Simon, il trouve lui aussi son clown triste, et si dans un premier temps, ses rêves le rendent attachant, son désespoir et son angoisse, par la suite, sont complètement bouleversants. Et, je ne l'avais jamais remarqué avant ce film, mais il est aussi d'une beauté absolument désarmante.



En résumé, pour moi, ce film est d'ores et déjà l'un des meilleurs de l'année, avec Only lovers left alive. Comme ce dernier, il développe un véritable univers, aussi bien visuel que sonore (parce que j'ai parlé de la musique, mais le sound design est aussi incroyable). Comme ce dernier, il nous laisse groggys au sortir de la salle, alourdis d'une étrange nostalgie, celle qui est sans cesse présente dans le film, mais aussi celle que nous éprouvons, nous spectateurs, à quitter ces personnages, cette ambiance qu'on sait qu'on ne retrouvera pas ailleurs. Les oreilles un peu bourdonnantes, les yeux qui refusent de s'adapter à la lumière, là, dehors, l'impossibilité de parler pour rester dedans encore un peu pour se repasser des scènes, laisser l'ivresse d'un film agir encore un peu...









dimanche 31 août 2014

Quand la fête est finie...



J'essaie toujours de me méfier de mes premières impressions, parce qu'un film n'agit pas uniquement sur l'instant où on le voit, mais aussi après (parfois longtemps après pour les meilleurs) et l'on peut ressentir beaucoup de choses différentes entre le moment de la séance et les jours qui suivent.

Pour moi, ça a été le cas du film Party Girl, qui m'a fait passer par pas mal d'états, depuis que je l'ai vu, mercredi soir, et c'est toujours une expérience très intéressante. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce film ne m'a pas laissé indifférente... Car comme le dit l'un des personnages du film: "On en reparle dans une semaine..."


Très rapidement, je vous résume le film: Angélique, 60 ans, est entraîneuse dans un cabaret à la frontière allemande. Quand un client très amoureux, Michel, finit par la demander en mariage, sa côte de popularité ralentissant au travail, elle commence à se poser des questions... On va découvrir cette femme, ses amies, sa famille plus ou moins fonctionnelle et la suivre dans un tournant de sa vie.

Alors voilà, autant être très franche, on peut dire que quand ce film s'est terminé au son des très beau Chinawoman, je chialais ma race. Parce que oui, Michel, Angélique, sa famille, ses copines, tous ces personnages et ceux qui les incarnent (d'autant plus à la perfection que plusieurs d'entre eux jouent leur propre rôle) sont simplement bouleversants. Je ne sais pas si le film a été tourné dans l'ordre scénaristique, mais on a vraiment l'impression, notamment pour Angélique Litzenburger, qui tient le rôle principal, qu'ils prennent doucement leur place au sein du film et qu'ils gagnent en intensité de jeu à mesure que celui-ci avance.


Le déluge de larmes est aussi dû au scénario, qui comporte des scènes que tout être qui a une famille ou déjà connu une histoire d'amour compliquée (toi, moi, n'importe qui, finalement...) aurait du mal à voir sans un pincement au coeur. Quand je dis ça, du coup, c'est pas forcément un compliment, en fait. Parce qu'il y a par exemple une scène de démonstration d'amour filial qui, si elle a beau être sincère, joue tout de même sur une corde sensible assez facile à atteindre. Et il est dommage qu'un film qui soit parfois d'une telle justesse émotionnelle, notamment lors de la scène finale entre Angélique et Michel, utilise certaines ficelles, efficaces mais plutôt grossières (si la tv les utilisent à outrance, ça n'est pas pour rien) pour nous toucher. Il n'en a pas besoin.

Stylistiquement, on est proche du naturalisme, du documentaire, avec cependant quelques plans en contre-plongée à couper le souffle, qui permettent de s'élever au-dessus de ce quotidien pas toujours réjouissant. Je retiendrai surtout une enveloppe de montgolfière se gonflant et par dessus tout un plan splendide, braqué sur le visage d'une jeune femme juchée sur une voiture, le paysage défilant derrière elle: le ciel, une cheminée industrielle, le ciel...


Mais malgré tout ça, en sortant du cinéma, j'ai ressenti une véritable gène. J'ai mis un moment pour savoir d'où elle provenait. Au début, je pensais que c'était dû au fait d'assister à quelque chose de trop intime. En effet, il faut savoir que le film est réalisé par trois réalisateurs, dont l'un, Samuel Theis, se trouve être le fils d'Angélique Litzenburger qui a voulu faire un film sur sa mère (mais on l'y voit aussi, ainsi que son frère et ses soeurs) comme une déclaration d'amour. Je me disais que quelque part, je n'avais pas vraiment trouvé ma place en tant spectatrice dans ce film qui me donnais un peu l'impression d'être une voyeuse.

Mais en en discutant une bonne partie de la soirée, et en me repassant le film, j'ai réussi à mettre le doigt sur ce qui m'avait véritablement dérangée: c'était en fait Samuel Theis lui-même, en tout cas son personnage. Je m'explique, chacun des personnages du film s'inscrit véritablement dans une réalité: on ressent, aussi bien chez Angélique Litzenburger, que Séverine et Cynthia Litzenburger ou Mario Theis, des aspérités, des non-dits, des conflits intérieurs. Rien de tout cela chez Samuel Theis, il a tout pour lui: il a réussi, il vit à Paris, il est beau, il parle bien, il est proche de sa mère, il est bon en orthographe, il est un peu le philosophe de la famille, le grand sage, la voix de la culture et de la raison, il n'a qu'un défaut (le pov'!) il est célibataire. Bref, tout laisse à penser qu'il s'est donné le beau rôle de l'histoire. Je n'irai pas jusqu'à lui faire un procès d'intention, mais il se dégage quelque chose de très désagréable de la confrontation de ce personnage avec le reste de sa famille, une sorte de condescendance un peu gênante. Ce n'était sûrement pas son attention, parce que l'autoportrait est un exercice extrêmement difficile, surtout sur un premier film, mais je pense qu'il aurait gagné à ne pas vouloir absolument se montrer sous son meilleur jour. Seule, à un moment, sa mère dit qu'il a tendance à tout vouloir contrôler, mais ce n'est pas forcément visible dans le film. C'est dommage, parce que le contraste entre ce personnage qui semble du coup beaucoup plus fabriqué avec les autres personnages du film, pour moi, ne fonctionne pas, et m'a laissé un goût assez amer dans la bouche...


Reste cependant cette Party girl, ce magnifique personnage, cette femme insoumise, cette jolie cigale, qui ne s'excuse de rien, ne se cherche pas d'excuse, et continue d'y croire et de danser même lorsque la fête est finie. Et la voir danser, sous la voix rauque de Chinawoman, rappelle forcément une autre voix rauque et fatiguée, un autre petit matin incertain, celui de All tomorrows party:

"And what will she do with Thursday's rags
When monday comes around?"








mercredi 20 août 2014

Over The Rainbow


J'avais rêvé, pour ma môman, une cascade de couleur, un arc-en-ciel qui se garde un peu plus longtemps qu'en cupcake.

L'arc-en-ciel, c'est doux, c'est gai, ça fait rêver et accessoirement, on peut faire du toboggan dessus quand on est un bisounours. Alors oui, ce sera mon article roudoudou d'amour de l'année, plein de love et de câlinous, préparez-vous à une mièvrerie sans pareille!

Donc voilà, pour la fête des mères, je suis toujours à la bourre. Du coup, j'ai décidé, le jour-même de sa fête, de proposer à ma maman de choisir un modèle coloré de châle. Je me disais qu'elle n'en aurait pas besoin cet été, donc j'ai pris tout mon temps pour m'y coller et ne lui ai offert le résultat que très récemment.



Elle a donc choisi le modèle Crépuscule de Drops et ô bonheur, la teinte "arc-en-ciel". 

Tricoter de l'arc-en-ciel, c'est merveilleux! On voit des couleurs magnifiques se succéder les unes aux autres. Heureusement d'ailleurs, parce que le modèle choisi par ma chère génitrice est en point mousse, et rien n'est ajouré. Donc, il est top facile, mais top lourdingue au bout d'une pelote et demi si t'as pas choisi un coloris un peu rigolo. Et d'un long. Parce que bon, sur la photo, comme ça, on dirait pas mais en fait, ce châle est absolument immense: on a presque besoin d'aide pour le mettre...

Bref, si la confection en est devenu un peu fastidieuse, je suis très contente du résultat, je l'aurais presque gardé pour moi, si l'amour filial ne m'avait pas fait éprouvé quelques remords.

Le voici donc: 

Finalement, il est pas si nunuche que ça, cet arc-en-ciel, même qu'il va se battre vaillamment contre les premiers frimas. C'est pour ça que je l'ai appelé le Rainbow Winter Warrior, en hommage un peu à Greenpeace, et beaucoup à cette chanson:



Parce que les couleurs de l'arc-en-ciel, ça rend tout plus beau: l'hiver, l'humeur, l'humain






jeudi 14 août 2014

Le grand sommeil de la femme aux chimères


Un tout petit mot pour dire que la classe, la vraie, c'était elle.


Qu'on peut se teindre en blonde, fumer des clopes pour essayer d'imiter sa voix rauque, tenter les regards par en-dessous pour singer The Look, porter des tenues dignes de Designing Woman, on n'égalera jamais la classe ultime de cette femme-là, ce tout petit bout de femme qui fait tourner la tête de Bogart dans Le port de l'angoisse.



Alors, rapprochons nos lèvres et soufflons...


vendredi 1 août 2014

Short Cut


Rien à voir ici avec le film chorale de Robert Altman, mais plutôt avec l'idée d'exposer ses gambettes en ce (presque) beau mois de Juillet.

J'avais envie d'un short un peu taille haute, un peu rétro:

- Pour bien porter mon prénom, par exemple (Sabrina, Billy Wilder)











- Pour prendre le Plein soleil (je vous préviens, je fais une fixette sur les fringues de Marie Laforêt dans ce film)














- Pour attendre le facteur (qui sonne toujours 2 fois)


















- Pour me Saganniser (Bonjour Tristesse)













Du coup, j'ai trouvé mon bonheur dans le livre Couture Vintage de Tonje Thoresen qui, je le vois comme le nez au milieu de la figure, risque bien de devenir ma Bible couturesque. Je n'aurai de repos que le jour où j'aurai cousu chacun des magnifiques modèles en 2 ou 3 exemplaires chacun.









J'ai donc d'abord commencé par le short Marilyn M. en référence à j'imagine, à une certaine actrice:

Premier point positif: le short est peu tissuophage: j'ai pu utiliser une chute pour le faire, celui du tissu que j'avais déjà utilisé pour ma petite jupe, bleu avec de ptites cerises à croquer.

Au niveau des difficultés, je dois dire que dans l'ensemble, tout était très bien expliqué. Je n'ai pas eu de problème de compréhension sauf en ce qui concernait la finition de l'extrémité en pointe de la ceinture. Du coup, je l'ai cousu à la main et vu mon niveau de couture à la main absolument faramineux, le résultat n'est pas à la hauteur de mes espérances.

Et puis il y a eu pas une, mais 2 fermetures à glissières invisibles. Je n'en avais jusqu'alors même jamais cousu une visible. Du coup, par la magie de ma dextérité extrême, elles le sont devenues. Mais ça ne me dérange absolument pas finalement: ça leur donne un côté enfantin que j'aime bien et qui se marie avec le motif du tissu, mais aussi avec les kams blancs que j'ai installés à la place d'agrafes (j'aime pas trop les agrafes, je m'échine toujours bêtement dessus en les mettant).











Au final, je suis très heureuse du résultat, c'est très pin-up, et ça porte bien son nom.


















 Le problème, c'est qu'en dehors de la plage, c'est un peu court, jeune femme et donc pas facile à mettre. Je pense qu'hésitant entre 2 tailles, j'aurai peut être dû choisir la taille du dessus. Mais l'appel du Booty a été plus fort. Je promets que le prochain, je le fais un peu plus grand pour un peu plus de décence.